Véritable kaléidoscope de la moto de collection et de compétition, la Sunday Ride Classic, organisée sur le Circuit Paul Ricard, méritait un éclairage multifacettes, et nous avons choisi pour cela quatre profils bien différents afin d’éclairer cette édition 2026 de la SRC.
Du motard qui découvrait pour la première fois cet évènement incontournable de la moto de compétition ancienne au sorcier des Grands Prix connu dans le monde entier, en passant par les discrets professionnels à l’énergie sans limite, voici donc les propos recueillis à l’issue du nouveau week-end réussi de la 17e édition.

Commençons donc par le rookie, terme finalement assez peu flatteur pour Mayeul, un véritable passionné qui a su réunir quatre amis autour de son projet personnel…
« Ça y est, nous voilà partis depuis la côte basque vers la SRC 2026, avec dans le fourgon une Yamaha 350 RDLC, une Kawasaki H2, une Suzuki GSX R750 et un scooter afin de nous rendre au circuit Paul Ricard depuis notre maison de location à Sanary sur mer.
Nous sommes 5 amis dans un contexte un peu particulier pour ce voyage. J’ai perdu mon papa il y a deux mois, grand fan de motos qui m’a transmis sa passion depuis bébé, m’emmenant avec ses amis à des dizaines de Grands Prix. Il rêvait d’aller au SRC depuis longtemps mais il n’en a pas eu le temps avant de partir. Qu’a cela ne tienne, nous l’emmenons avec nous, ses amis et moi…
Arrivés sur place, un autre monde s’ouvre à nous, malgré le mistral qui souffle à 50 km/h. Un monde figé dans un temps ancien, plein de bruits, d’odeur et de passion. A chaque mouvement de tête, des motos fabuleuses. Entre les TZ, les Ducati au bruit inimitable, et autres Moto2 ou Moto3 plus récentes, nous ne savons pas où donner de la tête. Mais là où la SRC est différente des autres manifestations, c’est qu’ici les motos ne sont pas en présentation, elles vivent dans leur élément, l’asphalte d’une piste aussi belle que celle du Castellet. Toute la journée, une douce (et très forte) symphonie de moteurs 2 temps qui nous rappelle une bien belle époque, que je n’ai que peu connue mais qui a marqué l’histoire du sport moto.
Et que dire des rencontres que nous avons pu faire dans les stands. Entre les anciens champions comme Christian Sarron, Raymond Roche ou encore Freddie Spencer ou Kenny Roberts JR, et des mécaniciens de génie comme Guy Coulon et sa reconstruction à l’identique de la mythique Honda 6, le sentiment de rêve éveillé ne m’a pas quitté du début à la fin du week-end. Car c’est aussi ça la SRC, des passionnés de 2 roues qui parlent 2 roues, sans frontières ni barrières, le temps d’un week-end suspendu. C’est un des derniers lieux où seule la passion commune anime et où la marchandisation du sport n’a pas sa place. Un lieu simplement de partage, où des anciens champions du monde roulent avec leurs machines d’époque au milieu d’autres passionnés certes pas à leur niveau de pilotage, mais à coup sûr avec le même niveau d’envie.

Ça y est le week-end est fini, et quel week-end !
SRC 2026 SRC
2026
Si nous nous posions la question de
revenir l’année prochaine avant le début du week-end, maintenant
nous avons la certitude que ce sera le cas.
Bravo et
merci aux organisateurs de pouvoir nous faire vivre des moments
comme ceux là. »
Passons ensuite à Yves Kerlo, qui sévit dans le
milieu depuis cinq bonnes décennies et, à la retraite, continue à
prendre soin des machines de compétition d’antan.
Il est en particulier coupable, disons responsable pour rester
courtois, des dernières expositions thématiques, à la SRC, des
machines de compétition françaises aux moteurs
« bizarres » en passant par les ELF, dont il exposait
d’ailleurs cette année la X, admirée de tous.
A ce sujet, il travaille actuellement sur un livre qui devrait
sortir cet hiver, après avoir passer des centaines d’heures à
converser avec les acteurs passé tout en fouillant leurs archives :
on vous en reparlera…
« Les expos ? Il y a dû y en avoir six, de mémoire, qui se sont suivies. Il y a dû y avoir une première petite expo de motos de course françaises, il y a donc 6 ou 7 ans maintenant. Après on avait fait une expo de motos italiennes, toujours de course, des motos de vitesse, parfois un petit peu d’endurance mais majoritairement de vitesse. Ensuite on a refait une exposition de motos de course françaises beaucoup plus musclée. Autant la première fois on avait un demi box, autant là il y avait un box complet. L’exposition suivante, ça a été que des moteurs de course, puis il y a deux ans, une exposition avec seulement des ELF, donc majoritairement des motos réellement ELF, plus des motos siglées ELF comme une 250 Oliver Jacque ou une Aermacchi de Michel Rougerie. Et puis l’an dernier, une exposition de motos non conventionnelles. Donc évidemment, il y avait à nouveau une ELF, une JBB, une BUT, il y avait une moto 2 roues motrices, il y avait la Benelli MOC 6 cylindres, j’en oublie bien évidemment une FIOR, des motos non conventionnelles, que ce soit par le biais du moteur ou par le biais de la partie cycle. Et puis cette année, pas d’expo particulière en ce qui me concerne parce que je commence à avoir un certain âge, et cette expo ça use, mais j’avais simplement amené une ELF X, la première à moteur TZ 750. » (ndlr : mais expo Boxer Bike bien présente !)

Pourquoi es-tu particulièrement actif à la SRC ? SRC 2026 SRC 2026
« Alors la SRC parce qu’au départ Jean-Pierre Bonato est un copain de très longue date, depuis une petite quarantaine d’années je pense. On s’est connu quand moi je collaborais avec l’écurie Guignabodet (MIG) quand ils ont été champions du monde d’endurance, et Jean-Pierre collaborait avec eux puisqu’il gérait la totalité de leur communication. On s’est retrouvé une nuit au bord du muret à faire le chronométrage tous les deux, et comme nous avions des passions communes et des centres d’intérêt communs, dont le Macintosh par exemple, on est devenus potes. Et donc depuis 17 ans, quand je le peux, je donne un coup de main à Jean-Pierre sur l’opération SRC. »
Quel plaisir retires-tu quand tu vas là-bas ? SRC 2026 SRC 2026
« D’abord, ça fait toujours plaisir de montrer des choses que les gens voient rarement. Les moteurs étaient un bon exemple. Et puis ensuite, ça permet de ressasser et de radoter avec tous les vieux du paddock, Guy Coulon n’étant pas le dernier dans l’affaire, mais la liste des vieux est longue à la SRC. C’est souvent fatiguant et c’est vrai que le dimanche soir on est bien usé, même si ce n’est pas fini, puisqu’il faut plier, ranger, revenir à la base, et un jour ou deux après pour ranger tout. Oui, c’est du plaisir, de montrer, mais aussi de jacasser, de radoter, de raconter les vieilles histoires, et puis bon comme on a tous Alzheimer qui nous touche, ben évidemment on ne raconte pas forcément tous la même chose. »
Le public néophyte te pose néanmoins des questions…
« Alors c’est vrai que si majoritairement on raconte un peu entre nous, il y a chaque année des gens qui ne sont jamais venus qui viennent nous poser des questions. Ils sont majoritairement bien élevés et courtois, donc on répond avec plaisir, même si les questions sont souvent extrêmement naïves. »
L’an prochain, tu seras là ? SRC 2026 SRC 2026
« Probablement. Si la santé le permet et qu’on a trouvé une nouvelle bêtise à proposer à Jean-Pierre. »
Continuons ensuite avec Jacques Hutteau, sans
doute plus connu sous le surnom « Jacky
H« , ancien pilote de 125, responsable du paddock
IRTA, commentateur Eurosport, une des voix de la SRC depuis plus de
10 ans, et j’en passe.
Lui, son plaisir, c’est de parler, comme il le fait au micro durant
la SRC, alors on l’écoute…

« Le plaisir de toute façon de retrouver déjà la majorité des gens qu’on a connu précédemment, donc cheveux blancs ou pas de cheveux, bedonnants ou pas, peu importe, le plaisir de retrouver tous les anciens pilotes, de retrouver des motos vraiment exceptionnelles et puis une ambiance à nulle autre pareille. Vraiment un endroit spécial avec ce circuit magnifique, le Paul Ricard, et puis ce que je viens de citer, tous ces gens, ces anciens champions, champions du monde ou autre, tous les anciens pilotes qu’on retrouve chaque année avec des nouveautés. On a vu passer pratiquement tous les champions du monde toutes catégories, de Ago à Kenny Robert Junior, et tous ceux qu’on a pu voir avant, comme Gardner, comme Schwantz, comme Spencer qui était encore là cette année, etc. Les grands noms de la moto qui passent au fur et à mesure, et puis tous les autres, les Français, les Suisses, les Italiens, etc. qu’on retrouve avec un grand bonheur à chaque fois. Donc un rendez-vous incontournable ! Mais ce n’est pas de la pub, c’est vraiment vraiment l’envie de retourner là-bas, le plaisir, et à chaque fois on est un petit peu déçu de devoir attendre encore un an avant de les retrouver, parce que c’est un week-end qui passe très vite.
Il y a tellement à voir, ça pourrait durer trois jours ! Il y a plein plein plein plein de choses, pour tous les goûts et toutes les générations pratiquement, parce qu’il y a des courses, donc ça intéresse également les jeunes et beaucoup de monde, tout âge confondu. Et puis toutes les motos à voir, il n’y a rien à faire, les motos sont exceptionnelles : on découvre des merveilles, comme Julien qui avait amené sa 6 cylindres, ou les Honda qui sont arrivées du Japon. Elles ont transité par le Grand Prix de France, tu le sais comme moi, mais elles sont arrivées là-bas avec le petit staff de Japonais : c’est quelque chose d’inoubliable. Et puis Kenny Roberts Junior, qui n’est pas non plus quelqu’un de très expressif mais qui était très heureux d’être là et qui en a profité pour ensuite visiter la région, se balader dans le coin. Donc voilà, Jean-Pierre nous sort à chaque fois quelqu’un de son chapeau, et puis ce que je voulais dire c’est que tous les gens qui viennent tourner sont heureux. Tu les vois tous avec la banane Ils sont tous heureux d’avoir pu tourner sur le circuit Paul Ricard avec des sessions, d’après ce que j’ai pu comprendre, qui sont quand même plus longues qu’à d’autres endroits. Et donc ça, pour eux, ils en ont pour leur argent, ce n’est pas une belle expression, mais enfin, en tout cas, ils en ont pour leur plaisir.
Et puis, de l’autre côté de la piste, on peut trouver tous les concessionnaires des différentes marques, avec les essais des motos possibles. Il y a eu énormément de monde encore cette année qui ont pu en profiter. Il y a également des revendeurs et autres qui sont là pour présenter les accessoires. Il y a une foule, une multitude de choses à voir. Il y a des démonstrations de trials à l’ancienne mais au niveau de la clientèle également, en tout cas au niveau de ceux qui viennent, moi j’ai été agréablement surpris depuis plusieurs années, depuis que j’y vais, de voir qu’il y a beaucoup de jeunes. Il n’y a pas que des grisonnants, il n’y a pas que des bedonnants, il y a aussi des jeunes qui viennent là parce qu’ils sont attirés par l’histoire de la moto peut-être, par cette grande fête, par cette grande réunion. Peut-être également évidemment de l’autre côté avec la possibilité de voir les motos modernes, et donc voilà, tout ça fait un tout et un week-end fantastique, avec les bruits, les couleurs, les odeurs. »
D’accord donc tu seras là l’année prochaine?
« Bah écoute, je l’espère, j’espère, je l’espère de tout cœur. J’aimerais bien que ça ait lieu tous les six mois, comme ça je vieillirai un peu moins vite (rire). Mais oui, oui, j’espère de tout cœur. Ça fait quelques années déjà que j’ai la chance, le plaisir et puis l’honneur d’animer tout ça, et c’est un bonheur inégalable à chaque fois, tu le sais. On trouve de tout, on trouve de tout, de tout, de tout là-bas. Je sais pas, je te dis, c’est un weekend qui devrait durer au moins 3 jours. Maintenant, je comprends la complexité, mais c’est un weekend qui devrait durer 3 jours pour. pour faire plaisir à tout le monde. »
Terminons avec Guy Coulon,
qu’on ne présente plus.
Lui, en voisin et en véritable bible encyclopédique de la moto de
compétition, il voit plutôt le côté pragmatique de la chose…
“Déjà, ce n’est pas loin, et en général le climat
est agréable. Il y a beaucoup de monde, donc c’est un lieu de
rencontre et d’échange. C’est ça quoi, il
y a plein de gens que tu connais et plein
de
gens que tu ne connais pas, qui viennent te parler et discuter de ce que tu fais.
Tu apprends des choses là-bas,
et puis tu trouves des choses. Tu parles aux
gens, tu as des
contacts, tu trouves des pièces,
des machins,
des trucs que tu cherches.
C’est positif pour
les projets en chantier.
Par exemple, trouver des pneus qui
me conviennent pour
faire rouler mes motos,
des trucs comme ça, selon le
moment, selon ce dont tu as besoin.
Tu vois un
gars, tu lui demandes, “tu n’aurais pas ça ?.
“Non, je n’ai pas ça, mais machin, il a ça, il est là-bas”, on
l’appelle, et voilà.”

Donc paradoxalement, pour toi ce n’est pas le côté nostalgique qui prime…
« Non, pour mon cas, non. En tout cas, pas pour moi. Mais c’est un raccourci pour trouver des choses, et pour se faire amener des pièces, des machins, des trucs. Par exemple, j’avais des pièces sur Paris, il y a des gars qui descendent, donc ils te les amènent. C’est aussi très pratique. C’est un système d’échange et de transport. J’ai plusieurs exemples où j’avais des choses à fournir, et on me dit “ah ben je viens à la Sunday Ride, tu me les apportes là-bas”, ou “j’ai mon pote qui ira te voir, il te donnera ça ou tu lui donneras ça”. Voilà, là c’est un peu un point de chute pour un tas de petites choses qui simplifient la vie quoi.”
D’accord, tu es souvent abordé par des gens du public qui ne sont pas forcément en train de restaurer une vieille moto : qu’est-ce qu’ils te disent ?
« Oui, constamment oui. Souvent, ils me flattent un petit peu quoi. Ils sont contents de me voir et de discuter sans doute, de me dire “on était à telle course l’an dernier”, ou cette année, ou il y a 3 ans, ou il y a 20 ans”. Ca fait aussi partie intégrante de la SRC, et les gens sont contents.”
Ces quatre visions de la SRC sont sans doute à l’image de quatre morceaux de verre parmi les dizaines qui constituent un kaléidoscope, mais il fallait bien choisir, car être exhaustif concernant la Sunday Ride Classic relèverait des travaux d’Hercules…

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