Il y a des pole positions arrachées au forceps. Et puis il y a celles qui donnent l’impression que le vainqueur a trouvé une petite route privée pendant que les autres patientaient au péage. George Russell s’est offert la deuxième catégorie à Bakou, avec un tour en 1’42’’526. Pendant ce temps, Kimi Antonelli, son équipier et leader du championnat, avait déjà rangé ses ambitions de pole après une rencontre avec le mur.

Une pole éclatante pour Russell, un favori cabossé et un V8 qui promet de donner de la voix.
Un contraste assez savoureux pour Mercedes : d’un côté, une démonstration ; de l’autre, de la carrosserie à examiner et un samedi qui s’annonce nettement plus encombré. Et dans les coulisses, la Formule 1 discute déjà du retour des V8. Comme si le paddock manquait de sujets capables de faire monter le volume.
Avant les qualifications, Russell avait laissé sa carte de visite
Le Britannique n’était pas arrivé les mains dans les poches. Jeudi, il avait signé le meilleur temps des deux séances d’essais libres, bouclant les EL2 en 1’43’’347, avec plus d’une demi-seconde d’avance sur Antonelli. Le message était assez lisible, même sans lunettes : Russell se sentait bien entre les murs azerbaïdjanais.
Vendredi matin, Max Verstappen avait toutefois repris les commandes en EL3, devant Russell et Lewis Hamilton. De quoi entretenir l’espoir d’une bataille serrée. À Bakou, les écarts des essais peuvent être trompeurs : préparation des pneus, aspiration et confiance au freinage composent un cocktail dont le dosage change rapidement.
Russell avait surtout besoin d’une réponse sportive. Arrivé avec 81 points de retard sur Antonelli, il répétait mercredi, avant les qualifications :
« Je continuerai à me battre à chaque course jusqu’à ce que ce soit mathématiquement impossible. »
— George Russell, traduction de ses propos à Bakou.
Le discours était combatif. Restait à lui donner un chronomètre.
Q1 : Antonelli découvre que les murs ne lisent pas le classement
Le premier tournant de la séance porte le nom du leader du championnat. Antonelli touche le mur à la corde du premier virage et endommage suffisamment sa Mercedes pour ne plus pouvoir continuer. Son temps lui permet pourtant de franchir le cap de la Q1 ; c’est sa voiture qui ne peut pas suivre. Il ne participera donc pas à la Q2.f
La nuance compte : Antonelli n’est pas éliminé en Q1 au chronomètre, il est immobilisé par les dégâts. Une qualification obtenue sur le papier, devenue inutilisable dans le garage. À Bakou, même les bonnes nouvelles peuvent arriver avec une facture.
L’Italien avait déjà perdu du roulage jeudi à cause d’un problème hydraulique. Son week-end cumule donc les contrariétés, après une série de résultats qui avait considérablement renforcé son autorité sur le championnat. La marge comptable reste confortable ; elle ne rend pas les barrières plus tendres.
Q2 : Russell prend la main
Russell termine la Q2 devant Verstappen et Leclerc. Bearman, Lawson, Albon, Ocon, Lindblad et Antonelli restent aux portes de la finale.
Pour Mercedes, l’équation devient simple : toute l’ambition de pole repose désormais sur une seule voiture. C’est une responsabilité, mais aussi une occasion en or pour Russell de reprendre de l’espace dans un duel interne où Antonelli a souvent occupé le premier rôle cette saison.
La qualification d’Isack Hadjar pour la dernière phase mérite également l’attention. Le Français effectue son retour après trois Grands Prix manqués à cause d’une blessure au poignet. Reprendre la compétition sur un circuit urbain aussi exigeant n’a rien d’une remise en jambes au calme.
Q3 : McLaren s’invite, Russell referme la porte
Norris puis Piastri occupent provisoirement la tête. Russell reprend l’avantage avant d’abaisser définitivement la référence. Leclerc termine à 0’’837, Piastri à 0’’838. Hadjar se classe quatrième. Verstappen, huitième, doit ralentir dans son dernier effort à cause d’un drapeau jaune provoqué par Norris.
Huit dixièmes entre la pole et le premier poursuivant : on sort du registre du petit détail. Russell a livré une prestation qui lui rend de l’autorité au meilleur moment. Cela ne rembourse pas son retard au championnat, mais c’est exactement le genre de résultat qui permet de revenir dans le garage en regardant droit devant soi.
Derrière lui, un millième sépare Leclerc et Piastri. La lutte pour la deuxième place avait donc la précision d’un travail d’horloger, tandis que Russell semblait avoir changé de fuseau horaire.
Hadjar, lui, peut savourer la qualité de sa reprise. Il faut conserver la nuance liée au dernier tour perturbé de Verstappen, mais le Français a saisi sa chance. Pour un retour à la compétition, il y avait des façons moins convaincantes de se rappeler au bon souvenir du paddock.
En coulisses, le V8 revient faire du bruit
Pendant que Russell règle les affaires du présent, les discussions sur les futurs moteurs dessinent une autre Formule 1.
Selon les informations de Motorsport.com, les orientations étudiées comprennent un V8 turbo de 3,0 litres, associé à une partie électrique de 100 kW, avec un objectif d’allègement d’environ 50 kg pour l’ensemble propulsif. Une introduction dès 2030 est envisagée, ainsi qu’un dispositif de dépassement de type push-to-pass. Ces éléments décrivent un projet en discussion, dont les détails et le calendrier doivent encore être arrêtés.
Le programme a de quoi réveiller les nostalgiques : davantage de voix, moins de poids et l’espoir de retrouver une conduite moins dictée par les calculs énergétiques. Mais avant de ressortir les bouchons d’oreilles, il reste quelques réunions.
Jeudi à Bakou, Mattia Binotto confirmait que plusieurs paramètres techniques demeuraient ouverts et estimait qu’une introduction en 2030 imposerait de clarifier rapidement le règlement. Laurent Mekies, lui, résumait l’objectif :
« Nous voulons des courses à fond, des qualifications à fond. »
— Laurent Mekies, traduction de la conférence de presse FIA.
Une ambition presque délicieusement évidente pour la discipline reine du sport automobile. Après tant d’efforts pour rendre les groupes propulseurs extraordinairement sophistiqués, le paddock aimerait aussi que le pilote puisse accélérer sans avoir l’impression de négocier avec sa batterie.
Le défi sera de concilier spectacle, maîtrise des coûts et intérêt technologique. Un moteur plus sonore peut améliorer l’ambiance ; il ne résout pas à lui seul toutes les questions de compétition.
Samedi, il faudra transformer la démonstration
La course aura lieu samedi 26 septembre, le programme ayant été avancé d’une journée pour respecter la journée nationale du souvenir en Azerbaïdjan. Et Bakou possède une spécialité : rappeler qu’une excellente position de départ n’est jamais un certificat de tranquillité. Avant cette édition, seules trois courses disputées sur ce tracé avaient été remportées depuis la pole.
Russell a gagné le droit de partir devant. Antonelli devra réparer les conséquences de son erreur. Les poursuivants peuvent encore espérer que le scénario de course redistribue les cartes.
La F1 réfléchit à faire davantage de bruit en 2030. Russell, lui, a choisi de commencer tout de suite.
Kimi Antonelli crashing out in F1 Azerbaijan GP Q1…#Antonelli #AzerbaijanGP #F1 pic.twitter.com/tuCqWnEDLX
— Alex (@AlexF1BCL) September 25, 2026
QUALIFYING CLASSIFICATION
Russell quickest by an impressive eight tenths ⏱️#F1 #AzerbaijanGP pic.twitter.com/UXrbS9t0Qe
— Formula 1 (@F1) September 25, 2026









