Moto GP
Publié le 5 octobre 2026 • 08:00 par André Lecondé

MotoGP Japon, Rivola révèle les coulisses de l’affaire des pneus : « Nous avons dû les forcer à prendre cette décision »

Rivola affirme qu'Aprilia a dû pousser pour faire reconnaître le problème des pneus à Motegi comme une question de sécurité.

Massimo Rivola

Le changement de pneus qui a bouleversé le Grand Prix du Japon n’aurait pas été aussi consensuel que ça. Massimo Rivola affirme qu’Aprilia a été la seule équipe à demander une inspection après le Sprint et que certains acteurs s’opposaient aux mesures finalement adoptées. Face aux cloques découvertes sur les pneus et aux morceaux de gomme arrachés de celui de Jorge Martin, le patron de Noale assure avoir dû insister pour que le problème soit traité comme une question de sécurité. Et il révèle que les dégâts avaient été suffisamment violents pour endommager l’Aprilia du leader du championnat.

« Nous seuls » … Samedi soir, les images avaient déjà suffisamment inquiété le paddock. Le tendre arrière de Francesco Bagnaia était profondément détérioré. Celui de Jorge Martin avait également énormément souffert. Jack Miller et Marco Bezzecchi, partis avec le médium, n’avaient pas totalement échappé au phénomène.

Mais Rivola révèle sur GPOne ce qui se passait loin des caméras. À la question de savoir pourquoi une seule équipe avait demandé une inspection des pneumatiques, sa réponse est sans détour :

« Nous seuls. Je le dis parce que je peux parler en mon nom et je sais que d’autres étaient contre. » Aprilia avait une raison particulièrement concrète de s’alarmer.

Le pneu de Martin avait endommagé son Aprilia

Selon Rivola, le problème dépassait largement une simple perte de performance. Michelin a ensuite ouvert et examiné les pneumatiques concernés. « Ils présentaient tous des bulles. Certains avaient déjà éclaté, enlevant du caoutchouc de manière dangereuse. »

Et sur l’Aprilia de Martin, les conséquences étaient déjà visibles. « Le pneu de Jorge a détruit l’aileron arrière, car lorsqu’un morceau de pneu se détache, il cause des dégâts. » La question devenait alors simple : que se serait-il produit sur les 24 tours du Grand Prix ? Personne ne pouvait le savoir.

Pour Rivola, le médium n’offrait d’ailleurs pas une garantie suffisante puisqu’il utilisait la même construction. Bezzecchi présentait lui aussi des cloques et des morceaux manquaient déjà sur celui de Miller.

Rivola : « Nous avons dû les forcer »

Certaines décisions nécessitent l’accord des différents acteurs. Mais une question de sécurité permet de sortir de cette logique. Et Aprilia a précisément insisté pour que le dossier soit considéré ainsi. « Nous avons dû les forcer à prendre cette décision, car certaines décisions exigent l’unanimité, sauf en cas de problème de sécurité. Et il y avait clairement un problème de sécurité. »

Le processus a finalement conduit à écarter le tendre puis à imposer la construction renforcée du dur pour le Grand Prix. Restait un problème considérable : personne n’avait effectué le moindre tour avec ce pneu pendant le week-end.

Le Warm-up a donc été porté à vingt minutes afin que pilotes et ingénieurs puissent découvrir son comportement et adapter leurs motos. Une mesure que Rivola considère aujourd’hui comme essentielle.

Rivola

Sans les vingt minutes, certains auraient pu choisir le médium

Le patron d’Aprilia imagine ce qui aurait pu se produire avec les dix minutes initialement prévues pour le Warm-Up. « Peut-être qu’un pilote, avec dix minutes de Warm-up, aurait opté pour le médium et qu’un autre n’aurait pas terminé la course. » Il ne présente pas seulement le scénario comme une menace pour le spectacle.

« Surtout, il y aurait eu un problème de sécurité, car personne ne savait ce que ces pneus pouvaient donner au vingtième tour. » Le résultat lui donne au moins raison sur un point : après avoir pu tester le dur dimanche matin, tout le plateau l’a finalement choisi pour le Grand Prix. Et le pneumatique a tenu la distance.

Rivola félicite pourtant Michelin

Reste une nuance essentielle : Rivola ne transforme pas l’incident en procès contre Michelin. Bien au contraire. Il rappelle que le nouvel asphalte de Motegi avait créé des conditions difficiles à anticiper et félicite le manufacturier français d’avoir apporté précisément un pneu renforcé capable de répondre à ce scénario.

« Personne n’est à blâmer. » Puis : « Bravo à Michelin pour avoir pris la précaution d’apporter un pneu plus sûr. »

Son interrogation concerne davantage la manière dont la décision a été obtenue. Car si Michelin disposait des pneumatiques, des données et de l’expertise permettant d’identifier la solution la plus sûre, Rivola souhaiterait qu’à l’avenir aucune équipe n’ait besoin de pousser pour qu’elle soit appliquée.

C’est probablement la véritable leçon laissée par Motegi. Le dur renforcé dont pratiquement personne ne voulait vendredi a permis à tout le monde de courir dimanche. Mais avant d’en arriver là, il aura fallu qu’une équipe pose une question beaucoup moins confortable que celle de la performance : si personne ne sait si le pneu peut parcourir 24 tours, faut-il vraiment attendre de le découvrir en course ?

Rivola