Le vendredi d’essais à Sepang a réservé une mauvaise surprise aux équipes : le circuit s’est révélé bien plus lent que prévu. Les meilleurs chronos sont restés jusqu’à 4,5 secondes derrière les simulations de qualification de Pirelli. En cause, un asphalte très rugueux, poussiéreux et en train de se dégrader, qui offre peu d’adhérence et complique le travail des pneus. Le week-end du Grand Prix de Bahreïn en Malaisie commence donc avec une inconnue de taille : combien de performance les pilotes pourront-ils récupérer si la piste évolue.

Pirelli : des chronos jusqu’à 4,5 secondes plus lents que prévus
Le contexte rend le défi encore plus délicat. La Formule 1 retrouve Sepang pour la première fois depuis 2017, avec des voitures de génération 2026 et peu de références récentes pour les équipes. Le tracé malaisien accueille cette année la manche de Bahreïn, déplacée hors du royaume. Les simulations de Pirelli devaient aider à préparer ce retour ; le bitume leur a opposé une réalité plus sévère. Vendredi, le meilleur temps n’a pratiquement pas progressé entre les deux séances, malgré le roulage.
Simone Berra, ingénieur en chef de Pirelli, a décrit une surface difficile à maîtriser. « L’asphalte se dégrade rapidement, même pendant la séance », a-t-il expliqué, tout en précisant que les premiers constats ne faisaient pas apparaître de problème majeur de sécurité ou de crevaisons. Le danger immédiat n’est donc pas le scénario retenu par Pirelli. Le problème, c’est le faible niveau d’adhérence : des pierres se détachent du revêtement, la poussière gêne les voitures et les pilotes glissent davantage.
La piste a dû être balayée après les séances pour enlever les débris. Le nettoyage devrait se poursuivre après chaque session, y compris avant la course. Cela ne signifie pas que la situation est réglée : selon Berra, la dégradation se poursuit au fil du roulage. Si des cailloux restent sur la trajectoire, les pilotes risquent de devoir modifier leurs lignes pour les éviter. Mais le sujet central, pour l’instant, reste l’effet du revêtement sur les performances et l’usure des pneus, davantage que la crainte d’une défaillance brutale.
Les 4,5 secondes de retard demandent aussi une précision : elles comparent les meilleurs chronos du vendredi aux simulations de qualification, et ne représentent pas une perte de 4,5 secondes au tour en rythme de course. L’écart s’explique en grande partie par le manque de grip et l’état de la piste. Berra estime que les équipes auront du mal à combler tout ce retard dès le samedi. Autrement dit, les simulations n’ont pas seulement raté une petite nuance : elles ont sous-estimé l’ampleur du défi posé par Sepang.
Pour les pneus, l’équation est rude. Une adhérence faible fait glisser les voitures ; le glissement échauffe la gomme et accélère sa dégradation. Cette spirale réduit la régularité des relais et complique les comparaisons entre les composés. Les essais ont fourni des données sur les pneus tendres et mediums, dont les performances et la dégradation se sont révélées proches. Le pneu dur reste, lui, une inconnue : les équipes l’ont gardé pour la course au lieu de le tester vendredi.
La stratégie pourrait donc compter autant que le rythme pur. Pirelli évoque une course à deux arrêts ou davantage si la dégradation observée se confirme. Les relais longs ont déjà mis en évidence une chute de performance de l’ordre de deux à trois dixièmes par tour. Et le choix du pneu le plus dur n’est pas automatiquement le plus sûr : si son niveau de grip est trop faible, il peut faire glisser les voitures davantage que les gommes plus tendres. Les équipes devront choisir entre davantage d’adhérence et une usure plus prévisible.
George Russell a lui aussi relevé la combinaison entre la chaleur, le revêtement agressif et la dégradation élevée. Chez Mercedes, cette surchauffe a même limité le bénéfice attendu des évolutions apportées à la voiture. Mais les chronos de vendredi ne racontent pas toute l’histoire : les programmes différaient d’une équipe à l’autre, et plusieurs pilotes n’ont pas réalisé de simulation de qualification représentative. Pour les ingénieurs, l’urgence consiste donc à comprendre le comportement des pneus sans confondre les effets de la piste, du réglage et du niveau de carburant
La météo ajoute une variable à ce casse-tête. La pluie attendue pendant la deuxième séance n’est finalement pas arrivée, laissant aux équipes du temps pour leurs simulations de course. Mais à Sepang, une averse peut rebattre les cartes rapidement. La surface mouillée modifierait les trajectoires, le niveau d’adhérence et le choix des pneus ; les données récoltées vendredi auraient alors une valeur plus limitée. Le samedi et le dimanche pourraient ainsi raconter une autre histoire que cette première journée sèche.
Pirelli écarte donc, à ce stade, le scénario d’une alerte majeure de sécurité, mais le circuit impose déjà un sérieux casse-tête sportif. Entre le revêtement qui s’effrite, les pneus qui surchauffent et les simulations prises en défaut, chaque équipe doit refaire ses calculs avant les qualifications. La question est maintenant de savoir si la piste va gagner assez d’adhérence pour rapprocher les voitures des performances attendues — ou si Sepang obligera tout le monde à improviser jusqu’au drapeau à damier.
📰: Sepang’s abrasive tarmac broke up in Friday practice, leaving one-lap runs up to 4.5 seconds slower than Pirelli’s simulations. Pirelli’s Simone Berra: “It’s not a big issue in terms of safety.” The problem is low grip, and it could worsen in the race, adding strategy… pic.twitter.com/j1XqGd2GMK
— F1 Naija (@f1_naija) October 2, 2026








