En ce 14 juillet, les négociations ont finalement abouti et l’accord entre Johann Zarco et Hervé Poncharal a donc été signé.

En exclusivité, voici donc les toutes premières réactions du patron de Tech3 qui ne cache ni sa joie ni son excitation à l’idée de la saison à venir….


Hervé Poncharal, êtes-vous heureux de cet aboutissement des négociations ?

“Je peux vous dire, en étant tout à fait honnête, que “oui”, je suis excessivement heureux !

Ça fait maintenant depuis de nombreuses années, de nombreuses saisons, que l’on suit le jeune Johann Zarco qui a commencé à balbutier dans la MotoGP Rookies Cup, et on le suit avec intérêt parce que, dès ses premiers tours de roues, on a vu que c’était quelqu’un de très talentueux et de pas banal.

Je me souviens d’ailleurs d’une interview qu’on avait faite avec Bruno Gillet pour Moto Journal à Estoril. Ça m’avait bluffé car ils étaient dans un tout petit camping-car, il y avait Laurent Fellon avec Johann Zarco qui était encore tout petit, et ils nous montraient comment ils travaillaient; c’était la première interview avec un grand média de la presse spécialisée. Johann avait un petit cahier comme les écoliers où il notait tous les circuits, où il dessinait les virages, où il faisait les trajectoires, avec des petites annotations à coté, tout ça écrit avec une écriture encore enfantine. C’était touchant, touchant d’implication, touchant de capacité à essayer de comprendre et de se remettre en question et de progresser.

On a vu dès ses premiers tours de roues en Rookies Cup qu’il était très talentueux, et aussi très différent des autres garçons qu’on a l’occasion de côtoyer quand ils débutent en sport moto.

Depuis, on l’a suivi. Sa victoire à la Rookies Cup. Son parcours superbe, avec une place de vice-champion du monde en 125 et son passage en Moto2. Il a tout de suite été dans le coup. Et puis cette saison 2015 où il a été impérial, magnifique. Magnifique d’intelligence, de vitesse, de capacité à analyser au fil des tours sa course avec des stratégies où il ne se laissait pas emporter par sa fougue et sa passion, comme certains pilotes peuvent le faire, et bien évidemment, on se disait qu’un jour on arriverait à collaborer. On sait qu’il a une relation très forte avec son coach-ami-mentor Laurent Fellon, et étant donné qu’il est chez Ajo, on se demandait si un jour il passerait en MotoGP et avec quelle structure ce serait. Et puis après des négociations relativement courtes et très ouvertes, on a décidé de s’engager ensemble pour la saison 2017 et 2018. Plus exactement, il y a une option pour 2018. Je pense que l’envie et l’idée, pour tout le monde, c’est de faire 2017 et 2018.

Je suis sincèrement heureux que ça se passe maintenant, parce que évidemment, et même moi dans certaines déclarations, on est tous avec cet espèce d’obsession du jeunisme dans la tête, dans tous les sports, que ce soit en vélo, en moto, en automobile, en natation. C’est quelque chose qui est de plus en plus dans les mœurs et qui n’est pas sot, qui n’est pas idiot : quand on voit ce qu’à fait Marc Marquez et Maverick Vinales, ce n’est pas sot.
Je pense que Johann, lui, est différent, et donc c’est un individu et pilote différent des autres. Il n’y a pas de recette universelle et la sienne, qu’il s’est appliquée avec Laurent Fellon, elle fonctionne par rapport à lui-même, et aujourd’hui, il est prêt ! Il est prêt pour la MotoGP !

Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui n’ont pas compris pourquoi l’année dernière, en ayant été titré en Moto2, il n’a pas voulu passer en MotoGP. Finalement, avec le recul, je pense que c’était une bonne décision. Parce qu’il a encore appris, il a encore progressé durant cette année en 2016. Il obtiendra, j’espère, la couronne en fin de saison, ce qui le fera entrer dans l’histoire comme étant le premier pilote à faire deux titres Moto2 d’affilé.

Il est prêt et j’ai pu discuter avec lui : il est sûr de lui, sans être prétentieux. Il est sûr que c’est le moment pour y passer, il est mûr dans sa tête et dans son analyse de pleins de paramètres. Il sait ce qu’il veut faire, et comment il veut le faire. Il sait qu’il n’a pas envie de brûler les étapes, ce que peut parfois faire un jeune pilote.
Le dernier vainqueur en date en MotoGP, Jack Miller, et Dieu sait si je l’adore, aurait pu se brûler complètement les ailes en étant un petit peu trop optimiste, un petit peu trop « chaud ».

Johann a ce côté pilote encore excessivement rapide, agressif et au top de sa vitesse, mais il a aussi cette expérience qui va lui permettre d’analyser, de digérer, de comprendre la MotoGP, peut être mieux qu’un jeune pilote peut le faire. Le faire maintenant, ça a vraiment du sens : je pense qu’il a mûri aussi en tant qu’homme. J’ai discuté avec lui, j’ai discuté avec Laurent Fellon, et je les ai trouvés biens, j’ai trouvé qu’ils avaient beaucoup évolué.

Sincèrement, ils m’ont tout de suite demandé de travailler avec Guy Coulon, ce que je trouvais tout à fait logique et normal, donc je leur ai dit il n’y avait aucun problème. Il ne faut jamais dire quoi que ce soit avant que ça commence, mais en tout cas j’ai un super feeling et je suis bien évidemment très excité, comme on est toujours quand une nouvelle aventure doit débuter.

Donc on est tous très excité de voir comment ça va se passer à Valence après le dernier GP de la saison. Et encore plus à Sepang en février, parce que c’est là le vrai démarrage. Sur ce circuit, après la pause hivernale, ça va être intéressant de voir comment ça va se passer, mais en tout cas, je ne sais pas pourquoi, j’y crois dur comme fer !

Je pense qu’on a énormément d’atouts dans notre jeu. Avec Guy Coulon, mon frère Jérôme Poncharal qui est dans cette équipe, tous les gens qui sont là, qui ne sont pas des débutants, qui ont cette touche un peu franco-française sans parler de Chauvinisme, qui vont évidemment parler la même langue que Johann, ce qui est toujours plus facile pour faire passer des messages.
Ils ont des attitudes similaires, des envies, des manières de travailler, des manières d’être discrets, de pas être dans l’ostentatoire, de pas être dans le bling-bling, de travailler beaucoup et sans nécessairement chercher les feux de la rampe.

Ça m’excite, ça me plait, et je voudrais remercier Johann et Laurent de nous avoir fait confiance. J’espère qu’on sera à la hauteur de leur talent et de leur confiance.

Il y a quelque chose qui me plait vraiment. Evidemment, on n’est pas insensible au fait qu’il soit français, même si j’ai toujours dit qu’on était une équipe internationale, et c’est vrai qu’on est une équipe internationale, c’est vrai que nos partenaires, à part la société Motul, la plupart sont des partenaires qui ne sont pas des sociétés franco-françaises.
Mais ceci étant dit, je lis ce qui se dit sur les sites, les réactions des internautes, et je vois sur les GP tous les spectateurs français qui font le déplacement, qui nous sautent dessus « alors, alors, vous allez signer Johann ? ». Je suis donc conscient qu’il y a une attente et qu’il va y avoir une ferveur encore plus forte qui va nous accompagner. C’est de loin le meilleur pilote français aujourd’hui en championnat du monde de vitesse ; on est la seule équipe qui est présente dans la catégorie MotoGP en tant qu’équipe française. On voit ce que ça donne quand on vient de terminer l’Euro : on a vu la ferveur des supporters des Bleus. On avait vu quand c’était les Bleus de la génération précédente : ça ce n’était pas très bien passé, et il n’y avait pas d’adhésion du public. Là, il y a une adhésion incroyable concernant cette nouvelle équipe Zarco-Tech3, et je pense qu’on peut écrire une belle page de l’histoire du sport, une belle page de l’histoire du sport français en catégorie reine.

Jusqu’à présent, il faut le reconnaître, on a eu une victoire de Christian Sarron à Hockenheim dans des conditions un peu particulières mais une victoire de Christian Sarron à Hockenheim.  Il y a eu une victoire de Régis Laconi en 500 à Valence, aussi dans des conditions météo un peu particulières, comme celles de Jack Miller à Assen, mais, même si on a eu des pilotes qui ont fait des saisons complètes, comme Jean-Philippe Ruggia, Sylvain Guintoli, Dominique Sarron, Christian Sarron, Régis Laconi ou Olivier Jacque, il faut reconnaître tout en étant ultra-respectueux envers tous les gens dont je viens de citer les noms, que ça a toujours été un petit peu un semi-échec, les pilotes français dans la catégorie Reine.

Pourquoi pas essayer d’inverser cette tendance, d’essayer de faire en sorte de faire mentir cette « malédiction » du pilote français en catégorie Reine, avec Johann ? On a la volonté et lui, je peux le dire à tous les lecteurs de Paddock-GP.com, il y croit !
Il n’y croit pas sur le mode de la forfanterie, en disant comme beaucoup de pilote “je vais tous les manger”, non.  Mais il n’a pas peur et il n’a pas de doute.

Alors peut-être que ça ne marchera pas comme on l’espère, et comme lui il l’espère, mais en tout cas, aujourd’hui, il y croit et nous à ses côtés, on y croit aussi !
Si tu n’as pas ça, tu ne fais rien de grand. Mais ce n’est pas parce que tu l’as, que tu vas le faire. C’est l’histoire de tous les gagnants qui ont été des joueurs…”

Le fait que Johan soit ce que l’on appelle “un Bonhomme”, avec sa forte personnalité comme il l’a montré récemment en conférence de presse, mais aussi son immersion totale dans la course, comme le montre le fait qu’il dorme dans la paddock, un point commun avec Guy Coulon, c’est un plus pour vous ?

“Qu’il dorme dans le paddock, c’est son choix : ça prouve qu’il se sent bien dans ce milieu-là, qu’il aime ce milieu. Encore une fois, je vous parlais tout à l’heure de Bling-Bling et autre : il n’a pas besoin de ça, il n’a pas l’envie comme certains pilotes peuvent avoir, et je les respecte aussi, de sortir pour se changer les idées et de faire autre chose.
Je ne pense pas qu’on puisse dire que parce que tu dors dans le paddock, tu vas réussir ou ne pas réussir. C’est vrai que c’est un point en commun de plus entre Johann Zarco et Tech 3, car nous sommes des paddocks-people nous. J’aime le paddock, le soir je dîne dans le paddock, quand je peux j’amène mon Motorhome pour dormir dans le paddock. Je me sens bien dans le paddock et quand on vient sur un GP, je n’ai pas forcément l’envie d’aller visiter, quelle que soit la ville qui est la plus proche, et d’aller faire la fête avec les gens le soir. Non, non, je suis immergé. Et lui fonctionne de la même manière.”

Lui a toujours été dans des petites structures, il a toujours été pilote unique. C’est une demande qu’il a, explicitée ou pas, et à laquelle vous répondez en l’associant à Guy Coulon en recréant une sorte de famille professionnelle autour de lui ?

“Oui, mais vous savez, une équipe de 2 pilotes, c’est quelque part par rapport à la structure, à l’organisation, aux camions, aux déplacements, à la gestion. C’est une équipe, mais dans la réalité du travail, ce sont deux équipes autonomes. Elles échangent, elles discutent, les gens sont salariés de la même boîte, mais ce sont deux équipes autonomes. Cette année, l’équipe de Pol Espargaro et Bradley Smith sont autonomes l’une par rapport à l’autre, et même si Nicolas Goyon et Guy Coulon échangent, le soir ou le midi, malgré tout ce sont deux équipes. Idem chez Lorenzo et Rossi, etc.

Il aura son équipe, son cocon, son entourage qui lui sera dédié à 100 %, et le coté familial, j’en ai toujours parlé, c’est la marque de famille de Tech 3. Moi, ma boite c’est ma famille. Les gens avec lesquels je passe le plus de temps dans ma vie, ce sont les gens avec qui je travaille, y compris le week-end, lorsqu’on va faire du vélo ou des activités ensemble.
Donc oui, je pense qu’il ne va pas être dépaysé. On est une grosse structure à l’extérieur, mais on fonctionne comme une petite structure familiale, et ça fait partie de nos gènes : on n’en changera pas.”

Il est certain que vous, Tech3, avez une bonne image au niveau du public français, il est certain que Johann a également une très bonne image au niveau du public français. Additionné, cela va faire un “truc de fou”. Il faut en être conscient, mais peut être aussi quand même rappeler au public que vous êtes un team satellite, certes le meilleur, mais que Johann Zarco ne va pas aller se battre pour le titre, en tout cas la première année. Cette aventure est formidable, mais sachons maintenant garder les pieds sur terre, non ?

“C’est avoir un minimum de clairvoyance réaliste. De toute façon, à part le cas Marc Marquez, mais bon c’est un cas avec un grand « C », il est très compliqué d’imaginer qu’un Rookie, même en étant dans une structure officielle, puisse être champion du monde. Maintenant, c’est vrai qu’il y a de plus en plus d’usines. Cette année, il y a 4 usines qui sont, sur le papier et au niveau des résultats, plus performantes que nous. Il y a le team usine Yamaha, le team usine Honda, le team usine Ducati et même le team usine Suzuki cette année.
Mais ça, c’est vrai avec les pilotes que nous avons aujourd’hui. Par contre, pour moi, connaissant le matériel que Yamaha met à notre disposition, discutant tous les jours avec les concepteurs, les gestionnaires de l’usine qui s’occupe des M1, les Japonais, et bien je suis absolument certain qu’on a une qui est vraiment, quasiment la copie conforme de celles de Rossi ou Lorenzo. Elle est aussi performante et il n’y a pas techniquement de choses rédhibitoires qui peuvent nous empêcher de rêver à faire les résultats les plus fous, les meilleurs !

Il faut d’abord qu’on soit humble, il faut de l’humilité. Il ne faut pas qu’on se vende à tous les gens. Je pense que tous les gens qui suivent et qui sont de vrais passionnés du sport moto, ne s’attendent pas à ce que Johann, l’année prochaine chez Tech 3 sur une Yamaha M1 satellite, gagne des courses ou même fasse des podiums à la régulière. Je pense que personne ne s’attend à ça. Ou alors, il faut tout de suite qu’on les réveille !

Il y avait deux pilotes Satellite sur le podium à Assen, il y en avait 3 dans les 4 premiers. On va dire que c’était des conditions spécifiques, les gros sont tombés. Mais je reste persuadé que le matériel qui est à notre disposition nous donne la possibilité de nous battre dans le Top 5 et de pouvoir faire des podiums.
Après il faut que l’équipe technique et le pilote soient au niveau des meilleurs équipes et des meilleurs pilotes que sont Rossi, Lorenzo, Marquez, Pedrosa, etc.
Aujourd’hui les moteurs sont les mêmes, ils sont plombés dès le début de la saison. On en a un nombre limité, on a l’électronique unique, on a les pneumatiques qui sont distribuées par Michelin de manière aléatoire, donc on a les mêmes pneumatiques, et ça on le voit bien séance après séance. On a en plus, nous, chez Yamaha, la possibilité d’avoir accès à l’intégralité des acquisitions de données de Lorenzo  et Rossi, donc ça peut nous servir à comprendre le jour où on est un petit peu à tâtonner, et ça peut servir aussi à un jeune pilote, en l’occurrence Johann, à comprendre plus vite et à se fourvoyer peut être moins que ce qui pourrait l’être sans avoir les acquisitions des deux pilotes de l’écurie d’usine.

Donc oui, il est hors de question de dire qu’on va faire des podiums et qu’on va gagner des courses comme il le fait aujourd’hui en Moto2, mais par contre si on travaille tous très très bien et que Johann s’adapte à la MotoGP comme on pense qu’il va s’adapter, je pense qu’il est capable de faire des super courses. Dès sa première année, il sera en apprentissage mais pour lui, son benchmark, les pilotes avec qui il va être le plus en compétition et qui seront ses points de comparaison, ce seront ses collègues du Moto2; Alex Rins qui sera sur une moto d’usine Suzuki, et Sam Lowes qui sera sur une Aprilia usine. On verra comment il va évoluer. Il va évidemment plus se comparer à Alex Rins, par exemple, avec qui il se bat pour le titre et qui aura une moto qui sera sensiblement, en performance, similaire à la notre, puisque une usine Suzuki ou une satellite Yamaha, c’est à mon avis très proche. C’est ce qui va être intéressant de suivre, au moins au début de la saison 2017.
Après c’est évident qu’il ne va pas, dès les premières courses challenger Marquez, Rossi, Lorenzo etc…”

Hervé Poncharal, finalement, c’est un cadeau empoisonné que vous nous faites à nous, tous les passionnés français, car maintenant, il va falloir attendre des mois et des mois avant de pouvoir commencer à voir ça.

“Vous savez que j’ai quand même un peu de bouteille dans la vie et vous savez aussi que je suis un petit peu philosophe à mes heures. Donc oui, il va falloir attendre, mais la patience est une vertu à laquelle je crois énormément.
La capacité de maîtriser ses pulsions dans ce monde de “dingo” où on veut tout avant même de le vouloir, c’est très important pour moi. L’instantané, c’est bien mais il ne faut pas que ça. On m’avait dit, mon papa qui n’est plus de ce monde et auquel je pense en vous en parlant, mon papa m’avait dit : “Hervé, n’oublie jamais que le meilleur moment, c’est quand on monte l’escalier”.
Ça veut dire que le meilleur moment, c’est quand on rêve, quand on a envie.
Je n’ai jamais autant rêvé qu’en pensant aux prospectus de ma première mobylette. J’allais chevaucher ma mobylette et partir dans le ciel et être sur les nuages. J’en ai rêvé des heures, des jours et des nuits blanches. Et un jour, je l’ai eue, et j’étais super heureux.
Ces marches, on va les monter tranquillement, la fleur au fusil et avec la banane, en se disant que ça va le faire.

Mais pour le moment, profitons de ce moment de rêve !”

C’est une belle leçon, Hervé Poncharal, dont vous nous remercions.

“Hé oui, on a réussi à faire ce qu’on voulait. Mais maintenant, Johann, laisse-moi te dire une seule chose: “c’est fait. Tu le mets sous ton oreiller et tu y rêves quand tu t’endors le soir. Par contre, aujourd’hui, tu n’as plus qu’un seul objectif, pour toi et pour nous: décroche ce deuxième titre Moto2!
Et que rien de ce qui a été annoncé ce weekend ne perturbe ni n’entrave la marche en avant qui est la tienne”
.

Mais, je lui fais confiance, parce que ce n’est pas quelqu’un qui se laisse facilement griser.

 

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