F1
Publié le 5 octobre 2026 • 18:00 par André Lecondé

F1 – Le fiasco de Sepang : des voitures à plusieurs millions d’euros incapables de prendre le départ à cause d’un bug de logiciel sous la pluie

À Sepang, des F1 ont refusé d'accélérer avant le départ. Il a fallu interrompre la procédure et installer un correctif du logiciel.

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S’il fallait une image pour résumer les risques de la révolution technique 2026, la Formule 1 aurait certainement préféré éviter celle-ci. À Sepang, plusieurs des monoplaces les plus sophistiquées jamais construites se sont retrouvées incapables d’accélérer correctement pendant la procédure de départ. Pas à cause d’un moteur cassé. Pas à cause d’une boîte de vitesses défaillante. Mais parce qu’une combinaison de pluie, de très basse vitesse et de gestion électrique a révélé un bug dans le logiciel commun. La FIA a dû interrompre la procédure et faire installer un correctif avant de pouvoir lancer le Grand Prix. Techniquement explicable, mais pour la vitrine mondiale de la F1 2026, beaucoup plus difficile à défendre.

Appuyer sur l’accélérateur… et attendre

La pluie avait déjà retardé le départ. Cela, Sepang connaît. Ce qui suit appartient en revanche à une catégorie beaucoup plus embarrassante.

Pendant la procédure derrière la voiture de sécurité, plusieurs pilotes se retrouvent avec une monoplace qui ne répond plus normalement à l’accélérateur. Lewis Hamilton s’immobilise. Max Verstappen rencontre également le problème. Esteban Ocon et Valtteri Bottas sont eux aussi concernés.

La FIA doit arrêter la procédure. Et commence alors une scène presque surréaliste pour la Formule 1 moderne : il faut comprendre pourquoi plusieurs voitures fonctionnelles sont devenues incapables de délivrer normalement leur puissance avant même que la course ait commencé.

Le problème n’était pas dans les voitures

C’est ce qui rend l’affaire autrement plus gênante qu’un abandon mécanique. Les premières explications de Nikolas Tombazis désignent une combinaison très particulière : faible régime moteur, adhérence extrêmement réduite, paramètres spécifiques de gestion de l’énergie sous la pluie et caractéristiques de Sepang.

Le logiciel commun de gestion s’est retrouvé dans une situation qu’il ne traitait pas correctement. Autrement dit, plusieurs constructeurs différents n’avaient pas simultanément mal construit leurs voitures. Le problème se trouvait dans une couche technologique commune à cette nouvelle F1. Et pour repartir, il a fallu la corriger.

La F1 a littéralement dû faire une mise à jour du logiciel avant la course

C’est l’image la plus cruelle de l’épisode. La procédure est suspendue, les voitures retournent aux stands et une mise à jour logicielle est distribuée aux équipes. Puis seulement la F1 peut réessayer de lancer son Grand Prix.

Il serait caricatural d’en conclure que la nouvelle génération est un échec. Les systèmes complexes rencontrent des bugs et la capacité à identifier puis corriger rapidement celui-ci démontre également le niveau technique des ingénieurs concernés.

Mais ce constat n’efface pas la scène. La F1 vient de vivre l’équivalent automobile du produit flambant neuf qui demande une mise à jour avant d’accepter de démarrer. Sauf qu’ici, le produit est un championnat du monde suivi par des millions de spectateurs.

Le plus embarrassant ? Personne n’avait vraiment testé le logiciel dans ce cas

Et c’est ici que l’incident cesse d’être simplement cocasse. La FIA reconnaît que les nouvelles F1 n’avaient pas accumulé suffisamment d’expérience dans des conditions réellement comparables.

Le logiciel n’avait donc pas été testé aussi complètement qu’espéré sous la pluie. Certes. Mais nous parlons de Formule 1. Et la situation qui a mis le système en défaut n’était pas l’arrivée imprévisible d’une météorite sur le circuit. C’était une voiture roulant très lentement sous une forte pluie. En Malaisie.

Que cette combinaison exacte soit techniquement très particulière est parfaitement recevable. Qu’elle n’ait été découverte qu’avec 22 voitures alignées pour prendre le départ d’un Grand Prix l’est beaucoup moins.

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Le paradoxe embarrassant de la révolution 2026

La réglementation 2026 a fait de la gestion énergétique l’une des composantes fondamentales de la nouvelle Formule 1. Le moteur électrique occupe une place beaucoup plus importante, le déploiement de l’énergie est devenu déterminant et une partie considérable de la sophistication des monoplaces réside désormais dans la manière dont thermique, électrique et électronique communiquent.

Sepang vient brutalement d’en montrer le revers. Plus une voiture dépend du logiciel pour déterminer comment sa puissance doit être délivrée, plus une erreur informatique peut produire un résultat autrefois difficile à imaginer : le moteur peut fonctionner, la voiture peut être intacte, le pilote peut appuyer sur l’accélérateur, et la monoplace ne part toujours pas normalement.

Pour une vitrine technologique, l’image est désastreuse

Il ne faut pas transformer un incident en verdict définitif sur les F1 2026. Mais il ne faut pas davantage minimiser ce qui vient de se produire sous prétexte que le problème a finalement été corrigé.

La Formule 1 vend précisément sa réglementation comme l’expression du sommet de l’ingénierie automobile. Elle demande aux constructeurs d’investir des sommes considérables dans une génération de groupes propulseurs dont la sophistication logicielle et énergétique constitue l’un des arguments majeurs.

Et à Sepang, cette même sophistication a empêché plusieurs voitures de prendre normalement le départ. C’est un échec de validation avant d’être un simple incident de course.

Et maintenant, Singapour…

La FIA a corrigé le bug identifié en Malaisie. Très bien. Mais Sepang laisse une question autrement moins confortable : combien d’autres situations réelles les simulations et les essais n’ont-ils pas encore reproduites ?

C’est cela qu’il faut désormais vérifier. Car la F1 peut parfaitement expliquer pourquoi son logiciel s’est trompé. Elle peut même avoir résolu le problème en quelques dizaines de minutes.

Pour autant, dimanche, la discipline qui aime se présenter comme le laboratoire technologique ultime du sport automobile a offert au monde une scène dont elle se serait volontiers passée : des Formule 1 à plusieurs millions, des moteurs qui fonctionnent, des pilotes prêts à courir… et une course qui ne peut pas commencer avant d’avoir installé la mise à jour. Un bug, certainement. Mais pour la F1 2026, surtout une sacrée honte.

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