Carlos Sainz avait choisi Williams pour reconstruire une grande équipe. Un an plus tard, Martin Brundle estime que l’Espagnol s’est engagé dans une impasse au pire moment de sa carrière. Le verdict est brutal, mais les résultats le rendent difficile à balayer : Williams est neuvième, ne marque plus et vient même d’être dépassée par l’Audi que Sainz avait refusée.

Williams…la voie de la désillusion pour Sainz
Martin Brundle n’a pas accusé Carlos Sainz d’avoir perdu son talent. Il lui reproche presque l’inverse : posséder encore le niveau nécessaire pour gagner, mais passer ses meilleures années à batailler pour une dix-septième place.
Le consultant de Sky Sports estime que la carrière du pilote Williams est en train de « stagner » et qu’il s’est retrouvé dans une véritable « impasse ». Selon lui, Sainz garde probablement toutes ses options ouvertes pour 2027 après avoir choisi Williams plutôt qu’Audi deux ans auparavant. La formule est sévère. Le classement, malheureusement, manque d’arguments pour organiser la défense.
De deux podiums à la neuvième place : le projet a pris un raccourci vers l’arrière
Le choix de Williams n’avait pourtant rien d’absurde lorsque Sainz l’a effectué.
Après avoir perdu son baquet Ferrari au profit de Lewis Hamilton, l’Espagnol avait signé un contrat pluriannuel avec l’écurie de Grove. Audi, Alpine et Williams figuraient alors parmi ses principales possibilités, aucune place ne s’étant libérée chez les quatre équipes les plus compétitives.
Sa première saison avait même donné raison à son pari. En 2025, Sainz avait offert deux podiums à Williams, en Azerbaïdjan puis au Qatar, tandis que l’équipe terminait cinquième du championnat avec son meilleur classement depuis 2017.
Le problème est que Williams avait largement orienté son développement vers le grand changement réglementaire de 2026. La saison suivante devait justifier les sacrifices consentis, confirmer la reconstruction et rapprocher progressivement l’équipe du sommet.
Elle a surtout confirmé qu’en Formule 1, sacrifier le présent ne garantit absolument pas que le futur viendra vous remercier.
Après onze Grands Prix en 2026, Williams occupe la neuvième place avec seulement 11 points. Carlos Sainz en possède six et Alex Albon cinq. L’écurie n’a plus marqué depuis Monaco et reste sur cinq courses consécutives sans inscrire la moindre unité.
La révolution technique devait ramener Williams vers l’avant. Elle l’a surtout aidée à retrouver plusieurs équipes qui étaient auparavant derrière elle.
L’ironie Audi : le projet refusé vient déjà de dépasser Williams
Le détail le plus cruel concerne évidemment Audi.
Selon Brundle, Carlos Sainz père aurait préféré que son fils accepte l’offre du constructeur allemand, avec lequel la famille entretient une relation ancienne. Sainz Sr avait notamment remporté le Dakar 2024 avec Audi. Le pilote avait pourtant choisi Williams, séduit par le projet défendu par James Vowles.
Audi n’est pas encore devenue une puissance capable de jouer les podiums. Elle ne totalise que 12 points et occupe la huitième place. Mais elle vient tout de même de passer devant Williams, avec des points inscrits lors des trois dernières manches : quatre à Silverstone, quatre à Spa et deux en Hongrie. L’écart n’est que d’un point. Symboliquement, il ressemble pourtant à une pancarte lumineuse installée devant le garage Williams.
Le constructeur que Sainz n’a pas choisi progresse. L’équipe qu’il a rejointe attend toujours sa véritable évolution. Dans quelques mois, la simple comparaison des deux projets pourrait devenir beaucoup moins amusante pour Grove.
Il faut néanmoins rester prudent : aucune négociation officiellement confirmée ne lie actuellement Sainz à Audi pour 2027. L’idée d’un départ reste alimentée par les analyses de Brundle et par différents échos du paddock, pas par une annonce du pilote ou des équipes. Pour l’instant, Audi représente donc une possibilité. Pas encore un billet de sortie imprimé.
La Hongrie a transformé la crise en spectacle public
Le Grand Prix de Hongrie n’a rien arrangé. Carlos Sainz et Alex Albon ont été éliminés dès la Q1, respectivement aux dix-huitième et dix-neuvième places. Le lendemain, Albon a terminé dix-septième et Sainz dix-huitième, à deux tours du vainqueur.
La course de Sainz a également été marquée par son accrochage avec Oscar Piastri, qui tentait de lui prendre un tour. L’Espagnol a reçu cinq secondes de pénalité, même si une défaillance des signaux lumineux de drapeau bleu a compliqué la situation et conduit Andrea Stella à défendre son comportement.
Sainz a expliqué qu’il réalisait une course solide compte tenu de la voiture, mais que la pénalité et un double arrêt sous voiture de sécurité virtuelle lui avaient coûté plusieurs positions. Son constat de fond restait cependant limpide : Williams avait beaucoup de travail à accomplir pendant la pause estivale. Lorsque le point positif d’un week-end consiste à expliquer pourquoi la dix-huitième place aurait pu être une quinzième, l’ambition initiale a manifestement connu quelques ajustements.
Williams promet une voiture presque neuve à Bakou
James Vowles ne prétend pas que la situation est satisfaisante.
La FW48 a commencé la saison en surpoids et Williams avait manqué les premiers essais de Barcelone en raison de difficultés liées au châssis. L’équipe a d’abord dû consacrer une partie importante de ses évolutions à alléger la monoplace avant même de travailler sérieusement sur ses performances.
Vowles a annoncé un programme de développement progressif comprenant des nouveautés à Silverstone, Spa, Budapest et Zandvoort. L’ensemble doit aboutir à une voiture « presque entièrement nouvelle » pour le Grand Prix d’Azerbaïdjan en septembre.
La promesse est spectaculaire.
Elle arrive toutefois après plusieurs évolutions qui n’ont pas empêché Williams de s’enfoncer dans le classement. Le terme « nouvelle voiture » devra donc produire davantage qu’une nouvelle position pour l’emplacement des rétroviseurs.
Alex Albon a lui-même évoqué des problèmes inscrits dans « l’ADN » de la monoplace, ajoutant qu’il ne s’attendait pas à un retour immédiat dans les points. Une partie du travail de l’équipe porte déjà sur la voiture de 2027 afin d’éviter d’y reproduire les faiblesses de la FW48.
Williams développe donc la voiture actuelle, prépare déjà la suivante et demande à ses pilotes de croire que l’une des deux finira par fonctionner. La Formule 1 moderne appelle cela une stratégie à long terme. Un pilote de 31 ans peut aussi appeler cela une horloge.
Sainz défend encore Williams, mais choisira bien son avenir cette année
Carlos Sainz n’a pourtant pas publiquement abandonné le projet. Début juin, il assurait que sa priorité restait de faire fonctionner Williams et qu’il souhaitait aider l’équipe à retrouver le premier plan. Il reconnaissait néanmoins devoir prendre une décision sur son avenir au cours de la saison 2026.
Son discours était même étonnamment réaliste. Sainz expliquait ne pas avoir rejoint Williams en s’attendant à gagner immédiatement. Selon son calendrier, les podiums réguliers étaient plutôt envisagés autour de 2029, avant de viser des victoires en 2030. Voilà une patience remarquable pour un pilote qui a déjà remporté quatre Grands Prix avec Ferrari.
Le problème n’est donc pas que Williams ne gagne pas en 2026. Le problème est que l’équipe paraît aujourd’hui plus éloignée de son objectif qu’elle ne l’était à la fin de 2025. Sainz avait accepté d’attendre plusieurs années. Il n’avait probablement pas prévu que la première étape du plan consisterait à reculer de quatre places au championnat.
Brundle a raison sur le danger, moins sur la simplicité d’une sortie
Martin Brundle identifie correctement le risque : Sainz traverse une période de sa carrière où plusieurs saisons perdues peuvent devenir irréversibles.
À 31 ans, l’Espagnol n’est évidemment pas proche de la retraite forcée. Mais les écuries de pointe préparent déjà leur avenir avec des pilotes plus jeunes, tandis que les places compétitives sont rares et généralement verrouillées longtemps à l’avance.
Quitter Williams serait donc une chose. Trouver immédiatement une équipe capable de gagner en serait une autre.
Audi demeure elle-même un chantier. Aston Martin cherche encore à transformer ses investissements en résultats. Red Bull, Mercedes, Ferrari et McLaren disposent de leurs propres priorités contractuelles. Sainz pourrait ainsi quitter une reconstruction lente pour en rejoindre une autre, simplement mieux décorée.
C’est toute l’ironie de son marché : son talent justifie un meilleur volant, mais les meilleurs volants ne semblent pas disponibles.
Brundle parle d’une impasse. La véritable difficulté consiste surtout à localiser la sortie.
Williams doit maintenant convaincre avec un chronomètre, plus avec des promesses
James Vowles a longtemps vendu une vision cohérente : moderniser Grove, corriger des années de retard structurel et reconstruire progressivement une équipe capable de gagner. Carlos Sainz y a cru. Ses deux podiums de 2025 avaient même donné une première crédibilité au projet.
Mais les discours ne suffiront plus.
La future évolution de Bakou devra montrer une progression nette. Le développement de 2027 devra convaincre que les problèmes actuels ont été compris. Et Williams devra prouver que son recul de 2026 constitue réellement un accident de parcours, non le début d’une nouvelle attente indéfinie. Sainz peut encore décider de rester. Il peut considérer que quitter l’équipe au premier grand obstacle rendrait inutile tout le travail accompli depuis son arrivée.
Mais sa fidélité ne sera pas éternellement alimentée par une présentation PowerPoint intitulée « objectif 2030 ».
Le mauvais choix… ou simplement un choix arrivé trop tôt ?
Dire aujourd’hui que Carlos Sainz a définitivement commis une erreur en rejoignant Williams serait prématuré. La saison 2025 avait démontré que le partenariat pouvait produire de bons résultats. L’équipe dispose encore de ressources, d’un duo expérimenté et d’un important programme d’évolutions. Une amélioration notable après la pause pourrait rapidement modifier le récit.
Mais Martin Brundle a mis le doigt sur la véritable urgence : Sainz ne peut pas consacrer indéfiniment ses meilleures années à attendre que Williams atteigne enfin la voiture promise. Pour l’instant, l’Espagnol possède six points, un contrat dont l’avenir doit être décidé et une Audi qui vient de passer devant lui.
La carrière n’est peut-être pas encore dans une impasse. Mais le GPS commence sérieusement à demander de faire demi-tour.










