Publié le 24 septembre 2026 • 12:00 par André Lecondé

MotoGP, Jorge Martin éconduit par Aprilia : « Va te faire voir » pour tester la 850 cc !

Jorge Martin mène le championnat MotoGP avec Aprilia et pourrait encore offrir à Noale son premier titre dans la catégorie reine. Cela ne lui donne pourtant aucun accès au futur de la marque. Selon Motorsport.com, l’Espagnol aurait demandé à participer aux essais Pirelli du Red Bull Ring sur le projet 2027 et se serait heurté à un refus d’Aprilia. Une décision parfaitement compréhensible industriellement puisque Martin rejoindra Yamaha, mais qui résume l’étrange situation de cette fin de saison : le pilote qu’Aprilia aide à devenir champion est déjà tenu à l’écart de la moto suivante.

Jorge Martin vit décidément une saison impossible à ranger dans les catégories habituelles. Il est le pilote d’usine Aprilia. Il mène le championnat avec douze points d’avance sur Marc Marquez. Il peut devenir le premier champion MotoGP de l’histoire de la marque. Mais il est également un futur pilote Yamaha. Et lundi, au Red Bull Ring, c’est cette dernière qualité qui semble avoir prévalu.

Jorge Martin aurait demandé à essayer la 850 et la réponse d’Aprilia aurait été directe

Selon une information de Motorsport.com relayée par Valentin Khorounzhiy de The Race, Martin aurait demandé à Aprilia l’autorisation de participer aux essais consacrés aux Pirelli et aux machines préparant 2027.

La réponse aurait été négative. Khorounzhiy l’a raconté avec une formule volontairement plus brutale : « Jorge Martin avait apparemment lui aussi demandé à Aprilia de tester la 850 et on lui a répondu, je crois, d’aller se faire voir. » Il ne s’agit évidemment pas des termes attribués officiellement à Aprilia. Mais sur le fond, le refus n’aurait rien de surprenant.

Aprilia prépare déjà l’après-Jorge Martin

À Spielberg, la marque disposait de Marco Bezzecchi, Raul Fernandez et Lorenzo Savadori. Trois pilotes qui pourront directement contribuer à son projet futur. Pourquoi transmettre à Martin des informations et des sensations sur une moto qu’il ne pilotera jamais en course, alors qu’il rejoindra quelques mois plus tard un constructeur concurrent ?

C’est exactement le raisonnement utilisé par Yamaha pour justifier son refus opposé à Fabio Quartararo. Et Martin se retrouve donc dans la même situation que celui dont il prendra précisément la place en 2027.

Le marché des transferts a été décidé tellement tôt que les équipes disputent encore un championnat avec des pilotes qu’elles ne considèrent déjà plus comme appartenant à leur avenir technique.

Dans le cas de Martin, la situation prend néanmoins une dimension particulière. Car Aprilia ne protège pas son projet 2027 contre un simple pilote en instance de départ. Elle le protège contre son actuel leader du championnat. Dimanche encore, Martin terminait deuxième derrière Pedro Acosta et reprenait douze points d’avance sur Marc Marquez.

Aprilia peut donc passer les prochaines semaines à mobiliser toutes ses ressources pour aider Martin à devenir champion du monde 2026, tout en lui interdisant de découvrir la moto qui doit défendre ses couleurs quelques mois plus tard.

Les deux décisions ne sont pourtant pas contradictoires. L’une concerne 2026. L’autre 2027. C’est précisément cette frontière devenue presque hermétique qui rend la situation étonnante.

Jorge Martin

Acosta représente l’exception

Martin pourrait pourtant regarder du côté de Pedro Acosta. L’Espagnol quittera KTM pour Ducati mais a malgré tout participé aux deux essais collectifs Pirelli de cette année avec le constructeur autrichien. C’est une exception qui mérite que l’on s’y attarde.

KTM a accepté qu’un pilote destiné à rejoindre son principal rival accumule des kilomètres sur les futurs pneus et participe à son travail de développement. Mais Acosta apparaît justement comme l’exception plutôt que la règle.

Quartararo n’a pas bénéficié de la même liberté chez Yamaha. Bagnaia, futur pilote Aprilia, n’a pas roulé avec Ducati. Alex Marquez, Di Giannantonio, Bastianini ou encore Ogura se sont retrouvés dans des situations comparables.

Champion le dimanche, indésirable au développement le lundi

C’est finalement l’une des conséquences les plus étranges d’un marché MotoGP désormais décidé presque une saison à l’avance. Un pilote peut encore être indispensable sportivement tout en étant devenu indésirable techniquement.

Aprilia veut évidemment que Martin continue à gagner. Elle veut ses points, ses podiums et, si possible, le titre mondial. Mais elle ne souhaite manifestement pas qu’il sache trop précisément ce que Noale prépare pour l’année suivante.

Martin pourrait donc quitter Aprilia avec le plus beau cadeau imaginable : son premier titre MotoGP. Et pourtant, avant même de l’avoir éventuellement remporté, la porte du garage 2027 s’est déjà refermée devant lui. Voilà peut-être l’image la plus saisissante du marché actuel : chez Aprilia, Jorge Martin est encore totalement le présent. Mais il n’a déjà plus le droit de regarder le futur.

Jorge Martin