Moto GP
Publié le 2 septembre 2026 • 06:30 par André Lecondé

MotoGP – Yamaha recadre Fabio Quartararo et lui donne Jack Miller en exemple : « Il manque un peu d’objectivité »

Fabio Quartararo a annoncé qu’il ne développerait plus la Yamaha « pour raisons personnelles ». La réponse d’Iwata n’a pas tardé et elle pique

Fabio Quartararo

Le divorce entre Fabio Quartararo et Yamaha n’est désormais plus seulement technique. Après les critiques du Français à Aragon et son refus annoncé de participer davantage au développement de la future M1, les dirigeants d’Iwata ont publiquement répliqué. Paolo Pavesio estime que le champion du monde 2021 « manque un peu d’objectivité », tandis que Massimo Meregalli lui conseille carrément de prendre exemple sur Jack Miller. À quelques mois de son départ chez Honda, la séparation devient de moins en moins diplomatique.

Fabio Quartararo avait quitté Aragon particulièrement agacé. Après avoir terminé dernier du Grand Prix, le Français avait surtout raconté un week-end pendant lequel il estimait avoir davantage travaillé comme pilote d’essai que comme pilote de course.

Yamaha lui avait demandé de comparer trois fois un nouveau châssis alors qu’il avait indiqué dès son premier essai ne pas le préférer. « Ce week-end était davantage une séance d’essais qu’une recherche de performance », expliquait-il.

Puis était tombée cette phrase beaucoup plus lourde : « Pour la suite, je ne suis pas en mesure d’apporter mon aide. Et pour des raisons personnelles, je ne souhaite pas le faire. » Yamaha vient de répondre.

Pavesio : « Fabio Quartararo manque un peu d’objectivité »

Auprès de L’Équipe, Paolo Pavesio pointe une contradiction dans le discours de son pilote. « Fabio se plaint régulièrement que nous ne développons pas la moto, et lorsque nous lui demandons de tester de nouvelles pièces, il nous critique pour cela, disant qu’il s’y perd. »

Le dirigeant Yamaha reconnaît les insuffisances de la M1, mais refuse l’idée que le constructeur ne travaille pas suffisamment. « Il manque un peu d’objectivité. Bien sûr, nous ne sommes pas au niveau que nous souhaiterions atteindre. Mais comme nos rivaux, nous essayons de progresser. »

Le désaccord est profond. Quartararo considère que les essais répétés de pièces qu’il juge inefficaces perturbent ses week-ends sans produire suffisamment de progrès. Yamaha répond que développer une moto nécessite précisément d’effectuer ces comparaisons.

Meregalli oppose Jack Miller à Fabio Quartararo

Massimo Meregalli va encore plus loin en déplaçant le débat sur l’attitude du pilote. « Fabio devrait suivre l’exemple de Jack : il donne toujours le meilleur de lui-même et veille à ce que, même dans les moments difficiles, tout le monde garde le moral. »

La comparaison est particulièrement piquante. Jack Miller sait lui aussi qu’il quittera Yamaha à la fin de la saison. Pourtant, selon Meregalli, l’Australien continue de participer au travail sans laisser sa situation contractuelle modifier son comportement dans le garage.

Le message adressé à Quartararo est donc difficile à interpréter autrement : Yamaha considère qu’un pilote sur le départ doit continuer à travailler pleinement jusqu’à la dernière course.

Fabio Quartararo Yamaha MotoGP Aragon

Le test Pirelli cristallise le conflit

Quartararo possède cependant un autre grief. Il souhaitait participer au prochain test des pneus Pirelli 2027 en Autriche. Yamaha a refusé. Le constructeur prévoit plutôt de faire rouler Toprak Razgatlioglu et Izan Guevara, qui feront partie de son dispositif l’année prochaine.

Meregalli justifie cette décision par la protection logique des informations concernant 2027. « Tous les constructeurs ont pris cette décision. » Il cite notamment Martin chez Aprilia, Bagnaia chez Ducati et Acosta chez KTM, tout en précisant que Miller ne pilotera pas davantage la future Yamaha 850 cc.

La réalité est toutefois plus nuancée. KTM a déjà permis à Acosta de participer à un programme Pirelli malgré son futur départ chez Ducati, Pit Beirer considérant que les données de son meilleur pilote étaient suffisamment importantes pour justifier le risque.

Honda a également fait rouler Joan Mir et Luca Marini. Il n’existe donc pas une politique totalement uniforme entre constructeurs.

Le divorce avait commencé avant Honda

Le malaise remonte d’ailleurs plus loin que l’annonce du départ de Quartararo. Le Français affirme que sa relation avec Yamaha s’était déjà détériorée lors du choix technique effectué pour 2026.

Il souhaitait conserver le quatre cylindres en ligne. Yamaha a choisi le V4. « C’était difficile à accepter », reconnaît-il aujourd’hui. Depuis, les performances n’ont pas donné au constructeur les arguments permettant d’éteindre le débat.

Aragon en a fourni une nouvelle illustration avec une casse moteur pendant le Sprint, puis une dernière place dimanche. Quartararo reproche donc à Yamaha de lui demander de développer une moto dont il ne croit plus vraiment au projet, tandis que Yamaha lui reproche de critiquer précisément le travail de développement nécessaire pour l’améliorer.

Cette fois, le désaccord ne se déroule même plus derrière les portes du box. À quelques mois de rejoindre Honda, Quartararo et Yamaha parlent désormais publiquement l’un de l’autre.

Et lorsque votre employeur commence à vous expliquer dans la presse que vous devriez prendre exemple sur un collègue, le divorce n’est généralement plus très loin de devenir définitif.

Fabio Quartararo, Yamaha Factory Racing, Aragon MotoGP 2026