À force d’être accusé de favoriser les uns, de sanctionner plus durement les autres et de laisser planer le doute sur l’impartialité des commissaires, Mohammed Ben Sulayem a fini par devoir monter lui-même au front. Le président de la FIA assure entendre les mêmes reproches venir de plusieurs camps : certains seraient persuadés que les commissaires en veulent aux Argentins, d’autres qu’ils sont hostiles aux Britanniques. Sa réponse tient presque de la pirouette : si tout le monde se croit visé, difficile d’accuser la FIA de choisir son camp. Mais après les sanctions controversées infligées à Franco Colapinto à Zandvoort, Ben Sulayem ne pouvait plus simplement balayer le sujet. Il a promis de se pencher sur la question, puis est allé plus loin : il a directement échangé avec Colapinto, qui a confirmé la conversation à son arrivée à Monza. Une manière de calmer l’incendie. Pas encore de l’éteindre.

Après Zandvoort, Ben Sulayem promet plus de rotation chez les commissaires.
C’est en substance la ligne choisie par Mohammed Ben Sulayem après la nouvelle polémique née à Zandvoort. Interrogé sur les critiques visant les commissaires, le président de la FIA a rappelé qu’il entendait des accusations venant de plusieurs camps, y compris de ceux persuadés que l’instance internationale serait… hostile aux pilotes britanniques.
Une réponse qui a le mérite d’être simple. Elle ne refermera probablement pas le dossier.
Colapinto et Lindblad mettent le feu aux réseaux
Le point de départ se situe au Grand Prix des Pays-Bas.
Après l’accident de Max Verstappen au premier tour, Franco Colapinto et Arvid Lindblad ont tous deux reçu un drive-through pour avoir dépassé sous drapeaux jaunes. Colapinto écopera même plus tard d’une seconde sanction de dix secondes pour une autre infraction sous jaune.
L’Argentin a publiquement jugé la première sanction très sévère, tandis qu’en Argentine la décision a déclenché une véritable tempête.
La polémique est allée suffisamment loin pour qu’un représentant de l’un des principaux sponsors de Colapinto publie puis efface un message mettant directement en cause l’intégrité des commissaires. La FIA a ensuite indiqué examiner les recours possibles après les abus dirigés contre certains officiels.
On était donc passé assez rapidement de « pénalité discutable » à « procès international de la FIA ». Ambiance détendue.
Ben Sulayem : les Britanniques aussi pensent être visés
Interrogé à Buenos Aires lors du congrès américain de la FIA, Ben Sulayem a répondu que ce sentiment de persécution n’était absolument pas réservé aux Argentins.
Il assure avoir entendu exactement le même genre de reproches concernant d’autres nationalités et cite explicitement ceux qui pensent que la FIA est contre les Britanniques. Sa réponse : ce n’est pas le cas.
Autrement dit, selon l’endroit où l’on regarde la course : la FIA déteste les Argentins, favorise les Britanniques, déteste aussi les Britanniques, et devrait probablement recevoir une réclamation d’un quatrième pays avant dimanche.
À ce rythme, le département juridique va avoir besoin d’un classement par drapeaux.
Mais derrière la formule, la FIA reconnaît un vrai problème
Le plus intéressant dans l’intervention de Ben Sulayem n’est finalement pas sa pirouette sur les nationalités. Le président reconnaît surtout que le système des commissaires doit encore évoluer. La FIA a demandé aux autorités sportives nationales de lui proposer de nouveaux candidats afin de les former, avec l’objectif de constituer un groupe plus large et de faire davantage tourner les commissaires d’un Grand Prix à l’autre.
L’idée est loin d’être absurde.
Une plus grande diversité géographique peut aider à faire disparaître certaines suspicions. Mais elle ne réglera pas tout : remplacer régulièrement les personnes ne garantit absolument pas que deux panels différents interpréteront une situation de la même façon.
Et c’est précisément là que la FIA reste attendue.
La vraie question n’est pas la nationalité, mais la cohérence
Le problème récurrent de la F1 n’est probablement pas de savoir si un commissaire possède un passeport britannique, argentin ou martien. C’est de comprendre pourquoi deux incidents qui paraissent proches peuvent parfois aboutir à des sanctions différentes.
La FIA a d’ailleurs publié en début de saison ses directives 2026 sur les standards de pilotage et les pénalités, dans le but affiché d’améliorer la compréhension et la transparence du processus décisionnel.
C’est un progrès. Mais une directive n’empêche pas les débats d’interprétation.
Et lorsque les fans doivent lire trois pages de règlement, regarder six ralentis et consulter quatre anciennes décisions pour comprendre pourquoi un pilote reçoit dix secondes et un autre rien du tout, la pédagogie conserve encore une petite marge de progression.
Ben Sulayem décroche son téléphone : Colapinto confirme l’échange
Cette fois, ce n’est plus une promesse de communication destinée à calmer la polémique. Franco Colapinto a confirmé ce jeudi à son arrivée à Monza avoir personnellement échangé avec Mohammed Ben Sulayem, quelques jours seulement après ses sanctions controversées de Zandvoort.
Le président de la FIA avait annoncé depuis Buenos Aires son intention de parler au pilote argentin. Il l’a fait. Colapinto précise que la conversation aurait eu lieu il y a environ deux jours, alors que Ben Sulayem se trouvait justement en Argentine pour le Congrès américain de la FIA.
Le pilote Alpine a expliqué avoir apprécié la présence du président de la FIA en Argentine ainsi que l’intérêt manifesté pour le pays et pour un éventuel retour de l’Argentine au calendrier de la Formule 1.
Voilà pour la diplomatie. Pour les pénalités, en revanche, Colapinto n’a pas changé d’avis.
Colapinto calme le ton… mais ne retire rien
Interrogé de nouveau à Monza sur son drive-through de Zandvoort, l’Argentin a reconnu que le règlement permettait juridiquement de justifier la sanction. Mais il maintient son désaccord sur le fond.
Sa position est assez savoureuse : en résumé, la pénalité est conforme au règlement… mais il continue de penser qu’elle n’était pas juste dans les circonstances. Colapinto explique que lui et les commissaires peuvent simplement « être d’accord pour ne pas être d’accord » et assure que son opinion personnelle n’a pas changé depuis les Pays-Bas.
La polémique n’est donc pas enterrée. Elle a simplement quitté les réseaux sociaux pour entrer dans une phase un peu plus civilisée.
Ce qui, en Formule 1, constitue déjà une évolution considérable.
Et le dossier va encore revenir sur la table vendredi
L’échange avec Ben Sulayem ne sera d’ailleurs pas le dernier épisode. Colapinto a confirmé que le sujet devrait être abordé vendredi lors de la réunion des pilotes à Monza. Il prévoit également de discuter directement avec certains commissaires afin de mieux comprendre leur interprétation de l’incident.
C’est peut-être finalement ce que la FIA pouvait espérer de mieux après Zandvoort : sortir du procès en favoritisme pour revenir au véritable problème, celui de la cohérence et de la compréhension des décisions. Car Colapinto reconnaît lui-même que, si l’on applique strictement le texte, la sanction peut se défendre. Mais il continue de considérer qu’elle n’aurait pas dû lui tomber dessus.
Une nuance beaucoup plus intéressante que le traditionnel duel « FIA coupable contre pilote innocent ».
Et qui place désormais Ben Sulayem face à sa propre promesse : les commissaires peuvent être sévères, disait-il, mais ils doivent surtout être justes.
🗣️ @FranColapinto dialogó con la prensa en su llegada al Gran Premio de Italia y confesó su conversación con Mohammed Ben Sulayem. #F1 #Colapintohttps://t.co/rXe6qEaa68
— Carburando (@CarburandoTV) September 3, 2026









