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Entre Suzuka, Laguna Seca et Philip Island, le spectacle est grandiose. Mais la suite de la saison se transforme maintenant en champ de bataille. Des guerriers se disputent la victoire et observent le butin le dimanche soir.

Après l’élimination de Wayne Gardner aux États-Unis de la course au titre (la faute à une terrible blessure aux jambes), trois pilotes sont encore en lice. D’un côté, Wayne Rainey. Il a montré les plus belles choses, et de l’autre un Eddie Lawson très régulier. Kevin Schwantz, sans doute le plus rapide des trois, manque malheureusement de constance mais reste proche.

Des résultats en dents de scie qui lui coûtent beaucoup trop de points. À Jerez, il mène la course de cinq secondes avant de se déconcentrer sur un faux rythme. Une chute qui offre à Eddie Lawson sa première victoire chez Honda, qui lui permet de se rapprocher de Rainey au championnat.

 

 

Jouant de régularité, Christian Sarron (n°4) réussit à se maintenir proche des ténors. Fait rare : il court alors avec son frère Dominique, lui aussi dans la catégorie. Les deux auvergnats ici à Suzuka. Photo : Rikita

 

 

Mais vient le Grand Prix des Nations, tenu sur le circuit de Misano. Cette course est restée très célèbre, et pas pour des raisons évidentes. Le circuit venait de se doter d’une nouvelle surface jugée extrêmement glissante. Un week-end pluvieux s’annonce, et une possible catastrophe se profile. Kevin Schwantz, qui part de la pole, réalise un bon départ tout comme Christian Sarron et Wayne Rainey ainsi que les autres habitués des avants postes.

La pluie fait son apparition : Schwantz lève la main, le circuit est impraticable. Les organisateurs ne sont pas les plus ravis, et la course ne peut se terminer ainsi : ils demandent aux pilotes un second départ. Mais les héros de l’époque ne l’entendent pas de cette oreille. Eux veulent au minimum une séance d’essai supplémentaire, afin de voir s’il est possible de courir malgré tout. Les deux parties n’arrivent pas à s’accorder, et une décision exceptionnelle intervient. Les pilotes boycotteront la course !

Du moins, certains. Pierfrancesco Chili par exemple, insiste pour que la course ait lieu : c’est d’ailleurs lui qui remporte la manche folle en collant pas moins de 30 secondes au modeste Simon Buckmaster. Pas de points pour les ténors.

Les courses se suivent, sont disputées, mais se ressemblent dans les résultats. Eddie Lawson et Wayne Rainey se partagent les plus hautes marches du podium, à chaque course. En Allemagne, Rainey passe dans les derniers instants pour battre le champion du monde en titre, tandis que Schwantz casse. Ce résultat blanc l’élimine en un sens de la course au titre : c’est son quatrième en six courses. Sarron est désormais son rival pour la troisième place et se rapproche plus que sérieusement, aidé par des résultats très réguliers.

 

Revenu dans un top team, “Fast” Freddie Spencer n’y arrive plus. Avec une cinquième place comme point d’orgue, cette saison à “plein temps” sera la dernière de sa carrière. Photo : Rikita

 

 

Mais quand les planètes sont alignées, Kevin le Texan est imbattable. Il remporte coup sur coup les Grands Prix d’Autriche et de Yougoslavie. Avec deux pôles. C’est clair : il est le pilote le plus rapide du monde. Mais cela ne suffit pas, tant Lawson et Rainey sont des monstres de régularité.

Vient le TT Assen, manche mythique du championnat. Schwantz prend encore la pôle, la cinquième de suite. Il prend la tête, encore. Alors qu’il mène la danse, sa Suzuki RGV500 lâche à un tour de l’arrivée ! La malchance ne le quitte pas, et offre à son rival Wayne Rainey la victoire. Christian Sarron termine troisième, son deuxième podium de l’année. Le Français est le trouble fête du podium, car bien que sans victoires, il devance un Schwantz définitivement trop irrégulier.

La saison est étouffante, chaque course est un thriller insoutenable. Et le bijou ardennais de Spa Francorchamps n’échappe pas à la règle. Une fois la course débutée, nous retrouvons nos trois larrons habituels devant. Mère nature en décide autrement. La pluie commence à s’abattre après cinq tours, et les pilotes lèvent la main.. Que faire ? Annoncer un nouveau départ, après le fiasco de Misano ? Oui, mais celui-ci sera donné sur le sec. Ces champions aux nerfs d’acier repartent à cadence égale, mais au bout de trois tours : rebelote ! La pluie pointe le bout de son nez.

Les autorités ne savent pas quoi faire. La FIM avait bien stipulé que la limite du nombre de départs par course était fixée à deux. Mais le promoteur du Grand Prix, un certain Bernie Ecclestone, ordonne au directeur de course de lancer un troisième départ ! Sur un circuit aussi dangereux que Spa, c’est presque suicidaire.

Schwantz prend le meilleur sur le mouillé, mais tombe alors qu’il est seul en tête. Rainey prend la victoire… à moins que ce ne soit Lawson ! Car un coup de théâtre intervient : après coup, Eddie est déclaré vainqueur après l’annulation pure et simple de la troisième course. Les points sont divisés par deux, mais cet épisode unique dans l’histoire marqua cette année 1989.

La fin d’année approche, et rien n’est joué.

 

Photo de couverture : Stu Newby