Imaginez : Valentino Rossi et Maverick Vinales seront engagés au prochain Bol d’Or sur leur M1 de Grand Prix qui ne tiendra pas la distance…

Ce serait une histoire folle ? Certainement ! Mais elle a déjà eu lieu, il y a près de 40 ans…

En 1978, Jean-Claude Olivier, l’infatigable et novateur responsable de Sonauto, l’importateur des Yamaha en France, décide de tenter le pari fou d’aligner une moto de Grand Prix 2-temps dans une course d’endurance de 24 heures !

Il y a bien déjà eu quelques tentatives les années précédentes, mais cette fois, la participation de la Yamaha OW 31 sera officielle, et avec les pilotes stars que sont alors Patrick Pons et Christian Sarron.

Menée à fond, la machine Iwata peut à peine espérer rallier la mi-course, principalement en raison de son embiellage qui n’est pas conçu pour d’aussi longues distances.

Sa préparation est néanmoins confiée à Christian Maingret et consiste essentiellement en un montage soigné du moteur après avoir changé les roulements de vilebrequin et fait traiter les cylindres au Nickasyl (Nickel Carbure de Silicium). Les pots d’échappements sont renforcés pour résister aux vibrations.

Côté partie-cycle, on monte un bras oscillant permettant un changement plus rapide de roue arrière, des étriers Brembo pour la même raison à l’avant, un réservoir avec une vanne Zénith, deux phares à l’extérieur du carénage et une batterie, puisque le moteur ne possède évidement pas d’alternateur. La batterie sera changée à chaque ravitaillement…

Lors des essais qualificatifs sur le circuit Paul Ricard, la Yamaha #5 de Patrick Pons/Christian Sarron réalise évidemment la pole position avec un chrono en 2’08.47, avec 4 secondes d’avance sur les Honda 1000 RCB de Jean-Claude Chemarin/Christian Léon et Jacques Luc/Hubert Rigal. Chacun sait toutefois que cela n’augure en rien de l’avenir…

D’autres Yamaha OW31 figurent au départ. Celle des privés Roche et Agopian au 4e rang en 2’14.25 et celle de l’équipage Gras/Coq qui s’élancera 6e. Plus loin, on trouve encore celle de Renaudat/Guilleux…

A 15 heures, après un départ moyen, la Yamaha de Pons et Sarron s’empare du commandement peu avant la fin de la première heure de course. Elle commence à s’échapper inexorablement en adoptant un rythme entre 2’15 et 2’17.

A ce moment, celle pilotée par Agopian chute. Roche repart mais se retrouve sans frein suite à un levier cassé… grosse frayeur !

Le premier abandon d’une OW31 intervient au bout après 3 heures de course, avec la moto #23 de Renaudat/Guilleux. En tête, la numéro 5 ronronne…

A 22h30, l’embiellage de la Yamaha de Bourgeois et Soulas rend l’âme… c’est l’abandon après 161 tours. En tête, la numéro 5 ronronne…

On rentre dans la nuit sans savoir si l’OW31 bleue et blanche en ressortira. A minuit, elle possède 3 tours d’avance sur la Honda de Chemarin et 10 sur la Japauto de Fonta et Villa.

Les heures passent, les hommes fatiguent, et quand le soleil commence à poindre, ô miracle, la machine de Grand Prix est toujours en tête ! L’embiellage a une durée de vie théorique d’une dizaine d’heure mais il a résisté au cap de la mi-course.

Dans le clan Sonauto, on commence à y croire… Chez les passionnés qui écoutent sur leur « transistor » les points horaires diffusés par France Inter, aussi !

Hélas, quelques minutes plus tard, la réalité de la course vient rappeler à l’ordre tous les fans du 2-temps avec l’abandon de l’OW31 de Roche et Agopian, embiellage cassé après avoir effectué 303 tours…

Sur la numéro 5, Pons et Sarron serrent désormais les fesses car, bien que toujours en tête, ils savent leurs heures désormais comptées…

A 8h43, après avoir effectué 436 tours , le brave 2-temps se tait, vilebrequin hors-service après avoir hurlé durant 17h30, soit la distance d’une bonne vingtaine de Grands Prix ! La machine se range le long du rail dans la ligne droite du Mistral…

Chez les hommes en bleu, on est évidemment déçu, mais on se jure de revenir. Et on reviendra. Avec deux machines l’année suivante pour Patrick Pons/Sadao Asami et Hubert Rigal/Raymond Roche, puis trois en 1980 pour Roche/Lafond, Rigal/Van Dulmen et Asami/Kinoshita !

Mais ceci est une autre histoire que nous vous compterons peut-être un jour…

Une seule OW31 a rallié l’arrivée cette année-là, celle de l’équipage Patrick Lefèvre/Didier Dalet. Équipée d’un cadre Spondon et d’un bas-moteur bichonné par Jacky Germain, elle a franchi la ligne après 470 tours et 2730 kilomètres, 24e et dernière.

Christian Sarron nous confie aujourd’hui: « C’était mon deuxième Bol d’Or car j’y avais déjà participé pour l’équipe Godier-Genoud avec Denis Boulom, comme récompense pour mon bon résultat en coupe Kawasaki. Mais là, c’était complètement différent à cause de notre moto qui était une 2-temps. C’était la moto avec laquelle je faisais habituellement le championnat du monde 750cc que j’avais terminé deuxième derrière Steve Baker en 1977. Contrairement à ce dernier, ce n’était pas une moto d’usine et elle avait été légèrement dégonflée avant d’être équipée de ses accessoires pour l’endurance.
Ce qui m’avait le plus marqué ? C’est qu’on passait beaucoup de temps dans les stands à cause de la consommation et de l’usure des pneus, mais que, comme la moto était beaucoup plus rapide que ses concurrentes, et que nous venions du championnat du monde, on passait notre temps à zigzaguer sur la piste entre les concurrents. Avec Patrick, on était un peu seuls au monde dans notre aventure ! De mémoire, il me semble que lorsque la moto a cassé au petit matin, on avait 17 tours d’avance…
D’un certain côté, c’était difficile et assez lassant.
Honnêtement, au début on ne croyait pas du tout à la victoire. Personne dans l’équipe n’y croyait, mais quand on a passé la nuit et que la moto fonctionnait toujours bien, on a presque commencé à espérer…
Donc forcément, cela a été une grosse déception quand la moto a cassé, car on avait fait un peu plus des deux tiers de la course. »

Où est cette formidable moto aujourd’hui ?

Elle a été revendue plusieurs fois et a fini dans les mains d’un particulier qui l’a confié à des pilotes pour les courses d’endurance classique. Après plusieurs chutes, il ne reste malheureusement quasiment plus rien de la moto d’origine: polyester détruit, cadre tordu, carters moteur éclatés, etc… Triste sort ! Les autres (1979 et 1980) ont heureusement survécu.

Sources et crédits : Yamaha-community, Bike70, classement général (Vincent Glon), FIM-Live.com, etc.