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constructeurs japonais

Chaque saison, les marques européennes se montrent de plus en plus redoutables. Assiste-t-on a un véritablement changement en MotoGP ? Alors que la saison 2024 bat son plein, la dynamique semble être la même qu’en 2023, et qu’en 2022, aussi. Mais alors, pourquoi les constructeurs japonais sont passés, malgré leur importante puissance financière, derrière les Européens ? Il s’agit peut-être d’un problème bien plus profond qu’il n’en a l’air.

 

Une gloire passée

 

Pour bien comprendre, un retour en arrière s’impose. Depuis leur arrivée dans les années 1960, les constructeurs japonais ont plus ou moins dominé les Grands Prix motos. On leur doit l’apparition de grandes nouveautés, et même, le recrutement osé de stars européennes à l’image de Giacomo Agostini avec Yamaha. Finalement, en quelques années, le Japon s’est installé durablement comme le pays n°1 en sports motos, jusqu’à nos jours. Que ce soit avec Honda, Yamaha, Suzuki ou encore Kawasaki en petites catégories, ils ont gagné partout où ils sont passés.

Au fil du temps, ces équipes sont devenues de véritables institutions caractérisées par l’innovation, le progrès et la performance pure. Honda, Yamaha et Suzuki écœuraient les Européens qui ne rivalisaient plus avec ces gigantesques entreprises. Les succès à répétition ont engendré la naissance d’une vraie passion pour la moto sur l’archipel à la fin des années 1980. Au milieu des années 1990, les grilles étaient peuplées de Japonais tous aussi forts les uns que les autres.

 

constructeurs japonais

Il n’y a pas si longtemps, le Japon était l’un des plus grands pays de MotoGP. Que ce soit en termes de pilotes ou de constructeurs. Photo : Michelin Motorsport

 

Le titre constructeur et pilote de Ducati en 2007 n’y changea rien ; Honda et Yamaha étaient encore les deux équipes fortes avec des officiels mais aussi des pilotes satellites aux avant-postes. Mais depuis quelques années, c’est le néant au niveau du palmarès. En tout et pour tout, on compte deux voire trois japonais aux avant-postes toutes catégories confondues, et les constructeurs sont à la peine face aux Européens désormais plus nombreux. Est-ce que cela va continuer dans les prochaines années ? Selon moi, oui.

Quand est-ce que phénomène s’est-il vérifié ? C’est difficile à dater précisément, mais je suis certain que la réglementation de 2016 y a joué pour beaucoup, même si ce n’est pas le seul facteur comme nous le verrons dans quelques instants. Les hautes instances, peinées par la domination des équipes d’usine (de fait japonaises), introduisit un E.C.U unique afin de resserrer les rangs. Une décision que nous avons longuement détaillée dans d’autres articles. Courir en Grand Prix coûtait beaucoup moins cher et comme c’est toujours le cas en sports mécaniques, la diminution des budgets se traduisit par une percée des constructeurs innovants. L’innovation est généralement forcée par la sévérité d’un règlement.

 

Un héritage innovant, mais dépassé

 

Mais les Japonais n’ont pas surfé sur cette vague et se sont reposés sur leurs lauriers, soit leurs pilotes talentueux. Le meilleur exemple n’est autre que Marc Márquez avec Honda. Accrochez-vous : depuis 2016, seuls cinq pilotes ont remporté au moins une course avec une RC213V : Jack Miller, Cal Crutchlow, Dani Pedrosa, Alex Rins, et bien sûr, l’octuple champion du monde. En 2023, sept pilotes différents se sont imposés au guidon de la Desmosedici en comptant les Sprints.

 

constructeurs japonais

Le départ de Marc Marquez est un symptôme bien plus grave qu’il n’y paraît, selon moi. Photo : Marc Marquez

 

Pourquoi donc les constructeurs Japonais n’ont pas répondu à ce moment là ? Après tout, et bien que Ducati appartienne au groupe Volkswagen, les moyens ne manquent pas chez Honda. Tout simplement parce que les performances des nippons en Grands Prix sont le reflet du déclassement du pays tout entier ; un phénomène que nous, occidentaux, avons du mal à appréhender.

Il faut savoir que la situation est gravissime au Japon. Outre un problème majeur lié à la faible natalité, l’industrie principalement composée d’immenses conglomérats est en train de s’effondrer. L’économie japonaise est régie par les fameux Keiretsu, ces ensembles d’entreprises présentes dans différents domaines d’activité (Kawasaki, Honda, Mitsubishi…). Autrefois glorieuses, ces dernières sont en chute libre et posent de multiples problèmes. Premièrement, elles n’innovent plus. Les firmes comme Sharp, Sony, Toshiba, Hitachi, Panasonic étaient des marques que l’on voyait partout, tout le temps. Aujourd’hui, elles sont nulle part sur leurs marchés respectifs ; Les entreprises américaines et sud-coréennes sont passées devant.

C’est la dure réalité du Japon de nos jours. La consommation des ménages est plus faible que jamais, le yen aussi est en berne. Surtout, le pays vieillit, sans relâche, de manière extrêmement préoccupante. Tout ceci est directement lié au MotoGP, car c’est le dynamisme d’une nation qui se reflète dans ses exploits sportifs. Yamaha et Honda font ouvertement appel à l’Europe – que ce soit à travers le recrutement d’ingénieurs, ou la conception d’un châssis – mais cela va à l’encontre de leur philosophie.

C’est tout pour aujourd’hui. Le deuxième volet est paru ! Cliquez ici pour le découvrir ! Et dites-moi ce que vous en pensez en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

Le JS Sōryū, un sous-marin diesel-electrique fabriqué par… Kawasaki Heavy Industries. Ce mode de fonctionnement a du bon, mais pas que des avantages. Photo : Hunini

 

Photo de couverture : Michelin Motorsport

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