Valentino Rossi ou Marc Marquez ? Jorge Martinez « Aspar » a accepté de se prononcer sur l’un des débats les plus passionnés de l’histoire du MotoGP. Dans le podcast Fast & Curious, l’ancien champion du monde distingue le génie stratégique de l’Italien de la vitesse pure de l’Espagnol. Mais sa comparaison devient encore plus provocatrice lorsqu’il affirme que Rossi n’aurait probablement pas été capable de surmonter les blessures subies par Marquez. Un jugement personnel qui risque de faire réagir les deux camps.
Jorge Martinez Aspar possède une légitimité particulière pour comparer les générations. Quadruple champion du monde, ancien adversaire de Valentino Rossi et patron d’équipe expérimenté, l’Espagnol a vu évoluer le motocyclisme moderne depuis plusieurs décennies.
Et lorsqu’on lui demande de départager Rossi et Marquez, sa réponse ne laisse guère de place à l’ambiguïté. « En tant que pilote, Valentino est peut-être plus complet, mais Marc est infiniment plus rapide, à mon avis. » Une formule explosive, même si Aspar prend soin de distinguer deux qualités différentes.
Rossi, le pilote qui savait gagner avant même de monter sur sa moto
Aspar ne minimise absolument pas l’héritage de Valentino Rossi. Il raconte même une anecdote étonnante : fin 1994, Graziano Rossi lui avait proposé d’accueillir son fils dans son équipe. « Il m’a dit : “J’ai un fils très doué, très rapide, et j’aimerais beaucoup qu’il coure avec vous.” » Mais Aspar travaillait alors sur un projet espagnol avec Yamaha et Cepsa. Il avait décliné.
Deux ans plus tard, Rossi remportait sa première victoire mondiale à Brno, devant celui qui aurait pu devenir son patron. Au-delà de la vitesse, Aspar retient surtout l’intelligence psychologique du futur nonuple champion du monde. « Il savait aussi déstabiliser ses rivaux et les faire sortir de leurs gonds. »
Pour lui, Rossi a transformé le motocyclisme en spectacle populaire, avec une personnalité capable de dépasser les frontières du paddock. Un héritage qu’Aspar rapproche de celui d’Angel Nieto.
Marquez, une vitesse que même Aspar peine à expliquer
Mais lorsqu’il s’agit de vitesse pure, son choix est différent. Aspar estime que Marquez possède une capacité exceptionnelle à repousser les limites physiques de sa moto. Il cite notamment ses freinages et ses entrées en virage.
« Quand on est sur la piste et qu’on le voit approcher d’un point de freinage, on se dit : “Il ne va pas freiner, il ne va pas freiner, il ne va pas freiner.” Et puis il freine. » Une description qui résume parfaitement le style du numéro 93.
Marquez cherche la limite dès les premiers tours, sans attendre que les conditions soient idéales. « Dès la première minute, il repousse les limites. » Selon Aspar, cette agressivité a contribué à transformer les références techniques du MotoGP.

Aspar : « Rossi n’aurait pas surmonté les blessures de Marc »
La comparaison prend ensuite une dimension plus personnelle. Aspar admire particulièrement la capacité de Marquez à revenir au plus haut niveau après sa grave blessure de Jerez en 2020 et les opérations qui ont suivi.
« J’admire énormément Marc, pour la façon dont il a géré sa carrière, pour son agressivité et pour les limites qu’il a toujours repoussées. »
Puis vient une déclaration autrement plus controversée. « Je suis convaincu que Valentino est aussi une personne mentalement exceptionnelle, mais je pense qu’il n’aurait pas été capable de surmonter les blessures de Marc. »
Une conviction qu’Aspar présente comme son opinion personnelle. Impossible, évidemment, de vérifier ce qu’aurait fait Rossi dans des circonstances identiques. Mais le propos souligne l’admiration de l’Espagnol pour la résilience de Marquez.
Le Marquez de 2026 n’est plus celui de 2019
Aspar observe néanmoins une évolution importante. Avant sa blessure, Marquez abordait chaque course avec une agressivité presque systématique. « Soit il gagnait, soit il chutait ; il était impitoyable. »
Aujourd’hui, l’Espagnol mesure davantage les conséquences de ses décisions. « Je pense que Marc, aujourd’hui, réfléchit davantage et essaie, en quelque sorte, de prendre moins de risques. »
Une transformation qu’Aspar attribue aux blessures, à l’expérience et à la maturité. Mais il ne considère pas cette prudence nouvelle comme une perte de compétitivité. « Il reste la référence, sans aucun doute. »
Deux légendes, deux façons de dominer
Au fond, Aspar ne prétend pas établir un classement historique définitif. Il décrit deux formes de supériorité. Rossi excellait dans l’art de construire une victoire, de comprendre ses adversaires et d’imposer son influence au-delà de la piste.
Marquez, lui, a repoussé les limites du pilotage et démontré une capacité de reconstruction physique et mentale hors du commun. Pour Aspar, Rossi était peut-être le pilote le plus complet. Mais lorsqu’il fallait trouver quelques mètres impossibles au freinage, Marquez évoluait dans une autre dimension. Et lorsqu’il a fallu revenir de blessures qui auraient pu mettre fin à sa carrière, l’Espagnol a accompli quelque chose qu’Aspar lui-même peine à imaginer chez son illustre rival.





