Lorsque Ducati a officialisé le départ de Pecco Bagnaia pour Aprilia à la fin de la saison, une question s’est immédiatement imposée : que reste-t-il à accomplir pour un pilote qui sait déjà qu’il va changer d’air ? Andrea Dovizioso pense avoir une partie de la réponse. Et elle n’est pas forcément flatteuse pour son ancien employeur… ni pour Bagnaia lui-même.
Car si le double champion du monde MotoGP a retrouvé une partie de sa vitesse ces dernières semaines, l’ancien pilote Ducati s’interroge ouvertement sur son implication mentale dans cette dernière campagne sous les couleurs rouges de Borgo Panigale.
L’échange est particulièrement révélateur. Sur sa chaîne YouTube, Andrea Dovizioso discutait de la situation de Pecco Bagnaia avec les journalistes Cosimo Curatola et Giovanni Zamagni lorsque le premier a lancé une phrase lourde de sens : « Bagnaia a hâte de partir. » Une analyse que Dovizioso n’a pas hésité à valider immédiatement. « Exactement, c’est vrai. »
Pour l’ancien vice-champion du monde MotoGP, le problème n’est toutefois pas celui que beaucoup imaginent. Dovizioso ne remet absolument pas en cause l’engagement professionnel de son compatriote.
Il ne pense pas que Bagnaia roule volontairement en-dessous de ses possibilités ou qu’il refuse de se battre. Au contraire, son analyse est beaucoup plus subtile et probablement plus inquiétante. « Il est calme ; il a une attitude sereine. » Puis vient le cœur de son raisonnement : « Il ne s’agit pas de se retenir un peu et de ne pas se donner à fond. Il s’agit de l’expliquer. »
Selon Dovizioso, le véritable problème est psychologique. Le pilote italien estime que les performances exceptionnelles ne s’obtiennent pas uniquement grâce au talent ou au travail. Elles nécessitent également une conviction absolue. « Il est moins motivé, donc pour obtenir certains résultats, il faut qu’il puise dans ses propres ressources pour se surpasser. Avant de poursuivre : « Il faut vraiment y croire. C’est ce qui manque à ces pilotes. »

Pecco Bagnaia : Le syndrome du pilote déjà ailleurs ?
Une phrase prononcée par un pilote qui a lui-même passé des années à se battre face à Marc Marquez en donnant parfois l’impression de se transcender au-delà des capacités intrinsèques de sa machine.
Pour Dovizioso, Bagnaia n’a pas perdu son talent. Il aurait simplement perdu une partie de la foi nécessaire pour aller chercher ce supplément d’âme qui fait la différence entre un très bon résultat et une victoire.
Il faut dire que les derniers mois n’ont rien eu d’un long fleuve tranquille entre Bagnaia et Ducati.
Ses critiques répétées à l’égard de la GP26 ont été particulièrement mal accueillies à Borgo Panigale. En parallèle, Marc Marquez n’a cessé de démontrer que la machine italienne restait capable de gagner.
Le divorce s’est progressivement imposé comme la meilleure solution pour toutes les parties. Ducati récupère Pedro Acosta pour construire son avenir aux côtés de Marc Marquez. Bagnaia, lui, rejoint Aprilia avec un contrat de longue durée et la perspective d’un nouveau défi technique et humain.
La réflexion de Dovizioso soulève finalement une question dans le sport de haut niveau : peut-on réellement se transcender lorsqu’on a déjà tourné la page mentalement ? Bagnaia donne aujourd’hui l’impression d’un pilote apaisé. Certains y voient une maturité retrouvée. Dovizioso y voit peut-être une forme de résignation.
Les plus grands champions ont souvent en commun une caractéristique presque irrationnelle : ils sont capables de se convaincre qu’une victoire est possible même lorsque toutes les circonstances semblent démontrer le contraire. Ils continuent à puiser dans leurs réserves physiques et mentales parce qu’ils croient encore profondément au projet qu’ils défendent.
C’est précisément ce que Dovizioso semble ne plus percevoir chez son compatriote. L’ancien pilote Ducati ne condamne évidemment pas Bagnaia. Son message ressemble davantage à un conseil qu’à une critique.
S’il veut terminer son histoire avec Ducati de la plus belle des manières, le double champion du monde devra probablement retrouver cette petite étincelle qui lui a permis de décrocher ses deux titres mondiaux.
Car le talent est toujours là. La vitesse aussi. La seule question qui demeure est finalement la plus importante : Francesco Bagnaia croit-il encore suffisamment à son aventure chez Ducati pour aller chercher ce petit supplément d’âme indispensable aux plus grands champions ? Andrea Dovizioso, lui, semble en douter.









