Chez Ferrari, on aime décidément compliquer les choses simples. À Zandvoort, la Scuderia avait deux voitures rapides, Lewis Hamilton en pleine remontée sur des pneus plus frais et Charles Leclerc juste devant lui. Il suffisait de choisir, d’ordonner et d’exécuter. Trois verbes manifestement trop ambitieux pour un dimanche en rouge.

Pour Montoya, Leclerc a créé un précédent dangereux face à Hamilton.
Une semaine après le Grand Prix des Pays-Bas, Juan Pablo Montoya a remis une pièce dans la machine. Et l’ancien pilote Williams et McLaren ne reproche pas seulement à Ferrari d’avoir tergiversé : il estime que Leclerc a franchi une ligne beaucoup plus gênante en retardant l’ordre de rentrer aux stands.
Leclerc appelé aux stands… mais pas tout de suite
Au 42e tour, Hamilton revenait sur Leclerc avec des pneus ayant quatre tours de moins et un rythme nettement supérieur. Ferrari voulait exploiter leurs stratégies décalées et demanda alors au Monégasque de rentrer.
Leclerc choisit pourtant de poursuivre un tour supplémentaire avant de finalement obtempérer. Pendant ce temps, Hamilton patientait derrière. Et le Britannique, pas vraiment réputé ce jour-là pour son goût de la diplomatie, lâchait avec un sarcasme assez transparent :
« Une belle façon de perdre du temps, les gars. »
Ce n’était d’ailleurs que le début de son agacement. Hamilton se demanda ensuite à la radio s’il servait de « cobaye » à Ferrari, alors que l’équipe prolongeait son relais sans lui dévoiler clairement le plan stratégique. Voilà qui commence à faire beaucoup pour une équipe censée jouer devant.
Montoya : Leclerc a ouvert la boîte de Pandore
Pour Montoya, le problème dépasse largement le petit retard d’un arrêt au stand. Le Colombien estime qu’en ne répondant pas immédiatement à l’ordre de son ingénieur, Leclerc a envoyé un message particulièrement délicat au mur Ferrari.
Selon lui, le Monégasque a « ouvert une horrible boîte de Pandore », son attitude pouvant être interprétée comme : « Je suis au-dessus de vos ordres. »
Et c’est là que le dossier devient intéressant.
Un pilote peut discuter une stratégie. Il peut même considérer que son équipe se trompe — ce qui, chez Ferrari, n’est pas exactement une hypothèse sortie d’un roman de science-fiction. Mais lorsqu’un ordre est donné et qu’il devient facultatif selon l’humeur du cockpit, le patron du muret n’est plus vraiment patron de grand-chose.
Montoya estime ainsi que Ferrari risque de créer elle-même le terrain d’une future guerre Hamilton-Leclerc : aujourd’hui un tour supplémentaire, demain une consigne de position ignorée, après-demain chacun joue sa propre course.
Mais Ferrari a elle-même fourni les allumettes
Faire porter tout le dossier sur Leclerc serait toutefois particulièrement confortable pour Maranello.
Fred Vasseur a lui-même reconnu que l’exécution de Ferrari n’avait pas été parfaite et parlé d’une certaine confusion autour du tour supplémentaire de Leclerc. Il a également expliqué que Ferrari avait volontairement gardé Hamilton dans le flou sur sa stratégie afin de ne pas donner d’informations aux équipes rivales.
Autrement dit : Ferrari voulait être tellement maligne face à ses adversaires qu’elle a réussi à ne plus être parfaitement claire avec ses propres pilotes. Une spécialité maison qui traverse assez bien les générations.
La comparaison avec Mercedes n’a d’ailleurs pas échappé à Montoya. À Zandvoort, George Russell a accepté la consigne permettant à Kimi Antonelli, chaussé de pneus plus frais, de passer et d’attaquer. Russell a ensuite reconnu que la décision était logique malgré les risques que cela faisait peser sur sa propre troisième place.
Chez Mercedes : ordre, exécution, discussion après la course.
Chez Ferrari : ordre, interrogation, deuxième ordre, sarcasme radio et débat international une semaine plus tard.
Le folklore italien conserve ses traditions.
Hamilton rate le podium pour moins d’une seconde
Le plus irritant pour Hamilton est que tout cela ne s’est pas terminé au milieu du classement. Il a franchi l’arrivée quatrième, juste derrière George Russell, tandis que Leclerc terminait cinquième. Ferrari avait donc réellement le rythme nécessaire pour venir chatouiller le podium.
Montoya nuance néanmoins le procès : il ne pense pas que libérer Hamilton immédiatement lui aurait automatiquement offert la troisième place. En revanche, il considère que Ferrari ne lui a pas donné les meilleures conditions pour la tenter, notamment parce qu’il a consommé ses pneus en restant derrière Leclerc.
C’est probablement là le vrai reproche : pas que Ferrari ait forcément perdu un podium, mais qu’elle se soit privée elle-même de sa meilleure chance de le décrocher.
Hamilton a depuis reconnu que ses commentaires sarcastiques à la radio n’avaient pas montré sa meilleure facette et qu’ils étaient sortis sous le coup de la frustration. Le septuple champion n’a toutefois pas retiré le fond du problème : il voulait gagner et estimait que l’équipe avait perdu du temps au moment crucial.
Ferrari a deux patrons dans les voitures… et doit maintenant trouver celui du muret
Leclerc n’est évidemment pas devenu un mutin parce qu’il est resté dehors un tour. Mais Montoya touche un point sensible : une consigne qui peut être négociée en pleine course n’est plus vraiment une consigne.
Avec Hamilton et Leclerc, Ferrari possède deux pilotes capables de contester une décision, de défendre leur propre stratégie et de considérer — parfois à raison — qu’ils voient mieux la course depuis leur cockpit. C’est précisément pour cela que le muret doit être irréprochable. À Zandvoort, il ne l’a pas été.
Et à quelques jours de Monza, Ferrari ferait bien de refermer cette fameuse boîte de Pandore avant d’arriver devant les tifosi. Parce qu’une querelle stratégique à Zandvoort fait sourire. La même scène à domicile, avec deux Ferrari capables de jouer devant, pourrait faire beaucoup plus de bruit.










