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Ducati

Le Championnat du Monde Superbike (WorldSBK) traverse une phase de lassitude profonde. Alors que la Ducati Panigale V4 R enchaîne les succès avec une régularité mathématique — 15 doublés consécutifs pour Nicolò Bulega et Iker Lecuona — le paddock s’interroge sur l’avenir de la compétition. Au cœur de cette tempête, Ducati … Par la voix de son directeur technique Marco Zambenedetti, la marque a brisé le silence pour dénoncer ce qu’il perçoit comme une démission collective de ses adversaires.

La domination de Ducati en Superbike est devenue si écrasante qu’elle commence désormais à embarrasser… Ducati elle-même. À MotorLand Aragon, Nicolò Bulega a encore une fois écrasé la concurrence en remportant les trois courses du week-end avec une facilité presque déconcertante. Derrière lui, Iker Lecuona a systématiquement terminé deuxième, tandis que les Ducati satellites se sont une nouvelle fois disputé les places restantes sur le podium.

Le constat est brutal : le championnat semble aujourd’hui prisonnier d’un scénario qui se répète semaine après semaine. Et chez Ducati, la frustration monte. Non pas à cause de leurs propres performances, mais parce que leurs rivaux semblent avoir renoncé à mener le combat.

Marco Zambenedetti, responsable du programme Superbike de Ducati, n’a pas mâché ses mots pour décrire une situation qu’il juge préoccupante pour l’avenir même du championnat.

« À part BMW, personne ne s’investit », a-t-il lancé. Une déclaration lourde de sens quand on sait que BMW elle-même traverse une période compliquée, privée de plusieurs de ses pilotes de référence.

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« Nous sommes très déçus de cette situation chez Ducati. Les autres constructeurs ont décidé d’arrêter le développement de leurs motos »

Pour Zambenedetti, le problème n’est pas la supériorité de Ducati. Le problème est l’absence de réaction de la concurrence. « Il est très facile de battre des adversaires qui ne font rien pour gagner. »

Une phrase qui résonne comme une accusation directe notamment envers Honda et Yamaha. L’Italien ne cache d’ailleurs pas son exaspération face aux critiques visant régulièrement la Panigale V4 R et son niveau de performance.

« Nous sommes très déçus de cette situation. Les autres constructeurs ont décidé d’arrêter le développement de leurs motos. C’est plus facile de critiquer ceux qui font bien leur travail. »

Derrière cette sortie se cache une réalité que beaucoup refusent d’admettre. Depuis son apparition en 2019, la Ducati Panigale V4 R a été développée avec un objectif unique : gagner. Quitte à construire une machine extrêmement coûteuse et difficilement rentable sur le plan commercial.

Dans le paddock, certains n’hésitent d’ailleurs plus à qualifier la V4 R de « MotoGP déguisée en Superbike ». Une formule provocatrice, mais qui illustre l’écart technologique qui s’est progressivement creusé.

Là où Ducati continue d’investir massivement dans le développement, Honda et Yamaha semblent avoir fait d’autres choix stratégiques. Les deux géants japonais concentrent désormais une grande partie de leurs ressources sur le MotoGP et sur leur transition technologique, laissant le Superbike au second plan.

Pour Zambenedetti, cette situation crée un cercle vicieux. Moins de concurrence signifie moins de spectacle. Moins de spectacle signifie moins de public. Et moins de public signifie inévitablement moins d’investissements. D’ailleurs, le responsable italien ne l’ignore pas. « Si la fréquentation du public diminue, les investissements diminueront également. »

Une inquiétude qui dépasse largement les intérêts de Ducati. Car malgré les différentes mesures correctives introduites par les organisateurs — limitations moteur, ajustements techniques ou concessions accordées aux constructeurs en difficulté — rien ne semble réellement capable d’enrayer la domination rouge.

Résultat : après quinze victoires consécutives et une série de triplés qui n’en finit plus, une question commence sérieusement à circuler dans le paddock. Le problème du Superbike est-il Ducati… Ou l’absence de véritables adversaires capables de lui tenir tête ? À écouter Marco Zambenedetti, la réponse est déjà toute trouvée. Pour lui, Borgo Panigale ne tue pas le championnat. Elle est simplement la seule à continuer de se battre comme si le titre comptait encore.

Le WorldSBK se retrouve ainsi à la croisée des chemins. Ducati, victime de son propre succès, se retrouve dans une position inconfortable : être le moteur d’une compétition dont elle risque de devenir l’unique acteur crédible. Si la « routine fastidieuse » actuelle persiste, le championnat risque de perdre sa substance, transformant ce qui devrait être le sommet de la moto de série en une démonstration technologique à sens unique.

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