F1
Publié le 4 août 2026 • 00:00 par Oléna Champlain

F1 – Ocon veut lâcher les F1 autour de l’Arc de Triomphe : Paris, Monaco XXL ou bouchon à 300 km/h ?

Esteban Ocon rêve d’un Grand Prix de France autour de l’Arc de Triomphe, mais calendrier saturé, coûts et politique freinent Paris.

Esteban Ocon rêve de voir renaître le Grand Prix de France au cœur de Paris, avec des monoplaces lancées sur les pavés autour de l’Arc de Triomphe. L’image serait extraordinaire, la retransmission mondiale somptueuse et le chaos logistique probablement historique. Car avant de transformer les Champs-Élysées en ligne droite des stands, il faudra trouver un promoteur, plusieurs centaines de millions, une place au calendrier et quelques responsables politiques particulièrement courageux.

 

Le doux rêve d’Ocon…

Esteban Ocon ne réclame pas simplement le retour du Grand Prix de France. Tant qu’à ressusciter l’épreuve, le pilote Haas souhaite visiblement éviter la discrétion.

Interrogé par les lecteurs d’Autosport, le Français a imaginé une course dans Paris, idéalement autour de l’Arc de Triomphe. Une autre possibilité serait un circuit urbain dans le sud, notamment à Nice. Mais son véritable rêve reste la capitale : les pavés, les monuments et une Formule 1 lancée au milieu de l’un des carrefours les plus célèbres du monde.

« Ce serait vraiment quelque chose de spécial », explique-t-il, avant d’ajouter que quelques adaptations suffiraient pour rendre le projet possible.

Quelques adaptations. Voilà une manière délicieusement calme de désigner des kilomètres de barrières, des zones de dégagement, un paddock, des garages, un centre médical, des tribunes et probablement la fermeture d’une partie de Paris pendant plusieurs jours.

L’Arc de Triomphe transformé en virage 1

Sur le plan visuel, l’idée est absolument redoutable.

Une grille de départ sur les Champs-Élysées, un freinage devant la place de la Concorde, un passage près de la Seine et vingt-deux voitures tournant autour de l’Arc de Triomphe offriraient à la Formule 1 une carte postale comparable à Monaco ou Las Vegas.

Liberty Media pourrait difficilement rêver d’un meilleur décor. Les dépassements resteraient peut-être rares, mais les images seraient suffisamment belles pour permettre d’oublier ce détail pendant quelques années.

Ocon ne prétend d’ailleurs pas avoir déjà dessiné un circuit homologué. Il livre un souhait personnel, avec beaucoup d’enthousiasme et une confiance admirable dans la capacité française à déplacer quelques plots de chantier.

« Rien n’est impossible. Tout dépend de notre volonté », affirme-t-il, en espérant que les dirigeants français l’entendront.

Les dirigeants ont donc reçu le message. Il leur reste simplement à trouver l’argent, le tracé et l’endroit où installer les motor-homes sans réquisitionner le jardin des Tuileries.

La Formule E l’a fait… mais ce n’était pas exactement la même opération

Pour défendre son idée, Ocon rappelle que la Formule E a déjà couru dans Paris. L’argument n’est pas faux. Le championnat électrique a organisé quatre éditions de son ePrix parisien entre 2016 et 2019 autour des Invalides. Le tracé provisoire mesurait seulement 1,93 kilomètre et comptait 14 virages. Les tribunes de la deuxième édition avaient même affiché complet.  Les rues parisiennes ont donc bien accueilli des monoplaces modernes devant un public nombreux. La dernière édition, disputée en 2019 sous la pluie et même la grêle, avait été remportée par Robin Frijns.

Mais comparer cette organisation à un Grand Prix de Formule 1 demande tout de même une certaine souplesse.

La Formule E utilisait des voitures électriques beaucoup moins rapides, un circuit très court et des installations adaptées à un événement de dimensions inférieures. Une F1 actuelle arriverait avec davantage de vitesse, de bruit, de personnel, de matériel et d’exigences de sécurité.

La Formule E a prouvé que Paris pouvait accueillir une course automobile. Elle n’a pas démontré que l’on pouvait envoyer une grille de F1 autour de l’Étoile après avoir simplement ajouté deux rangées de Tecpro et demandé aux taxis de patienter.

Paris sait fermer ses rues, mais pas nécessairement pendant une semaine

La capitale possède cependant une véritable expérience des grands événements urbains. L’arrivée du Tour de France 2026 a de nouveau emprunté Montmartre avant de se terminer sur les Champs-Élysées. La ville a organisé des restrictions importantes de circulation et de stationnement, avec plusieurs passages dans des quartiers très fréquentés et une arrivée au cœur de Paris.

Cela montre qu’un événement sportif mondial peut occuper temporairement les avenues parisiennes. Mais le Tour se déplace rapidement et libère progressivement les routes. Une course de F1 exigerait de construire le circuit, d’installer les infrastructures, d’organiser les essais, les qualifications et le Grand Prix, puis de démonter l’ensemble.

La difficulté ne serait donc pas de fermer les Champs-Élysées pendant deux heures. Elle serait d’expliquer aux habitants, aux entreprises et aux automobilistes qu’un virage temporaire doit être installé devant leur porte parce que Max Verstappen a besoin d’une zone de dégagement. Le spectacle serait immense. La réunion publique précédant le spectacle pourrait l’être encore davantage.

La France ne manque pas de circuits, mais de projet financé

Le rêve d’Ocon arrive surtout au moment où le retour du Grand Prix de France reste bloqué par une question beaucoup moins glamour : qui organisera et financera l’événement ? La dernière édition s’est tenue au Paul-Ricard en juillet 2022. Ocon y avait terminé huitième et inscrit, à sa troisième tentative, ses premiers points lors de son Grand Prix national. Depuis, l’épreuve a disparu du calendrier.

Stefano Domenicali assure régulièrement que la Formule 1 ne s’oppose pas au retour de la France. Le dirigeant italien a toutefois résumé la situation avec une comparaison sentimentale : pour organiser un Grand Prix, « il faut être deux ». La F1 est disposée à discuter, mais elle attend toujours un interlocuteur portant un projet suffisamment structuré.

Autrement dit, la Formule 1 aime la France, son histoire, ses pilotes, ses partenaires et son marché télévisuel. Elle l’aimerait probablement davantage accompagnée d’un promoteur et d’une garantie bancaire.

Ocon peut donc choisir entre Paris, Nice, le Paul-Ricard ou éventuellement le parking d’un hypermarché particulièrement vaste. Sans financement durable, la destination restera secondaire.

Le calendrier affiche déjà complet

Même avec un projet parisien parfaitement financé, la France devrait encore trouver une place dans un calendrier saturé. La saison 2026 compte 24 Grands Prix répartis dans 21 pays. La direction de la F1 considère que ce nombre représente désormais la limite raisonnable.

La situation se resserrera encore en 2027. La Turquie doit effectuer son retour avec un contrat de cinq ans, tandis que Portimão dispose d’un accord portant sur deux saisons. Pour maintenir 24 manches, Spa-Francorchamps et Barcelone alterneront leur présence au calendrier. Les 24 emplacements de 2027 sont déjà couverts par des contrats.

La France ne peut donc pas simplement demander à être ajoutée comme vingt-cinquième rendez-vous. Elle devra attendre la libération d’une date ou accepter un système de rotation avec une autre épreuve européenne. Ce qui ouvre une négociation fascinante : quel Grand Prix historique devra s’effacer pour permettre à des F1 de faire le tour de l’Arc de Triomphe ? Les candidats seront certainement ravis de participer.

Paris séduirait la F1-business

Si le projet surmontait ces obstacles, il posséderait malgré tout un avantage considérable : Paris correspond parfaitement à la stratégie commerciale actuelle de la discipline.

La F1 privilégie les événements associés à de grandes villes et capables de proposer bien davantage qu’une course. Miami, Las Vegas, Bakou, Singapour et désormais Madrid illustrent cette évolution. Le championnat vend un week-end complet, une destination touristique, des espaces d’hospitalité et un immense décor pour les partenaires.

Paris cocherait toutes les cases, probablement avec un stylo Louis Vuitton.

Les grandes marques, les invités prestigieux et les espaces VIP seraient faciles à attirer. La ville permettrait également à la F1 de renouer avec un marché historique sans revenir nécessairement sur un circuit permanent jugé moins spectaculaire commercialement.

Sur ce terrain, le rêve d’Ocon n’est donc pas totalement naïf. Un Grand Prix parisien serait probablement plus séduisant pour Liberty Media qu’un retour discret sur un circuit isolé. Le défi consiste à convaincre Paris que la F1 serait aussi séduisante pour elle.

Nice, la solution légèrement moins folle

Ocon cite également Nice comme solution alternative. L’idée d’un Grand Prix urbain sur la Côte d’Azur a déjà circulé, notamment lorsque le retour de la France était évoqué après la disparition du Paul-Ricard.

Nice offrirait la mer, le soleil, les hôtels de luxe et une proximité géographique presque comique avec Monaco. La Formule 1 pourrait ainsi organiser deux courses glamour séparées par quelques dizaines de kilomètres, afin d’être certaine que personne ne manque de yachts pendant trop longtemps.

Cette option présenterait peut-être moins de difficultés que Paris, mais elle exigerait elle aussi un véritable promoteur, des financements publics ou privés et un tracé répondant aux normes de la FIA.

Pour l’instant, Paris comme Nice relèvent davantage de l’idée séduisante que du dossier prêt à être signé.

Ocon remet malgré tout le Grand Prix de France dans la conversation

La proposition du Français possède au moins un mérite : elle rappelle l’anomalie que constitue l’absence de la France. Le pays dispose de trois pilotes sur la grille, d’une immense histoire automobile et d’un public important. Esteban Ocon est également le dernier vainqueur français en Formule 1 grâce à son succès obtenu en Hongrie en 2021.  Pourtant, les supporters français doivent voyager à Monaco, Spa, Barcelone ou Monza pour assister à une manche du championnat.

La France a contribué à donner au sport l’expression « Grand Prix », avant de découvrir qu’elle n’avait plus elle-même de Grand Prix. L’ironie est presque suffisamment élégante pour devenir une spécialité nationale.

En évoquant Paris, Ocon propose une vision spectaculaire, immédiatement compréhensible et infiniment plus vendeuse que les habituelles discussions sur les coûts d’organisation du Paul-Ricard.

Il ne fournit pas encore la solution. Il fournit l’affiche.

De Spider-Man au Grand Prix de Paris, Ocon tisse déjà sa toile

Le clin d’œil est presque trop parfait pour ne pas conclure ainsi. Grand passionné de Spider-Man, Esteban Ocon a conçu un casque spécial inspiré de Spider-Man: Brand New Day, qu’il a présenté à Tom Holland avant de le porter aux Grands Prix de Belgique et de Hongrie. Trois exemplaires ont été produits, dont un offert à l’acteur.

Le Français a ensuite assisté avec Flavy Barla à l’avant-première londonienne du film, son casque rouge à motifs de toile sous le bras. Il ne s’agissait donc pas exactement d’une photo prise « à la sortie du cinéma », mais bien d’une apparition sur le tapis rouge de Leicester Square.

Après avoir rencontré Spider-Man, Ocon rêve désormais de voir les Formule 1 tourner autour de l’Arc de Triomphe. La logique est finalement impeccable : lorsque l’on veut courir dans Paris, mieux vaut connaître quelqu’un capable de se déplacer au-dessus des embouteillages.

Pour l’instant, le Grand Prix parisien reste suspendu à un fil. Heureusement pour Ocon, les toiles d’araignée sont précisément devenues sa spécialité.