Marco Bezzecchi paie cash son coup de sang. Suspendu pour le Grand Prix de République tchèque après avoir frappé un commissaire de piste à la suite de sa chute en Sprint, le leader du championnat 2026 voit son avance fondre dangereusement. Et selon Carlo Pernat, ce n’était pas inévitable. L’ancien manager et figure historique du paddock n’a pas mâché ses mots. Pour lui, Bezzecchi a commis une double erreur : celle du geste impulsif, et surtout celle d’avoir attendu le dimanche pour présenter ses excuses. Sur ce second point, la gestion d’Aprilia en prend pour son grade.
La gifle. La suspension. Les images devenues virales. Les excuses. Le commissaire Ladislav. L’appel rejeté par Aprilia. Mais Carlo Pernat estime que l’histoire ne s’arrête pas là. Selon le vétéran du paddock italien, Marco Bezzecchi n’a pas seulement commis une erreur dans le bac à gravier de Brno. Il en aurait commis une deuxième dans les heures qui ont suivi.
Et cette deuxième erreur aurait peut-être entraîné des conséquences encore plus lourdes. « Marco est un pilote très fort, un bon gars, mais il n’aurait pas dû réagir comme ça. À mon avis, l’erreur a été de ne pas s’excuser le jour même. » Voilà le cœur de son raisonnement.
Car dans l’esprit de Pernat, l’incident sportif et la gestion de l’incident sont deux choses différentes. Le premier relève de l’émotion. Le second relève du jugement. Or c’est précisément sur ce second terrain qu’il estime qu’Aprilia et son pilote ont perdu du temps précieux.
« Donc, s’il l’avait fait le même jour, il n’aurait probablement pas été disqualifié ; on lui aurait donné un départ en dernière ligne, une amende, et c’est tout. »
Personne ne peut évidemment affirmer avec certitude que les commissaires auraient modifié leur décision. Mais la réflexion de Pernat mérite d’être entendue. Car dans tous les sports de haut niveau, la rapidité avec laquelle un athlète reconnaît sa faute influence souvent la perception de son comportement.

Carlo Pernat : « C’était aussi une erreur de la part d’Aprilia. Ils auraient dû réagir immédiatement »
Lorsque les images de Brno apparaissent, le paddock voit un pilote qui frappe un commissaire. Lorsque les excuses arrivent vingt-quatre heures plus tard, le paddock voit un pilote déjà suspendu qui tente de réparer les dégâts. La nuance est immense. Et c’est précisément cette différence temporelle que Pernat considère comme déterminante. « Le lendemain, il est trop tard. »
L’Italien va même plus loin sur GPOne. Pour lui, la responsabilité ne repose pas uniquement sur les épaules du pilote. « C’était aussi une erreur de la part d’Aprilia. Ils auraient dû réagir immédiatement. » Cette phrase est probablement la plus sévère de toute son analyse. Car elle déplace le débat.
Jusqu’ici, l’affaire Bezzecchi concernait essentiellement le comportement d’un pilote sous l’effet de l’adrénaline. Pernat y voit aussi un échec collectif de gestion. Un moment où l’équipe aurait dû prendre le contrôle du récit avant que celui-ci ne lui échappe.
Avec le recul, la critique n’est pas totalement dénuée de fondement. Pendant plusieurs heures, l’affaire a vécu seule. Les vidéos ont circulé. Les réseaux sociaux se sont emballés. Les images ont fait le tour du monde. Et pendant ce temps, aucune parole forte n’est venue immédiatement refermer la plaie.
Lorsque Bezzecchi s’est finalement présenté devant Ladislav le dimanche matin pour lui présenter ses excuses, la sanction était déjà tombée et l’opinion publique avait déjà rendu son verdict.
Pernat reconnaît d’ailleurs que cette séquence a créé un effet pervers. « Le lendemain, cela semblait prémédité, même si c’était spontané, car il est comme ça. » C’est probablement ce qui est le plus cruel dans cette affaire. Plus les excuses arrivent tard, plus elles risquent d’apparaître calculées. Même lorsqu’elles sont sincères.
Or tout indique aujourd’hui que les excuses de Bezzecchi étaient authentiques. Le commissaire lui-même les a acceptées. Ladislav a expliqué comprendre la tension du moment et a même souhaité bonne chance à l’Italien pour la suite de sa saison. Mais entre-temps, le championnat avait déjà changé de visage.
L’absence de Bezzecchi à Brno a permis à Jorge Martin de revenir à huit points seulement. Surtout, Marc Marquez a transformé une situation qui semblait presque compromise il y a quelques semaines en une menace très concrète. Quarante points seulement séparent désormais les deux hommes. Autrement dit, l’incident de Brno n’a pas seulement créé une crise d’image. Il a relancé la lutte pour le titre mondial.
Le numéro 72 arrive aux Pays-Bas avec une pression énorme. Après un début de saison dominateur, les erreurs et les incidents s’enchaînent, et ses rivaux en profitent. Aprilia, déjà fragilisée par les tensions internes, doit maintenant gérer une nouvelle crise. Pernat l’a bien compris : la réactivité de l’équipe est aussi en cause. Assen sera le premier vrai test de sa capacité à rebondir… et à canaliser ses émotions.
































