Le dossier Maverick Viñales continue d’empoisonner la saison de KTM. Absent du Grand Prix de Grande-Bretagne après la découverte d’une nouvelle déchirure musculaire à l’épaule, l’Espagnol se retrouve au cœur d’une situation inédite, aussi bien sur le plan médical que contractuel. Un constat partagé par Guenther Steiner, le nouveau patron de Tech3, qui reconnaît n’avoir jamais été confronté à un tel scénario au cours de sa carrière.
Depuis sa lourde chute au Sachsenring en 2025, Viñales n’a jamais retrouvé l’intégralité de ses moyens physiques. Malgré une opération et plusieurs tentatives de retour en piste, ses performances sont restées très éloignées de son niveau habituel. La découverte, pendant la trêve estivale, d’une déchirure de l’infra-épineux passée inaperçue jusque-là a finalement conduit à son forfait pour Silverstone.
Cette nouvelle intervient alors que les relations entre le pilote espagnol et KTM se sont fortement dégradées. Plusieurs médias ont récemment évoqué la volonté du constructeur autrichien de mettre fin prématurément à sa saison, une information que Viñales a publiquement démentie sur les réseaux sociaux.
Interrogé à Silverstone, Guenther Steiner a tenu à replacer le débat sur le terrain médical. « Personne n’avait prévu cette situation, pas même Maverick. Le problème est avant tout un problème de santé à l’épaule. » Le directeur de Tech3 insiste sur une priorité absolue. « Le plus important est qu’il retrouve la santé. Qu’il pilote ou non, il faut d’abord résoudre ce problème. »

Guenther Steiner : « Même les médecins ne savent pas encore vraiment comment procéder »
Steiner reconnaît que même les médecins peinent encore à établir une feuille de route claire. « Normalement, on sait exactement quelle est la blessure et ce qu’il faut faire. Là, même les médecins ne savent pas encore vraiment comment procéder. Je n’ai jamais eu à gérer une situation pareille. »
Une déclaration qui illustre bien le caractère inhabituel de ce dossier. Depuis plus d’un an, Viñales alterne périodes de récupération, retours précipités et rechutes, sans parvenir à retrouver une condition physique stable.
Malgré les tensions apparues ces dernières semaines, Steiner assure qu’aucune décision définitive n’a été prise concernant la fin de saison du pilote espagnol. « S’il retrouve la santé, oui, l’idée est qu’il puisse terminer la saison. Mais aujourd’hui, rien n’a encore été décidé. » Le dirigeant refuse toutefois d’aller plus loin. « Je ne suis pas médecin. Ce dossier doit être réglé entre Maverick, les spécialistes et KTM. »
Steiner confirme également que les échanges de Viñales passent désormais principalement par KTM plutôt que par Tech3, conséquence directe des discussions autour de son avenir. Interrogé sur les responsabilités respectives du pilote et du constructeur dans cette crise, il préfère rester neutre. « Pour danser le tango, il faut toujours être deux. »
Avant de poursuivre : « Il semble y avoir des frictions, c’est évident. Mais ce n’est pas à moi de juger qui a raison ou tort. Mon rôle est d’être honnête avec tout le monde et de ne pas alimenter cette situation. »
Cette crise rappelle inévitablement la rupture spectaculaire entre Viñales et Yamaha en 2021. Mais KTM n’est pas non plus étrangère aux conflits avec ses pilotes. Johann Zarco, Raul Fernandez, entre autres, et maintenant Viñales, ont tous connu des relations compliquées avec le constructeur autrichien.
La différence, cette fois, réside dans la dimension médicale. Pour la première fois, les performances d’un pilote semblent directement conditionnées par une blessure dont les conséquences exactes restent difficiles à évaluer.
Le discours de Guenther Steiner sur crash.net tranche avec celui, souvent plus offensif, tenu par KTM ces dernières semaines. Il recentre totalement le dossier sur l’aspect médical, évitant soigneusement d’alimenter la polémique autour des responsabilités.
Cette prudence est probablement révélatrice. Si même le directeur de Tech3 affirme que les médecins ne savent pas encore précisément comment traiter la blessure, il devient difficile d’imputer les contre-performances de Viñales uniquement au pilote ou à l’équipe.
En revanche, le constat est clair sur le plan sportif : plus la convalescence s’allonge, plus les chances de revoir Viñales en MotoGP diminuent. À 31 ans, avec un marché des transferts déjà quasiment bouclé pour 2027 et un développement KTM désormais entièrement tourné vers la future 850 cc, le temps joue contre lui.
Cette affaire illustre surtout une réalité souvent oubliée en MotoGP : une blessure chronique peut détruire une carrière sans qu’il y ait véritablement de responsable. Entre impératifs médicaux, enjeux contractuels et pression permanente du marché des pilotes, il est parfois impossible de trouver une issue satisfaisante pour toutes les parties.










