Moto GP
Publié le 2 octobre 2026 • 18:00 par André Lecondé

MotoGP – Les pilotes vont passer un test inédit sur leur santé mentale : « Ils ne sont pas des super-héros »

La santé mentale des pilotes sera sondée dès Valence. Le Dr Charte envisage même des changements de règlement si l'étude révèle des problèmes.

Angel Charte Santé mentale

Après les casques, les dégagements, les airbags ou les protocoles médicaux, le MotoGP s’apprête à explorer une nouvelle frontière de la sécurité : la santé mentale de ses pilotes. À Valence, le Dr Angel Charte leur remettra un questionnaire élaboré avec des spécialistes qu’ils rempliront pendant l’hiver. L’objectif n’est ni de fouiller leur vie privée ni de décider qui serait psychologiquement apte à courir. Le médecin-chef du championnat veut comprendre comment mieux accompagner des hommes capables de chuter à 300 km/h avant de repartir quelques minutes plus tard. Et si l’étude révèle certaines contraintes problématiques, Charte n’exclut même pas de proposer des modifications du règlement.

Angel Charte veut d’abord faire tomber une vieille représentation du pilote de Grand Prix. Parce qu’ils acceptent des risques difficilement imaginables pour le grand public, les pilotes seraient différents des autres.

Le médecin-chef du MotoGP récuse cette idée. « On dit souvent que ces gars sont des super-héros, mais ce n’est pas vrai. Ce sont des gens normaux. » Leur extraordinaire professionnalisme ne les rend pas imperméables à la pression, au doute ou à la peur.

Et Charte utilise une image très concrète. Un pilote peut tomber à près de 300 km/h, se relever, revenir au garage, prendre sa deuxième moto puis repartir à plus de 300 km/h. « Pour faire ça de façon répétée, il ne suffit pas d’être un phénomène à moto ou un prodige physique, il faut aussi avoir la tête froide. » C’est précisément cette dimension que le MotoGP veut désormais mieux comprendre.

Un questionnaire sur la santé mentale remis à Valence

Le projet prendra une forme concrète lors de la finale de la saison. Les pilotes recevront à Valence un questionnaire préparé par des spécialistes espagnols de la santé mentale sélectionnés avec Charte. Ils pourront le compléter pendant l’hiver avant de le remettre lors des premiers essais 2027 en Thaïlande.

Charte insiste cependant sur ce que ce questionnaire ne sera pas. Pas d’interrogatoire sur l’enfance, la famille ou des épisodes intimes. Pas de questions destinées à rechercher des traumatismes cachés. Et surtout, pas d’obligation. Le médecin explique que l’ensemble du projet repose sur l’adhésion des pilotes : sans leur consentement, il n’est pas question de l’imposer.

Di Giannantonio : « Le psychologue n’est pas pour les fous »

Le terrain a probablement rarement été aussi favorable. Plusieurs pilotes parlent désormais ouvertement du recours à des professionnels. Fabio Di Giannantonio a récemment expliqué avoir travaillé aussi bien avec des psychologues qu’avec des spécialistes du mental coaching.

« Beaucoup pensent encore : “Tu es fou ? Tu as un problème ?” Non. En réalité, c’est comme aller voir le préparateur physique ou le nutritionniste. » L’Italien estime que ce travail l’a aidé à progresser dans sa manière « d’utiliser sa tête ».

Jorge Martin ou Pedro Acosta ont eux aussi évoqué publiquement le travail mental effectué avec des professionnels. Le changement culturel est considérable. La préparation d’un pilote ne s’arrête plus au cardio, à la musculation et aux réflexes.

Santé mentale

Quand la santé mentale devient une question de sécurité

Mais le projet de Charte va plus loin que la recherche de performance. Un épisode survenu plus tôt cette saison avait déjà soulevé la question : après de violents accidents en Catalogne, certains pilotes avaient reconnu être retournés en piste alors qu’ils ne se sentaient pas mentalement prêts à le faire.

Dans un sport pratiqué à plus de 300 km/h, la distinction entre bien-être et sécurité devient alors beaucoup moins nette. Un pilote physiquement apte peut-il toujours être considéré comme parfaitement prêt à repartir ? Comment accompagner celui qui revient après une blessure grave ?

Comment gérer la pression sportive, contractuelle ou personnelle lorsqu’elle commence à affecter la concentration ? Charte travaille justement depuis plus d’un an à un protocole permettant d’intégrer cette dimension au dispositif médical du championnat.

Et si le problème venait parfois du règlement ?

C’est la partie la plus inattendue du projet. Une fois les questionnaires analysés par les spécialistes et Charte, le MotoGP pourrait ne pas seulement proposer une aide individuelle. « Si nous constatons un problème préoccupant, nous devrons intervenir, avec tact, évidemment avec l’autorisation des pilotes, mais, si nécessaire, avec l’obligation de modifier certains détails du règlement. »

Charte ne précise pas sur El Païs quelles règles pourraient être concernées. Il serait donc prématuré d’imaginer une réduction du calendrier, des Sprints ou une modification particulière. Mais le principe est nouveau.

La question ne serait plus seulement : comment rendre le pilote suffisamment solide mentalement pour supporter le MotoGP ? Elle pourrait également devenir : le MotoGP doit-il modifier certaines de ses contraintes pour mieux protéger le pilote ?

Après avoir passé des décennies à protéger leurs corps lorsqu’ils chutent, le championnat commence ainsi à regarder ce qu’il se passe avant qu’ils remontent sur la moto. Et peut-être à admettre une évidence longtemps incompatible avec le mythe du pilote invulnérable : à 350 km/h aussi, la tête mérite autre chose qu’un excellent casque.

Marc Marquez