Moto GP
Publié le 19 juillet 2026 • 18:00 par André Lecondé

MotoGP – Toprak Razgatlioglu : « Même nous, on a peur ! », l’aveu stupéfiant de son chef mécanicien

Malgré une première saison d'apprentissage particulièrement rude Toprak Razgatlioglu suscite l'admiration inconditionnelle de son équipe.

Les résultats ne le montrent pas encore. Les statistiques non plus. Pourtant, au sein du box Pramac Yamaha, personne ne doute une seule seconde que Toprak Razgatlioglu possède quelque chose que les autres pilotes MotoGP n’ont pas.

Le triple champion du monde Superbike souffre depuis le début de sa saison de rookie en MotoGP. Aucun Top 10, des week-ends particulièrement compliqués comme celui du Sachsenring et une Yamaha qui ne lui permet pas encore d’exprimer tout son talent. Mais dans le garage italien, le discours est unanime : Toprak est un phénomène. Un phénomène parfois même… inquiétant.

Alberto Giribuola, son chef mécanicien – passé notamment par les côtés d’Andrea Dovizioso et d’Enea Bastianini – vient d’ailleurs de faire une confession particulièrement révélatrice sur les capacités du Turc.

Interrogé par GPone sur son travail avec Razgatlioglu, Giribuola n’a pas caché son admiration pour le style de pilotage de son nouveau protégé. « Il fait partie des pilotes qui freinent tard, donc comme Dovi, il freine tard. »

La comparaison avec Andrea Dovizioso est flatteuse. Mais elle s’arrête rapidement là. « Dovi était beaucoup plus dépendant de chaque secteur. Par exemple, bien qu’il soit un excellent freineur tardif, il avait vraiment du mal dans certaines sections rapides comme Phillip Island. »

Toprak, lui, possède une corde supplémentaire à son arc. « Toprak, en revanche, même dans les sections rapides, fait parfois des merveilles. »

 

Toprak Razgatlioglu« Toprak Razgatlioglu aborde certains virages avec une telle agressivité que même nous, on a peur »

Puis il ajoute : « Il aborde certains virages avec une telle agressivité que même nous, on a peur. » Une déclaration qui en dit long lorsqu’elle provient d’un ingénieur qui a travaillé pendant des années avec certains des meilleurs pilotes du monde.

Depuis son arrivée en MotoGP, beaucoup ont résumé Toprak Razgatlioglu à son incroyable capacité de freinage héritée du Superbike. Une analyse manifestement trop simpliste. Pour Giribuola, son pilote est bien plus complet que cela. « C’est un pilote qui freine fort, mais il fait aussi preuve de génie dans d’autres domaines. Peut-être plus complet à certains égards. »

Ce qui impressionne particulièrement Pramac, c’est sa faculté d’apprentissage quasiment instantanée. Une qualité rarement évoquée lorsqu’on parle du Turc. « Une autre de ses caractéristiques incroyables est que, s’il suit quelqu’un d’autre, il peut immédiatement suivre le rythme et faire les mêmes choses, même s’il ne les a jamais faites auparavant. » Autrement dit, Toprak apprend à la vitesse à laquelle les autres pilotes réfléchissent.

Cette capacité d’observation fait partie des qualités les plus rares chez un pilote de haut niveau. « Il a cette capacité d’adaptation et d’observation. Le simple fait d’avoir un point de repère lui permet de faire une énorme différence. » Giribuola oppose même cette qualité au comportement habituel des pilotes MotoGP. « D’autres pilotes ont souvent du mal à suivre quelqu’un de plus rapide qu’eux. »

C’est sans doute l’un des héritages les plus précieux de ses années passées en Superbike. Toprak a construit une grande partie de son pilotage en observant, en analysant puis en reproduisant presque instantanément ce qu’il juge efficace.

Il est facile aujourd’hui de regarder le classement du championnat du monde et de conclure que le pari Toprak Razgatlioglu est un échec. Ce serait pourtant une lecture particulièrement superficielle de la situation.

Les performances brutes ne sont effectivement pas encore au rendez-vous. Mais lorsque Gino Borsoi souligne son ouverture aux critiques, qu’Andrea Dovizioso participe activement à son développement et qu’Alberto Giribuola parle littéralement de « génie » et avoue avoir peur lorsqu’il regarde son pilote entrer dans certains virages, un constat s’impose. Chez Pramac Yamaha, personne ne travaille avec un pilote considéré comme un investissement à court terme.

Le projet Toprak Razgatlioglu n’est pas celui d’une saison 2026. Il est celui des prochaines années du MotoGP et, surtout, de la révolution technique des 850 cc qui arrive en 2027.

Paradoxalement, les difficultés actuelles du Turc pourraient même rassurer Yamaha. Elles montrent qu’il accepte de déconstruire son pilotage, d’apprendre et de souffrir pour comprendre une catégorie qui ne pardonne rien.

Le Toprak Razgatlioglu que voit aujourd’hui le public n’est probablement pas encore celui qui fait tant parler les ingénieurs dans son garage. Et lorsqu’un homme comme Alberto Giribuola affirme que certaines trajectoires du pilote turc font peur à ceux qui analysent ses données au quotidien, il est sans doute encore beaucoup trop tôt pour juger définitivement son aventure MotoGP. Car parfois, les résultats mettent simplement un peu plus de temps à rattraper le talent.

Toprak Razgatlioglu