Le Suzuki Endurance Racing Team a réalisé un excellent début de saison au dernier Bol d’Or avec comme pilotes Vincent Philippe, Etienne Masson et Gregg Black. Il était en tête après 8 heures de course, puis deuxième à la fin de la 19e heure, et le SERT a finalement terminé 5e du Bol. Dans la première partie de son interview, Vincent nous a expliqué les progrès de la Suzuki, les qualités des Dunlop et l’adaptation plus ou moins facile d’une GSX-R développée par Yoshimura pour la Superbike à l’endurance. Passons aujourd’hui à l’évolution du team et de la structure.

Qui remplace Dominique Méliand, parti à la retraite ?

« Très bonne question. Joker ! Nous, en tant que pilotes, on ne peut que donner notre humble avis, on ne pèse pas dans la balance. Il est clair que Dominique Méliand a intérêt à mener discrètement ses affaires et à essayer de placer celui qu’il aimerait. »

Que va devenir le SERT ?

« Mon avis personnel est qu’il faut profiter de ce changement au niveau de la Direction du SERT pour évoluer vers le modernisme, le dynamisme. Ne pas refaire le SERT comme il a été créé il y a quarante ans. Il faut mélanger l’expérience qui a été accumulée et la jeunesse. Mais on ne peut pas avoir que la jeunesse (je pense au Junior Team). On ne peut pas continuer avec cette équipe « vieillissante ». Il est donc difficile de trouver le juste milieu. Suzuki et Méliand doivent s’entendre pour décider de l’avenir. Ce qui s’est passé ces derniers temps avec l’apprenti-chef Dominique Hébrard était sur la bonne voie, allait dans le bon sens. »

Suzuki pourrait-il abandonner l’endurance, étant donné que le MotoGP leur coûte très cher ?

« Ce n’est pas du tout la volonté de Suzuki France. Justement, le souci actuel du repreneur du SERT est que Suzuki veut que ça coûte moins cher, tout en restant dans le giron français. Il y a une très grande volonté pour que le SERT continue l’endurance, au sein de Suzuki France.

« Je ne pense pas que ça va s’arrêter tout de suite. Il faudrait pour cela qu’on n’ait plus aucun résultat, ce qui est peu probable. Pour le moment, on est plutôt en train de remonter la pente que d’arrêter. »

L’usine Suzuki peut-elle s’impliquer directement en endurance ? (Sans passer par le SERT).

« Non, je ne le crois pas. On a bien vu le modèle Champion du Monde avec FCC TSR. Ils sont impliqués à 50% pour le Japon et 50% pour la France. Il fallait à l’usine une équipe d’expérience car en endurance c’est hyper important, une équipe aussi basée en Europe car presque toutes les courses y ont lieu, notamment les deux grandes courses de 24 heures que sont Le Mans et le Bol.

« Suzuki essaie de s’inspirer de cet exemple en unissant le Japon avec Yoshimura et un team français d’expérience, comme le SERT et tout ce qui gravite autour. Pour moi, ça serait le must pour obtenir le meilleur résultat, mais après il faut s’entendre, ce qui n’est pas si simple.

« Il faut des passerelles entre le Japon, la France et les différents partenaires qui travaillent pour Suzuki. Ces sociétés et entités sont toutes différentes et leur entente n’est pas facile. J’ai bien vu la volonté de Suzuki de garder la mainmise sur l’équipe. Depuis un an et demi, on a vraiment le soutien du Japon quant au matériel. Il faut que notre équipe continue de développer une très bonne moto d’endurance. »

Une deuxième moto officielle est-elle envisageable ?

« Je n’y crois absolument pas. Les budgets vont plutôt à la baisse tous les ans, le personnel manque… C’est un tout, et je ne vois pas comment ça serait possible d’engager une deuxième machine.

« C’est un problème pour nous les pilotes, car il n’y a plus beaucoup de motos officielles. Les places manquent. Et elles sont chères. »

La présence accrue de Honda peut-elle entraîner l’engagement d’une deuxième Yamaha (comme c’était le cas avec le GTM94) ou un effort augmenté de Kawasaki ou BMW ?

« Bien sûr. On se pousse les uns les autres. On a de bons exemples, comme cette équipe Honda qui est arrivée. Le constructeur qui pousse derrière, forcément ça donne des idées et des envies, ça amène de la concurrence et donc ça stimule.

« On a vu grâce à Eurosport Events l’image que les courses peuvent donner à la télévision, avec des pilotes qui sont venus des épreuves de vitesse, des Grands Prix et autres. C’est la dynamique qui est nécessaire pour que l’endurance perdure et monte encore un peu en popularité auprès du public. Ça n’est que bon pour le Championnat. »

Beaucoup de gens ignorent que la compétition sert à améliorer les produits de tous les jours, pourtant tu as eu le 4 décembre une réunion au Ministère de l’Intérieur pour parler du soutien de l’Etat au port de l’airbag. Penses-tu que sans la compétition, l’airbag se serait aussi vite perfectionné ?

« Il est clair que nous on ne peut pas toujours se rendre compte du développement qu’on amène. L’enjeu qu’il peut y avoir est très important. On teste les pneumatiques en compétition et on fait avancer le développement pour que demain monsieur tout le monde puisse l’utiliser. Ça va très vite : en deux ou trois ans, tout arrive sur le marché. Après, ce n’est qu’une question de coût car il faut que ce soit bon marché et populaire pour que tout le monde l’utilise, que ça devienne automatique et qu’il y en ait partout sur le marché.

« Pour l’airbag en l’occurrence, moi je roule avec Dainese et ça fait une dizaine d’années que cet airbag existe. On l’a développé, amélioré, et la course a servi de test grandeur nature parce que tu ne peux pas faire semblant de tomber (rire). On l’a testé sur la piste en compétition. Aujourd’hui, c’est bon, on y est. Le Ministère de l’Intérieur fait la promotion pour ce produit qui n’a pas d’équivalent en termes de sécurité. Ça empêcherait de nombreux bobos et grosses blessures. Moi je suis un simple messager. Je l’utilise sur la route et en compétition, donc je suis là pour témoigner et pour encourager tout le monde demain à avoir un maximum de protection. »

Vidéo : « Je veux être champion » (novembre 2017)

Photos © Suzuki, David Reygondeau (Good shoot), Automobile-Club de l’Ouest et France Télévisions

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