Le Grand Prix de Hongrie, qui se tient ce week-end sur le circuit de Balaton Park, marquera la fin d’une parenthèse controversée. Malgré son retour au calendrier l’an dernier après plus de trente ans d’absence, l’infrastructure hongroise n’a pas su convaincre, ni les pilotes par sa conception technique, ni le public par son manque total d’attractivité. Le verdict est tombé : 2026 sera la seconde et dernière année de ce Grand Prix sur ce tracé.
Il devait symboliser le grand retour du MotoGP en Hongrie. Deux ans plus tard, Balaton Park semble déjà promis au cimetière des circuits oubliés. Et le plus inquiétant n’est peut-être même pas la piste.
Depuis son arrivée au calendrier, le circuit hongrois peine à convaincre. Les pilotes eux-mêmes n’ont jamais caché leurs réserves, certains allant jusqu’à comparer son tracé à un immense parking entouré de virages artificiels. Mais au-delà des critiques sportives, c’est désormais un problème beaucoup plus grave qui menace l’avenir du Grand Prix : l’absence quasi totale d’engouement populaire.
Selon les informations recueillies par GPOne, les préventes pour le Grand Prix de ce week-end n’atteindraient que 7 000 billets. Un chiffre extrêmement faible pour une manche du championnat du monde.
Plus surprenant encore, la promotion de l’événement semble quasiment inexistante. Ni à l’aéroport de Budapest, pourtant principale porte d’entrée du pays, ni sur les grands axes routiers menant au circuit, les visiteurs ne trouvent de véritable campagne publicitaire annonçant l’épreuve.
Dans ces conditions, la sentence paraît déjà écrite. Balaton Park devrait disparaître du calendrier dès la fin de cette saison.

Bagnaia confirme à demi-mot la fin de Balaton Park
Même si aucune annonce officielle n’a encore été formulée, Francesco Bagnaia a pratiquement vendu la mèche avant le début du week-end.
Interrogé sur les modifications apportées au circuit après les polémiques de l’an dernier, le pilote Ducati a laissé entendre que personne n’avait réellement jugé utile d’investir davantage dans une infrastructure déjà condamnée.
« Ils n’ont rien changé, parce que c’est comme… c’est une piste provisoire. Nous changerons de circuit l’année prochaine. » Une phrase lourde de sens. Et lorsqu’il évoque la conception même du tracé, le double champion du monde ne prend guère de gants.
« Du coup, c’était difficile de modifier la façon dont ils avaient conçu le circuit. C’est étrange, car il y a beaucoup d’espace ici, et ils ont réalisé un tracé très, très inhabituel. »
Puis vient cette conclusion aussi ironique que révélatrice :« Mais c’est comme ça. On va survivre à une autre saison, et peut-être que l’année prochaine ce sera mieux ». Difficile d’imaginer déclaration plus explicite.
Les réserves ne concernent pas uniquement l’intérêt sportif du circuit. La sécurité reste au cœur des préoccupations. L’an dernier déjà, plusieurs incidents avaient attiré l’attention, notamment la spectaculaire chute de Pedro Acosta en qualifications ou encore les frayeurs vécues dans les chicanes rapides du premier secteur.
Enea Bastianini fait partie de ceux qui continuent de s’interroger. « Je sais que la chicane peut poser un problème pour nous, mais nous avons discuté à Mugello de la sécurité des pilotes. » Le pilote Tech3 espère que certaines améliorations ont été apportées.
« J’espère voir quelque chose de différent à l’avenir, dès maintenant, car on me dit qu’il y a un peu plus de gravier sur la piste. »
Mais même lui reconnaît que le problème dépasse largement une simple question de dégagements. « La sécurité est toujours notre priorité absolue, quelles que soient les conditions, et nous devons beaucoup en parler pour l’avenir, car le MotoGP est une moto différente des autres, et nous devons être — non pas en sécurité à 100 %, car c’est impossible — aussi sûrs que possible. »
Dans le paddock, personne ne semble vraiment douter du scénario qui se dessine. Le MotoGP souhaite rester en Hongrie. Mais plus à Balaton Park. La solution privilégiée serait désormais le Hungaroring, récemment modernisé pour accueillir la Formule 1 et dont la gestion est désormais liée à l’organisation du Grand Prix moto.
Le retour sur ce circuit aurait également un avantage stratégique important pour Liberty Media et MotoGP Sports Entertainment : proposer une épreuve située à proximité immédiate d’une grande capitale européenne, facilement accessible et déjà connue du grand public.
Une logique qui s’inscrit dans la politique actuelle du championnat, illustrée par l’arrivée prochaine de Goiânia au Brésil ou encore du futur rendez-vous urbain d’Adélaïde.
L’histoire est finalement assez révélatrice. Balaton Park devait devenir une vitrine moderne du MotoGP en Europe centrale. Deux ans plus tard, les pilotes critiquent son tracé, les questions de sécurité persistent, les tribunes peinent à se remplir et les organisateurs semblent déjà regarder ailleurs.
Le plus gênant pour les promoteurs n’est peut-être pas que le circuit disparaisse. C’est qu’il disparaisse dans une quasi-indifférence générale. Et lorsqu’un pilote du calibre de Bagnaia résume la situation par un simple « nous allons survivre une année de plus », cela ressemble moins à une critique qu’à un verdict définitif.
Les pilotes, à l’image d’Enea Bastianini, insistent : la sécurité doit rester la priorité absolue, au-delà des considérations logistiques. « On ne peut pas être en sécurité à 100 %, mais nous devons être aussi sûrs que possible », rappelle l’Italien. Ce week-end au Balaton Park sera donc une ultime épreuve à surmonter pour le paddock avant de clore ce chapitre et, espérons-le, de redonner au Grand Prix de Hongrie le prestige qu’il mérite sur un tracé digne du championnat du monde.































