F1
Publié le 17 septembre 2026 • 01:00 par Oléna Champlain

Mercedes en sauveur de Honda : Toto Wolff sort l’extincteur… et garde la clé du camion !

Mercedes soutient un possible coup de pouce réglementaire à Honda. Wolff joue les sauveurs d’Aston Martin et d'Alonso. Générosité ou calcul ?

Il fallait oser. En pleine domination de Mercedes, voilà Toto Wolff qui se découvre une âme de bon Samaritain. Sa nouvelle mission ? Venir au secours de Honda, dont le retour officiel en Formule 1 avec Aston Martin ressemble davantage à un parcours du combattant qu’à une démonstration de puissance japonaise. Et puisque Fernando Alonso commence sérieusement à regarder la porte de sortie, le patron des Flèches d’argent estime qu’il serait parfaitement légitime d’assouplir les règles pour remettre Honda dans la course. Mercedes qui veut aider un concurrent à aller plus vite ? À ce rythme, Toto va bientôt proposer de régler lui-même les problèmes de moteur d’Aston Martin. Sauf qu’il ne s’agit pas de partager les secrets de l’usine de Brixworth. Wolff soutient une éventuelle évolution du règlement de la FIA, pas une assistance technique directe.

 

Aston Martin – Mercedes : quand le rival tend la main.

Alonso appelle à l’aide, la FIA décroche

Tout commence à Madrid, où Mohammed Ben Sulayem, président de la FIA, a révélé avoir personnellement échangé avec Fernando Alonso. Le double champion du monde traverse une saison 2026 particulièrement pénible. Une Aston Martin en difficulté, un moteur Honda encore loin des attentes et un contrat qui expire en fin d’année : l’Espagnol a de quoi s’interroger sur son avenir.

Ben Sulayem ne cache pas son souhait de le conserver en Formule 1. Il lui aurait même demandé directement ce que la Fédération pouvait faire pour améliorer la situation. L’intéressé a expliqué :

« Dis-moi ce que tu veux que nous fassions pour améliorer ces résultats. »

Une démarche qui soulève une question : jusqu’où le président de la FIA peut-il intervenir pour soutenir un constructeur particulier sans provoquer de débat sur l’équité sportive ?

Toto Wolff enfile sa cape de super-héros

Interrogé sur cette intervention, Wolff n’a pas sorti les griffes. Bien au contraire. Le patron de Mercedes estime que le dispositif ADUO, conçu pour permettre aux motoristes en retard de réduire leur déficit, pourrait être adapté davantage.  Son constat est simple : « Ils ont besoin de davantage. »

Avant d’ajouter : « Nous voulons qu’ils soient compétitifs et qu’ils rencontrent le succès. »

Et de défendre la possibilité d’ajuster les règles lorsque l’intérêt général de la discipline le justifie. Voilà donc Mercedes transformée en association caritative du paddock.

Après avoir construit une monoplace capable de gagner huit des quatorze premiers Grands Prix de la saison avec Kimi Antonelli, Wolff semble soudain soucieux du sort des retardataires. La concurrence, c’est formidable. Surtout lorsqu’elle regarde encore votre aileron arrière avec des jumelles.

Un règlement déjà généreux… mais pas assez ?

Derrière ce grand élan de solidarité se cache un mécanisme bien concret. L’ADUO, pour Additional Development and Upgrade Opportunities, permet aux motoristes dont le moteur thermique accuse un déficit d’au moins 2 % de bénéficier de possibilités supplémentaires de développement.

Lors du premier examen de 2026, Honda, Ferrari et Audi ont obtenu chacun deux homologations supplémentaires pour 2026 et deux pour 2027. Mercedes en a également reçu, mais une seule par saison. Ces concessions s’accompagnent d’assouplissements budgétaires et d’un accès accru aux essais sur banc moteur. La deuxième évaluation n’a accordé aucune homologation supplémentaire. Autrement dit, Honda bénéficie déjà d’un dispositif de rattrapage. Mais les progrès tardent à se traduire par des résultats convaincants. Le constructeur japonais a introduit une évolution de son moteur aux Pays-Bas, après la mise à jour majeure de la monoplace Aston Martin en Hongrie. Cela n’a pas suffi à transformer les performances de l’équipe.

La FIA a ouvert la boîte à outils. Honda cherche encore la clé de 12.

Même Red Bull se met à distribuer les bons points

Et Mercedes n’est pas seule dans cette étonnante démonstration de solidarité. Laurent Mekies, patron de Red Bull Racing, s’est lui aussi montré favorable à une discussion sur les mécanismes réglementaires. Il rappelle que les équipes avaient déjà approuvé une première adaptation de l’ADUO afin de soutenir les motoristes les plus en difficulté. Selon lui, certaines limites du système devront probablement être réexaminées. Mercedes et Red Bull d’accord pour aider Honda : le scénario aurait presque mérité une vérification du calendrier. Mais les deux responsables parlent d’une évolution collective du règlement. Ils n’ont pas annoncé de mesure exceptionnelle réservée à Honda.

Une nuance importante : soutenir une discussion ne revient pas à signer un chèque en blanc.

Honda change de patron, mais pas encore de dimension

Pendant que les grands dirigeants du paddock débattent des règles, le constructeur japonais réorganise sa propre maison. Honda a annoncé le remplacement de Tetsushi Kakuda par Yoichiro Fukao à la tête de son programme moteur F1, à compter du 1er octobre. Le constructeur présente ce changement comme une transition planifiée pour renforcer son organisation technique et préparer les prochaines évolutions réglementaires. Son ingénieur en chef, Shintaro Orihara, accueille d’ailleurs avec prudence les déclarations du président de la FIA. Il doute que celui-ci puisse apporter une solution miracle et rappelle que Honda reste concentré sur son programme de développement.

Traduction libre de la situation : les bonnes intentions, c’est sympathique. Mais elles ne remplacent ni les chevaux ni les heures passées au banc d’essai.

Mercedes en sauveur… ou en championne des relations publiques ?

La position de Wolff a au moins le mérite de poser le débat.

Une Formule 1 dans laquelle plusieurs constructeurs peuvent réellement se battre présente un intérêt sportif évident. Mais modifier les règles pour favoriser le rattrapage impose de conserver un cadre transparent, prévisible et équitable pour tous. Rien ne garantit d’ailleurs qu’un nouvel assouplissement suffirait à sauver la saison d’Aston Martin, encore moins à convaincre Alonso de prolonger sa carrière. Pour l’instant, aucune nouvelle concession précise n’a été officialisée.

Toto Wolff peut donc ranger sa cape. Honda a surtout besoin d’un moteur plus performant, et Alonso d’une voiture qui lui donne envie de rester.

Quant à Mercedes, elle peut toujours promettre de tendre la main. À condition, évidemment, de ne pas avoir à lever le pied pour attendre les autres.