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L’affaire Leopard Racing est en train de prendre une tournure explosive. Alors que le paddock MotoGP est réuni au Balaton Park pour le Grand Prix de Hongrie, l’équipe suisse se retrouve plongée dans une tempête judiciaire sans précédent après la disqualification rétroactive d’Adrian Fernandez lors des Grands Prix de Thaïlande, du Brésil, d’Austin, de Jerez, du Mans et de Barcelone.

Une sanction lourde, extrêmement lourde même, qui a pratiquement anéanti la saison du pilote espagnol au championnat Moto3. Mais chez Leopard Racing, la riposte est totale. Car l’équipe refuse catégoriquement les accusations de manipulation moteur formulées par les autorités sportives et entend désormais porter l’affaire devant toutes les juridictions possibles.

Et lorsqu’on connaît l’histoire de Leopard Racing, difficile de parler d’une structure improvisée. L’équipe de Flavio Becca compte parmi les formations les plus prestigieuses du paddock, avec quatre titres mondiaux remportés avec Danny Kent, Joan Mir, Lorenzo Dalla Porta et Jaume Masia. À sa tête, on retrouve notamment Christian Lundberg, considéré comme l’un des ingénieurs les plus respectés du championnat.

Autant dire que les accusations actuelles sont vécues comme une attaque frontale contre la réputation de toute l’organisation.

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Leopard persiste et signe en mettant Honda dans la boucle : « Il n’existe aucune preuve que nous ayons ouvert un moteur »

Au cœur du dossier se trouvent les moteurs numéros 810 et 811, dont les scellés auraient présenté des irrégularités. Pour Christian Lundberg, l’interprétation des faits est tout simplement aberrante. « Cela crée un précédent inédit », explique-t-il sur GPone.

Le directeur technique rappelle que les problèmes de joints moteur ne sont pas nouveaux dans le paddock : « Ce qui s’est passé, c’est que, comme cela arrive souvent depuis des années, certains joints de moteur peuvent être altérés. Lorsque Honda nous livre des moteurs pour les courses intercontinentales, il arrive que, lors des opérations de nettoyage et de soufflage à l’air comprimé, certains joints se soulèvent légèrement. Nous n’y prêtons même plus attention, car nous avons signalé ce problème à de nombreuses reprises. »

Selon lui, ces situations ont déjà été observées à plusieurs reprises par le passé sans jamais donner lieu à une quelconque sanction. « Par le passé, les commissaires ont remplacé ou repositionné les joints sans que personne ne s’en offusque. C’est une situation que tout le monde connaît. »

Mais Lundberg va beaucoup plus loin. Selon lui, les accusations actuelles reposent uniquement sur des hypothèses. « Il voulait nous sanctionner, mais il n’existe aucun argument concret ni preuve que l’un de nos moteurs ait été ouvert. Ce n’est qu’une supposition de sa part. »

Et d’ajouter : « Honda semble également partager cet avis, affirmant que le moteur « aurait pu être ouvert ». Mais il n’y a aucune preuve. Nous porterons l’affaire devant toutes les instances judiciaires internationales compétentes. Nous sommes prêts à mobiliser tous nos moyens juridiques pour défendre notre position. »

Les autorités techniques affirment également avoir découvert des irrégularités internes sur le moteur 811. Là encore, Leopard contre-attaque. Pour Lundberg, les éléments avancés ne démontrent absolument rien.

« Les documents de disqualification indiquent que HRC a détecté des anomalies internes. Heureusement, nous pouvons démontrer, point par point, qu’aucune anomalie réelle n’existe. »

Plus encore, l’équipe affirme disposer de documents démontrant que ces mêmes observations avaient déjà été signalées auparavant sur d’autres moteurs sans jamais être considérées comme problématiques.

« Nous disposons de documents internes déjà transmis à HRC par le passé, dans lesquels nous avons mis en évidence les mêmes problèmes allégués sur d’autres moteurs. » Son constat est sans appel : « pour finir, ce ne sont que des manœuvres dilatoires : rien de concret, rien de vérifiable. »

Concernant certaines observations techniques avancées par Honda, Lundberg se montre particulièrement sévère : « Il est affirmé que du silicone était présent sur un joint. Or, il s’agit d’un joint métallique, sur lequel le silicone n’aurait aucune signification technique. Nous considérons ces accusations comme absurdes. »

Mais c’est peut-être sur le terrain juridique que Leopard estime posséder son argument le plus solide. L’un des moteurs incriminés avait déjà été restitué au constructeur lorsqu’il a été examiné. Pour Lundberg, cela remet profondément en cause toute la procédure. « Juridiquement, il existe un principe fondamental : la chaîne de possession. »

Et le technicien suédois poursuit : « Tout élément susceptible de servir de preuve doit être conservé selon des procédures précises et documentées. Dans ce cas précis, non seulement la chaîne de responsabilité n’a pas été respectée, mais elle est tout simplement inexistante. »

Une affirmation extrêmement lourde de conséquences. « Une fois ce moteur hors de notre contrôle, nous ne pouvons savoir qui y a eu accès ni ce qui s’est passé ensuite. De notre point de vue, cela représente un problème majeur en matière de preuves. »

Lundberg s’interroge également sur la manière dont l’enquête a été conduite. Selon lui, si les autorités étaient convaincues de l’existence d’une fraude, elles auraient dû intervenir immédiatement.

« S’ils pensaient vraiment nous avoir pris en flagrant délit, ils auraient dû nous convoquer immédiatement au parc fermé. » Il décrit ensuite la procédure qui, selon lui, aurait dû être appliquée : « Ouvrir les scellés avec nous. Vérifier et consigner leur état. Faire signer les deux parties. Ouvrir le moteur en notre présence. Démontrer les composants remplacés ou modifiés. »

Avant de conclure : « Rien de tout cela ne s’est produit. Nous n’avons été autorisés à assister à aucune de ces opérations. »

 Leopard Racing n’entend donc pas en rester là. Le recours devant la Cour d’appel internationale est déjà en préparation. « Nous avons déjà eu plusieurs réunions avec nos avocats et nous serons probablement en mesure de fournir plus de détails sur la stratégie que nous entendons suivre ainsi que sur le libellé officiel du recours entre mardi et mercredi. »

Une chose est certaine : cette affaire est loin d’être terminée. Car au-delà des six disqualifications d’Adrian Fernandez et des dizaines de points perdus au championnat, c’est désormais la crédibilité de toute la procédure disciplinaire qui est directement remise en question par l’une des équipes les plus puissantes et les plus expérimentées du paddock Moto3.

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