F1 Moto GP
Publié le 15 septembre 2026 • 01:00 par Oléna Champlain

F1 – Honda change de chef : quand le moteur tousse, on finit par changer celui qui tient le stéthoscope

Honda confie son projet F1 à Yoichiro Fukao dès octobre. Après un début 2026 très difficile, le moteur Aston Martin regarde déjà vers 2027.

Honda assure qu’il s’agit d’une transition programmée. Le calendrier, lui, lui donne tout de même un petit parfum de rappel à l’ordre. À partir du 1er octobre, Yoichiro Fukao prendra la tête du projet moteur F1 de Honda Racing Corporation en remplacement de Tetsushi Kakuda, qui dirigeait jusqu’ici le développement du power unit destiné à Aston Martin. Honda présente officiellement ce changement comme une transmission anticipée des compétences et une manière de renforcer sa structure pour les évolutions réglementaires attendues à partir de 2027. Sur le papier, donc, rien ne brûle. Sur la piste, en revanche, ça fume un peu davantage.

Fukao prend les commandes chez Honda, 2027 devient l’urgence.

Honda parle de transition, le chrono parle de retard

La saison 2026 devait marquer le grand retour de Honda comme partenaire moteur officiel d’Aston Martin, avec le nouveau RA626H conçu pour la nouvelle génération de groupes propulseurs beaucoup plus électrifiés. L’objectif affiché en janvier était limpide : revenir au sommet avec Aston Martin.

Neuf mois plus tard, la réalité est beaucoup moins romantique.

La Formule 1 elle-même reconnaît que Honda souffre cette saison à la fois d’un déficit de puissance et de problèmes de fiabilité, tandis qu’Aston Martin végète au fond du classement. Après Madrid, l’écurie ne compte que trois points, tous inscrits par Fernando Alonso. Lance Stroll n’en a toujours aucun.

À Madrid, dernier rappel en date : Alonso termine 17e à deux tours, tandis que Stroll abandonne avec un problème de freins. Pas exactement la vitrine technologique rêvée pour célébrer le nouveau mariage Aston Martin-Honda.

Fukao, pas vraiment un inconnu sorti du chapeau

Honda ne confie toutefois pas les clés à un nouveau venu.

Fukao travaille chez Honda depuis 2002. Il a débuté sur les systèmes de contrôle moteur et boîte de vitesses, est passé par le MotoGP entre 2009 et 2011, puis s’est consacré aux systèmes hybrides avant de revenir vers la Formule 1. Il avait déjà occupé le rôle de responsable adjoint du projet F1 en 2017 puis à nouveau à partir de 2022, au moment où Honda préparait son retour.

Il était donc déjà dans la cuisine. Honda vient simplement de lui donner la toque du chef.

Et sa spécialité pourrait justement être précieuse : Fukao possède une forte expérience des systèmes de contrôle et de l’hybridation, deux domaines devenus fondamentaux avec la réglementation 2026, qui a considérablement accru la part électrique du power unit.

Le vrai problème Honda ? Pas seulement les chevaux

Le manque de puissance est spectaculaire, mais il n’est pas le seul souci.

Début septembre, Honda reconnaissait encore devoir progresser sur la maniabilité du moteur, malgré l’évolution introduite à Zandvoort. Cette mise à jour portait entièrement sur le moteur thermique et avait produit les gains attendus, sans toutefois résoudre tous les problèmes du groupe propulseur.

Plus tôt dans la saison, Koji Watanabe avait également expliqué que certaines vibrations acceptables au banc devenaient beaucoup plus importantes une fois le moteur installé dans l’Aston Martin. Honda avait en outre admis avoir commencé le développement plus tard que certains concurrents.

Autrement dit, il ne suffit pas de trouver quelques chevaux dans un tiroir. Il faut encore les faire arriver proprement aux roues, suffisamment longtemps pour terminer la course.

Et 2026 ? Honda regarde déjà très fort vers 2027

Voilà probablement le point le plus important derrière la nomination de Fukao.

Honda ne cache plus que son véritable objectif est désormais de réaliser un bond important en 2027. Le constructeur japonais a déjà expliqué disposer d’une feuille de route pour la saison prochaine, tandis que son ingénieur en chef Shintaro Orihara estime qu’un retour parmi les motoristes de tête pourrait prendre jusqu’à la fin 2027, voire au début 2028. Ce n’est donc pas vraiment une révolution de palais. C’est plutôt une accélération du plan de sauvetage.

Honda le dit d’ailleurs très clairement dans son communiqué :

« Cette évolution organisationnelle est une transition planifiée. »

Et précise vouloir mettre en place rapidement une structure capable de fournir « un groupe propulseur hautement compétitif » pour la suite de cette nouvelle ère réglementaire. Le choix des mots est poli. La nécessité, beaucoup moins.

Aston Martin avait recruté Newey pour viser les sommets, pas Cadillac

Car pendant que Honda prépare demain, Aston Martin vit un présent particulièrement brutal.

L’écurie de Lawrence Stroll avait réuni des arguments impressionnants : Adrian Newey, une nouvelle usine, un partenariat exclusif avec Honda et Fernando Alonso dans le cockpit.

Résultat après 13 Grands Prix : 10e du championnat constructeurs, trois points, aucun podium, aucune victoire. Seul Cadillac, débutant en F1 cette saison, reste derrière. Il serait évidemment simpliste de mettre l’intégralité de cette situation sur Honda. Le châssis AMR26 possède lui aussi ses faiblesses et Aston Martin a attendu son gros package de développement au lieu de multiplier les petites évolutions Mais lorsque le moteur manque à la fois de performance et de fiabilité, difficile de lui demander de passer discrètement par la porte de service.

Kakuda s’efface, Fukao hérite du chantier

Tetsushi Kakuda avait dirigé le projet depuis son lancement. Encore au Grand Prix du Japon, Honda le présentait comme le responsable direct du développement du power unit et l’interlocuteur travaillant étroitement avec Enrico Cardile côté Aston Martin.

Six mois plus tard, Fukao prend sa place.

Honda insiste sur le caractère prévu de cette succession et il n’existe aucun élément permettant de parler de limogeage. Il serait donc excessif de présenter Kakuda comme le fusible d’un début de saison raté. Mais il serait tout aussi naïf de faire comme si le contexte sportif n’existait pas.

On ne change pas le patron technique d’un programme moteur en pleine première saison simplement pour refaire l’organigramme en plus joli.

Fukao arrive avec une mission limpide : faire de 2027 ce que 2026 devait déjà être. Une saison où Aston Martin-Honda regarde enfin devant.

Et pas uniquement pour vérifier combien de voitures viennent de lui prendre un tour.