Rien ne va plus entre Fabio Quartararo et la galaxie Yamaha. Alors que le Niçois s’apprête à faire ses valises pour rejoindre Honda en 2027, les ponts brûlent à une vitesse alarmante. Paolo Campinoti, le patron de Pramac, désormais partenaire de Yamaha, vient de lancer une attaque frontale contre l’attitude du Français. Son message ? Moins de mépris, plus de merci.
La rupture entre Fabio Quartararo et Yamaha ne ressemble plus à une simple séparation sportive programmée. Depuis plusieurs mois, l’ambiance donne davantage l’impression d’un divorce devenu impossible à masquer, avec un pilote qui ne croit plus réellement au projet et un constructeur japonais qui commence visiblement à mal supporter l’attitude de sa star.
Et cette fois, c’est Paolo Campinoti qui a décidé de sortir du silence. Le patron de Pramac Racing, pourtant partenaire stratégique de Yamaha, n’a pas du tout apprécié la manière dont Quartararo gère publiquement cette période extrêmement tendue. Au point d’adresser au Français un recadrage particulièrement direct.
« Il serait préférable qu’il soit un peu plus reconnaissant. » Une phrase courte sur Sky Italia, mais terriblement lourde de sens dans le contexte actuel.
Car depuis près d’un an, Quartararo ne cache plus son exaspération face aux difficultés de la M1. Week-end après week-end, le champion du monde 2021 multiplie les déclarations dures envers les performances de Yamaha, parfois même avec une forme de lassitude presque résignée.
Et récemment, il a probablement franchi une ligne qui a profondément agacé en interne lorsqu’il a reconnu piloter désormais “pour lui-même” davantage que pour l’équipe.

Paolo Campinoti fait ce rappel : « Yamaha a fait entrer Fabio Quartararo en MotoGP, l’a aidé à remporter le championnat du monde »
Dans un environnement japonais où la loyauté collective reste une valeur fondamentale, ce genre de déclaration passe forcément très mal.
Campinoti ne s’en cache d’ailleurs absolument pas : « Il est très critique en ce moment, et quand un pilote aborde le projet avec cette attitude, il est difficile d’en percevoir les aspects positifs. »
Puis il poursuit avec une franchise presque brutale : « Pour lui, tout est négatif actuellement. » Le fond du problème est probablement là.
Dans le paddock, beaucoup ont le sentiment que Quartararo a mentalement quitté Yamaha depuis longtemps. Et les rumeurs insistantes autour d’un accord avec Honda pour 2027 n’ont fait qu’alimenter cette impression.
Ce qui dérange aujourd’hui certains dirigeants, ce n’est plus seulement la possibilité de voir partir Quartararo. C’est l’impression qu’il ne croit déjà plus au projet actuel alors qu’il lui reste encore toute une saison à disputer avec Yamaha.
Campinoti insiste d’ailleurs sur une dimension presque morale du sujet : « Yamaha l’a fait entrer en MotoGP, l’a aidé à remporter le championnat du monde. »
Puis vient la phrase probablement la plus dure de toute son intervention : « La gratitude est toujours très importante dans la vie. Ne pas en être reconnaissant n’est pas une bonne chose. »
Dans le paddock MotoGP, ce genre de remarque n’est jamais anodin. Surtout venant d’un homme aussi influent que Campinoti, historiquement proche des constructeurs japonais.
Le plus intéressant dans cette histoire, c’est que les critiques répétées de Quartararo pourraient aussi commencer à poser question… chez Honda.
Car même si Yamaha et Honda sont rivales en piste, elles partagent une culture extrêmement proche : discrétion publique, hiérarchie forte, communication contrôlée, et faible tolérance aux critiques médiatiques internes.
Autrement dit : voir Quartararo régler publiquement ses comptes avec Yamaha n’est probablement pas accueilli avec enthousiasme à Sakura. D’ailleurs, plusieurs observateurs du paddock commencent à le souligner ouvertement.
Selon Ricard Jove, Honda espérerait récupérer une version beaucoup plus mesurée du Français lorsqu’il rejoindra potentiellement le projet 2027.
Même Neil Hodgson estime désormais que Yamaha devrait limiter les prises de parole médiatiques de son pilote afin d’éviter d’aggraver encore les tensions autour du programme MotoGP. Cela montre à quel point la situation est devenue sensible.
Car malgré tout cela, une réalité demeure : Quartararo reste l’un des pilotes les plus talentueux de toute la grille. Et c’est précisément ce qui rend le dossier si explosif.
Parce qu’un pilote comme lui apporte : de la vitesse, du développement, de la visibilité, une énorme valeur marketing, et une capacité rare à transcender une moto imparfaite. Mais il apporte aussi une pression permanente.
Quand Quartararo croit au projet, il devient un leader exceptionnel. Quand il cesse d’y croire, il peut rapidement devenir un facteur de tension interne extrêmement puissant. Aujourd’hui, Yamaha semble découvrir cette seconde version.
Le vrai danger pour Yamaha n’est peut-être plus le départ de Quartararo. Au fond, le plus inquiétant pour Yamaha n’est peut-être même plus de perdre Fabio Quartararo.
Le plus inquiétant, c’est probablement l’image que cette séparation commence à renvoyer dans le paddock : celle d’un champion du monde qui a cessé de croire que le constructeur pouvait encore redevenir une référence.
Fabio Quartararo a perdu la confiance de Yamaha. Ses déclarations, de plus en plus acerbes, énervent. Paolo Campinoti, le patron de Pramac, l’appelle à la gratitude. Une notion essentielle au Japon, où la culture exige le respect des anciens, des employeurs, des partenaires. En partant chez Honda, le Français doit changer de ton. S’il se plaint autant chez sa future équipe, il finira isolé. Le talent ne suffit pas. Il faut aussi l’humilité, la discrétion, le travail d’équipe. Sinon, chez Honda, Quartararo pourrait apprendre, à ses dépens, que les critiques ont des limites.
































