Jack Miller n’a jamais été réputé pour chercher des excuses, et son Grand Prix d’Autriche ne lui en laissait de toute façon guère à trouver : ses chronos racontent à eux seuls le calvaire. Parti sur un rythme de 1’32, le pilote Pramac Yamaha a terminé en 1’40″225 après avoir détruit son pneu arrière. « C’est le rythme de la Bagger Cup », reconnaît-il. Derrière cette spectaculaire dégringolade se cache toutefois un diagnostic plus préoccupant pour Yamaha : selon l’Australien, la M1 ne parvient toujours pas à transmettre correctement sa puissance au sol.
Jack Miller a terminé 21e en Autriche. Mais le classement ne raconte qu’une partie de l’histoire. À cinq tours de l’arrivée, les chronos de l’Australien ont commencé à s’effondrer. Des 1’32 du début de course, il est passé dans les 1’38 avant de boucler son dernier tour en 1’40″225. À ce stade, il ne cherchait plus à courir. Il cherchait à terminer.
Jack Miller : « C’est embarrassant de tourner en 1’38 »
Miller ne tente d’ailleurs pas d’embellir la situation. « Ce n’est pas une journée dont je suis heureux. Je ne veux même pas y penser. J’ai assez honte. » Son pneu arrière avait commencé à se dégrader beaucoup plus tôt. « À partir du tour 13 ou 14, le pneu arrière était complètement mort. La moto glissait dans les lignes droites, je ne pouvais rien faire. »
Miller a progressivement réduit la puissance grâce aux différents modes moteur, jusqu’à utiliser un réglage de secours. Cela n’a pas suffi. À la fin, une partie du pneu était selon lui usée jusqu’à la carcasse. « Je tournais simplement pour terminer la course. »
Et le parallèle choisi par Miller est impitoyable : « Oui, c’est embarrassant de faire des tours en 1’38. C’est le rythme de la Bagger Cup. »
Même les Moto3 roulaient plus vite
La comparaison devient encore plus spectaculaire lorsqu’on regarde les chronos du week-end. Maximo Quiles, vainqueur en Moto3, avait lui-même roulé dans les 1’39. Miller a donc terminé un Grand Prix MotoGP à un rythme inférieur à celui atteint par une Moto3 sur le même circuit. Il a franchi l’arrivée environ vingt secondes derrière son coéquipier Toprak Razgatlioglu et presque une minute après Pedro Acosta.
Pourquoi ne pas simplement rentrer au box ? « Je ne suis pas du genre à abandonner. La course n’est pas terminée tant qu’elle n’est pas terminée. Il peut y avoir un drapeau rouge ou quelque chose. Mieux vaut être en course que ne pas l’être. »
Son travail ce dimanche ? Miller le résume avec une ironie brutale : « Aujourd’hui, mon travail était de terminer 21e. »

Mais Jack Miller pointe un problème plus profond chez Yamaha
La carcasse arrière spécifique apportée par Michelin à Spielberg constitue une partie de l’explication. Miller reconnaît avoir beaucoup de mal avec cette construction plus rigide, comme cela avait déjà été le cas en Thaïlande.
Mais son analyse ne s’arrête pas au pneu. Il pointe également l’électronique de la Yamaha. « Nous avons eu des problèmes électroniques tout le week-end. » Selon lui, la M1 ne parvient pas à transférer suffisamment progressivement la charge et la puissance vers le pneu arrière.
Le moindre mouvement brutal provoque du patinage. Et une fois le phénomène déclenché, le pneu surchauffe, se dégrade et entraîne une spirale dont Miller n’a pas réussi à sortir.
Pendant des années, Yamaha a cherché davantage de puissance pour combler son déficit moteur. Mais Miller explique qu’ajouter des chevaux ne résoudrait pas le problème actuel. « Nous pourrions avoir 40 chevaux de plus, mais nous ne les utiliserions pas parce que nous ferions simplement patiner l’arrière. » Il cite notamment Aprilia comme référence pour la manière plus progressive dont la puissance est transmise.
Voilà qui change sensiblement le diagnostic. Yamaha n’aurait donc pas seulement besoin d’un moteur plus performant. Il lui faut une moto capable d’exploiter cette performance sans sacrifier son pneu arrière. Le 1’40 de Miller raconte finalement beaucoup plus qu’une mauvaise course. Son analyse est beaucoup moins amusante pour Yamaha.
Lorsqu’un pilote explique que 40 chevaux supplémentaires ne lui serviraient à rien parce qu’il ne peut déjà pas transmettre correctement ceux dont il dispose, le problème n’est plus simplement la puissance.
Et dimanche, Jack Miller en a fourni une démonstration extrême. Son pneu a disparu, ses chronos avec lui, mais il a continué jusqu’au drapeau à damier. À 1’40″225. Le rythme d’une Moto3, presque celui d’une Bagger selon ses propres mots, mais toujours celui d’un pilote qui refusait de rentrer au box.








