La nouvelle est tombée il y a quelques jours : Aragon, circuit employé par les Grands Prix motos depuis 2010, est sur le point d’être relégué, après une dernière édition en 2027. Mine de rien, cette décision est révélatrice. Analyse.
Le circuit de trop
Je n’ai jamais été un grand fan d’Aragon. Tout d’abord, le paysage y est morne, on se croirait en plein désert. Le circuit, au milieu de cette terre aride, fait un peu superficiel, il manque de charme. Il y a le mur, et le tracé est loin d’être inintéressant en lui-même, mais comparé à d’autres bijoux que nous avons au calendrier, il fait pâle figure.

Aragon est aussi le terrain de jeu de Marc Marquez, ce qui n’aide pas aux batailles, comme pour le Sachsenring ou Austin. Photo : Michelin Motorsport
De plus, et c’est là le plus important, le spectacle n’y est pas souvent garanti. En catégories inférieures, c’est plutôt correct, voire, très bien. Mais en MotoGP, trois courses seulement m’ont marqué : l’édition 2015, avec cette bataille décisive pour la deuxième place entre Dani Pedrosa et Valentino Rossi ; 2021, théâtre d’une exceptionnelle joute entre Marc Marquez et Pecco Bagnaia, et 2022, où le même Bagnaia s’est empoigné avec Enea Bastianini. C’est tout, et c’est maigre.
Étant donné qu’il s’agissait du quatrième circuit espagnol au calendrier, j’ai toujours pensé que c’était « celui de trop ». Ça se ressentait aussi dans les gradins, puisqu’Aragon est toujours l’un des complexes les moins fréquentés en raison de son isolement, d’abord, mais aussi parce que nos amis espagnols sont sûrs d’avoir un meilleur spectacle à Jerez, en Catalogne, ou à Valence, en cas de course au titre prolongée.
Aragon déclassé
Le MotoGP a annoncé qu’Aragon allait être au calendrier 2027, mais qu’après, il aurait le statut de « circuit de réserve » jusqu’en 2031. Et c’est, d’après moi, une très bonne décision. Voyez-vous, le MotoGP a récemment tenté d’explorer pas mal de nouvelles pistes, parfois avec succès, comme en Indonésie ou en Thaïlande, deux rendez-vous de très bonne facture, et parfois non. Parmi les échecs essuyés, on se rappelle de la Finlande et du KymiRing, du Kazakhstan avec Sokol, ou de l’Inde avec Buddh. Avoir un circuit de secours comme Aragon permettrait de rediriger la caravane du mondial sur un tracé connu de tous, apprécié, d’ailleurs, et qui ne ferait pas doublon. Ainsi, nous n’aurions pas deux manches au même endroit, comme ce fut le cas pendant l’époque du Covid-19. C’est, pour Aragon, un poste idéal, et je crois qu’il y a de fortes chances pour que nous y retournions après 2027.
Effectivement, les calendriers des sports mécaniques n’ont jamais été aussi souvent remaniés que ces dernières années, et c’est doublement le cas pour le MotoGP. D’un côté, il y a les paris réalisés. Il y avait l’Inde, le Kazakhstan et la Finlande, mais d’autres circuits sont menacés, car ils n’ont pas bonne réputation. Je pense notamment à Goiânia, au Brésil, qui n’était absolument pas prêt en 2026, au Balaton Park, qui serait apparemment en passe d’être supprimé, ou à Adélaïde, prévu en 2027 mais irréalisable d’après le concepteur du circuit.
La deuxième dimension concerne la géopolitique. La situation mondiale est assez tendue en ce moment. La guerre fait rage au Levant, à tel point que le GP du Qatar a dû être déplacé en fin de saison. Le Championnat du monde d’Endurance FIA WEC et la F1 l’ont d’ailleurs fait sauter pour ne rien risquer, comme l’Arabie Saoudite ou Bahreïn dans le cas des monoplaces. Rappelons que d’importantes tensions ont perturbé l’hégémonie de la frontière thaïlandaise l’année passée, à tel point que Buriram avait dû servir de refuge aux populations momentanément déplacées. Et puis, dernier point, les imprévus, comme l’économie vacillante de certains pays. Je pense à l’Argentine, qui doit réaménager un circuit à Buenos Aires en 2027, alors que la population se contente actuellement de viande d’âne tant les prix du bœuf explosent. En clair, l’atmosphère politique et économique du monde est assez incertaine, à tout le moins, et cela pourrait se répercuter sur les tentatives exotiques de Liberty Media. Avoir Aragon « au cas où », dans un pays relativement sûr du point de vue politico-économique et très familier avec l’environnement des sports motocyclistes est une décision très intelligente.

Aurons-nous un Grand Prix au Qatar en 2026 ? Pas sûr. Photo : Michelin Motorsport
Dans l’air du temps
Liberty Media et Carmelo Ezpeleta l’ont bien fait comprendre : l’Espagne est trop influente en MotoGP. J’étais d’accord avec cette affirmation, même si j’ai toujours du mal avec le traitement de certains pilotes espagnols qui sont discriminés en raison de leur nationalité, à l’image de Manuel Gonzalez. Cinq circuits en péninsule ibérique, avec Portimao, c’est trop. Et si l’on demande au plateau MotoGP d’être plus international, alors il n’y a pas de raison pour que l’on conserve autant de Grands Prix en Espagne. En ce sens, c’est pertinent. J’espère simplement qu’Aragon ne sera pas remplacé par un autre circuit en Espagne d’ici là, mais aucune rumeur ne court à propos d’un tel projet à l’heure où ces lignes sont écrites.
Quand ça ne va pas, il faut le dire, et je n’ai jamais eu peur de prendre la plume pour défendre l’âme des Grands Prix motos. Cependant, il faut aussi savoir féliciter les décisionnaires quand le boulot est bien fait. Le cas d’Aragon me paraît particulièrement bien géré, et nul doute que ce changement profitera à l’écosystème MotoGP.
Que pensez-vous de cette décision ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Après seulement une édition, l’Inde fut abandonnée pour des raisons économiques. Dommage, il y avait quelque chose à faire. Photo : Michelin Motorsport
Photo de couverture : Michelin Motorsport































