F1
Publié le 20 septembre 2026 • 01:00 par Oléna Champlain

F1 : Ben Sulayem veut sauver le soldat Alonso, Steiner lui rappelle que la FIA n’est pas une dépanneuse

Günther Steiner attaque Ben Sulayem après ses déclarations sur Alonso et refuse que la FIA vole au secours d’Aston Martin.

Mohammed Ben Sulayem voulait retenir Fernando Alonso et lui offrir une sortie digne de son immense carrière. Günther Steiner, lui, a surtout entendu le président de la FIA proposer ses services à une équipe incapable de produire une monoplace suffisamment compétitive. Et l’ancien patron de Haas n’a pas sorti la boîte à diplomatie.

 Steiner refuse tout traitement de faveur pour Aston Martin.

Réagissant aux déclarations très engagées de Ben Sulayem en faveur d’Alonso et d’Aston Martin, Steiner a rappelé une règle élémentaire du sport automobile : les performances ne se distribuent pas dans les bureaux de la Fédération.

« Dans le sport, rien n’est acquis. Il faut travailler pour réussir. »

La suite est encore plus directe :

« Si Aston Martin doit trouver une solution, c’est leur problème. Ce n’est pas celui de la FIA. »

Un tacle appuyé, les deux pieds dans la gouvernance, qui vise moins Fernando Alonso que la posture adoptée par Mohammed Ben Sulayem. Car en voulant préserver la présence du double champion du monde, le président de la FIA a donné l’impression de quitter son costume d’arbitre pour enfiler celui de conseiller technique — voire de service après-vente — d’Aston Martin.

Ben Sulayem au chevet d’Alonso

Le président de la Fédération internationale de l’automobile s’est récemment inquiété de voir Alonso quitter la Formule 1 sur une saison frustrante, au volant d’une Aston Martin incapable de lui permettre de se battre régulièrement aux avant-postes.

Ben Sulayem a expliqué qu’un champion de cette stature ne devait pas partir en raison de circonstances défavorables. Son scénario idéal est simple : Alonso reste, retrouve le chemin de la victoire et décide ensuite lui-même du moment de tirer sa révérence.

« Nous ne pouvons pas nous permettre que Fernando parte uniquement à cause des circonstances. »

L’Émirati a même affirmé avoir rencontré Lawrence Stroll et vouloir discuter directement avec Alonso pour tenter de le convaincre de poursuivre sa carrière.

« Il doit rester, gagner, puis il pourra partir quand il le souhaitera. »

L’intention peut paraître louable. Fernando Alonso est une figure majeure de la Formule 1, double champion du monde et l’un des pilotes les plus populaires du plateau. Le voir terminer sa carrière englué dans le milieu ou le fond du classement n’aurait évidemment rien d’un final hollywoodien.

Mais la Formule 1 n’est précisément pas Hollywood. Et c’est là que Steiner sort le mégaphone.

La phrase de trop ?

Le passage le plus sensible des déclarations de Ben Sulayem concerne directement les performances d’Aston Martin. Le président de la FIA a raconté avoir trouvé Alonso très affecté par la situation et lui avoir demandé ce que la Fédération pouvait faire pour l’aider.

« Dis-moi ce dont tu as besoin pour que nous améliorions les performances. »

Ben Sulayem a également indiqué que des modifications avaient déjà été apportées au mois de mai, dans le respect du règlement, afin de permettre à l’équipe et à son motoriste Honda de progresser.

C’est précisément ce mélange des rôles qui hérisse Steiner. La FIA doit rédiger les règlements, contrôler leur application, garantir la sécurité et assurer une compétition aussi équitable que possible. Elle n’a pas vocation à trouver des chevaux supplémentaires à Honda, du rythme à l’Aston Martin ou une victoire d’adieu à Alonso.

Car si la Fédération commence à demander à une équipe ce dont elle a besoin pour redevenir compétitive, une question s’impose immédiatement : pourquoi cette sollicitude ne serait-elle pas accordée à toutes les autres ? Les formations en difficulté pourraient, elles aussi, dresser une liste de courses : davantage de puissance, quelques kilos en moins, une flexibilité réglementaire et, tant qu’à faire, un podium livré avant le dimanche soir.

Steiner pose la frontière

Günther Steiner ne reproche pas à Ben Sulayem d’apprécier Alonso. Il conteste l’idée que la FIA puisse adapter son action pour maintenir un pilote ou une équipe à flot.

Son raisonnement est brutal, mais cohérent : Aston Martin dispose de moyens considérables, d’infrastructures modernes, du soutien officiel de Honda et de l’expertise d’Adrian Newey. Si cette combinaison ne produit pas encore les résultats espérés, il appartient à l’écurie de comprendre ses erreurs et de les corriger.

La FIA peut clarifier un règlement ou corriger une faille affectant l’équité générale. Elle ne peut pas devenir l’assistance personnelle d’un constructeur sous prétexte que son pilote vedette mérite une sortie plus glorieuse.

Steiner connaît particulièrement bien la difficulté de faire progresser une équipe. Pendant ses années à la tête de Haas, il a dû composer avec des ressources plus limitées et des saisons compliquées, sans qu’une opération de sauvetage réglementaire soit organisée pour lui rendre le sourire. Son message tient donc en une ligne : si Aston Martin veut offrir une dernière victoire à Alonso, qu’elle construise la voiture capable de l’obtenir.

Alonso ne réclame pourtant aucun cadeau

L’ironie de la situation est que Fernando Alonso lui-même se montre plus mesuré que ceux qui souhaitent décider de son avenir à sa place. L’Espagnol n’a pas lié sa décision uniquement aux performances immédiates de son Aston Martin. Il veut également comprendre si le futur règlement rendra les voitures plus agréables à piloter et permettra de meilleures courses. Il doit ensuite définir avec l’équipe le programme qui lui conviendra, au volant ou éventuellement dans une autre fonction.

« Je dois réfléchir au meilleur programme pour l’année prochaine et en discuter avec l’équipe. »

Après le Grand Prix de Madrid, Alonso est d’ailleurs resté évasif sur une éventuelle prolongation en 2027. Malgré une 17e place et une voiture endommagée, il a insisté sur l’importance de continuer à apprendre durant les dernières courses de la saison. Le double champion du monde n’a jamais demandé qu’on lui fabrique artificiellement une victoire. Sa longévité repose précisément sur son exigence et sur sa capacité à extraire plus que ce que sa voiture semble pouvoir offrir.

À Zandvoort, Steiner lui-même avait salué une performance typiquement « à la Fernando » après une neuvième place obtenue grâce à son rythme et à une stratégie à un seul arrêt, davantage qu’aux qualités intrinsèques de l’Aston Martin.

Une déclaration dangereuse pour l’image de la FIA

Même si aucune aide irrégulière n’est accordée, les mots de Ben Sulayem suffisent à alimenter les soupçons. Dans une Formule 1 où chaque clarification technique est disséquée, la simple impression d’un traitement privilégié peut rapidement devenir explosive.

Mercedes, Ferrari, Red Bull, McLaren ou les écuries de fond de grille accepteraient difficilement que la FIA se mobilise spécialement pour Aston Martin au nom de la carrière d’Alonso. Le prestige d’un pilote ne peut pas devenir un critère réglementaire.

Ben Sulayem avait déjà adopté une position très ferme lorsqu’il avait demandé aux pilotes de ne pas se mêler de la gestion interne de la FIA. Face aux critiques sur la transparence et les départs de plusieurs responsables, il avait estimé que la manière dont la Fédération était administrée ne les concernait pas. Steiner lui renvoie aujourd’hui, en substance, la même logique : si la gestion de la FIA ne regarde pas les pilotes, les difficultés techniques d’Aston Martin ne devraient pas davantage regarder son président.

Aston Martin doit gagner en piste, pas dans les bureaux

Personne ne conteste que Fernando Alonso mérite une conclusion à la hauteur de son talent. Mais le sport ne récompense pas les carrières sur présentation du palmarès. Il récompense une voiture rapide, une équipe efficace et un pilote capable d’exploiter l’ensemble.

La FIA doit garantir qu’Aston Martin bénéficie des mêmes possibilités que ses adversaires, pas lui dérouler un tapis vert jusqu’au podium. Si Lawrence Stroll veut offrir une nouvelle victoire à Alonso, il lui appartient de faire fonctionner son imposante machine technique. Steiner a donc répondu avec sa délicatesse habituelle : la compassion peut rester dans le paddock, mais les coups de pouce doivent rester hors du règlement.

Ben Sulayem voulait sauver le soldat Alonso. Steiner lui rappelle sèchement que la FIA n’est ni une écurie, ni un motoriste, ni une dépanneuse. Et encore moins le département performance d’Aston Martin.