pub

Nous perpétuons notre habitude de vous reporter intégralement les propos de Johann Zarco, de façon brute, donc sans aucune mise en forme ou déformation journalistique.

A côté de la communication parfois un peu formatée des traditionnels communiqués de presse, les échanges entre le pilote français et les journalistes dans l’hospitalité du team Monster Yamaha Tech3 sont d’une richesse et d’une simplicité que les vrais passionnés apprécieront (vous pouvez retrouver tous ses débriefings passés dans notre rubrique “Interviews“).

Il y a toujours le petit détail qui nous fait plonger chaque jour davantage en immersion dans le monde de la MotoGP…


Comment avez-vous récupéré de cette déception au Mans ?

Johann Zarco : « j’ai plutôt bien récupéré de ce dimanche au Mans. Déjà dans la soirée, mais encore plus le lundi. Je suis retourné à Avignon, ma ville, où je me suis reposé à la maison avant de conduire jusqu’à Barcelone pour le test. Pendant que je conduisais, j’ai eu le temps de réfléchir et cette réflexion a été positive car je me suis dit que tout le week-end avait été bon. Je me suis demandé pourquoi j’avais chuté, et j’en ai trouvé toutes les raisons. Cela m’a réellement ouvert une porte pour continuer à travailler et continuer à progresser pour les prochaines fois. Donc je ne peux pas dire que c’est quelque chose de positif, mais je crois que cette chute me prépare encore davantage pour être en mesure de vaincre dans le futur. Je pense que la chose la plus dommageable dans cette chute sont les points au championnat. Mais sinon, j’ai bien récupéré et je continue à sourire ».

Il y a une rumeur qui voit Jorge Lorenzo sur une Yamaha d’usine dans un team privé l’année prochaine. Cela serait-il une déception pour vous ?

« Peut-être, mais cela m’importe peu. J’ai maintenant un challenge avec KTM l’année prochaine, donc je mets toute mon énergie et ma confiance dedans. Mais je vis aussi le présent. Pour le moment, je suis avec Yamaha, je veux gagner avec Yamaha car c’est en ce moment la moto qui me donne le meilleur feeling. Donc je ne pense vraiment pas à tout cela car c’est négatif et je me sens bien comme ça. Je dois également gagner car j’ai besoin d’un piano pour ma maison et Yamaha ne veut pas m’en apporter un (rires). Donc je ne demande pas une moto d’usine, mais un piano est moins cher qu’une moto d’usine ».

Cela a-t-il été une surprise pour vous que votre manager dise que Valentino Rossi vous ait bloqué le chemin vers Yamaha ?

« Je partage beaucoup de choses avec mon manager, mais pas cette idée. Il veut continuer à croire cela donc je le laisse penser ça, mais nous sommes des adultes et nous pouvons avoir des points de vue différents. Personnellement, je respecte Valentino et je l’aime bien. Je sais comment il travaille chez Yamaha, je sais à quel point il est important, mais j’ai parlé de cela avec lui et nous sommes clairs »

Vous dîtes que vous avez compris pourquoi vous avez chuté. Pouvez-vous nous l’expliquer ou est-ce un secret ?

« Non, non ! C’est très simple. J’ai commis une erreur de pilotage. Je suis arrivé un peu vite dans ce virage est, dans cette mauvaise posture, je me suis dit que je devais prendre le virage. Cela a été l’erreur. Peut-être que dans une autre situation, avec moins de pression et de volonté de gagner, si j’étais rentré de la même façon dans le virage, j’aurais un peu élargi et perdu quelques positions avant de continuer ma course. Mais dans le contexte où j’étais à ce moment-là, j’ai refusé cela et cela a été l’erreur ».

Vous avez essayé de forcer pour prendre le virage ?

« Oui, oui ! Car nous sommes toujours à la limite, nous avons quelques solutions, mais pas tant que ça. Donc quand vous choisissez une solution très différente mais qu’en même temps vous faites la même chose, vous pouvez rencontrer ce genre de choses ».

Pour revenir sur le sujet de votre manager, quand vous dites « j’ai parlé de cela avec lui », est-ce avec Laurent (Fellon) ou Valentino ?

« Valentino ».

Vous avez fait de bons tests à Barcelone avec les autres pilotes Yamaha. Pensez-vous vous battre pour le podium ici ?

« Je l’espère ! J’espère pouvoir me battre pour le podium. On entend tellement ici que la grande ligne droite est difficile pour les moteurs, mais entre le virage 1 et le virage 15, il s’agit uniquement d’avoir des trajectoires et de prendre des virages. Donc si la Yamaha est meilleure dans les virages, peut-être qu’avec la longueur du tracé nous avons globalement davantage de chances d’être rapides que d’être lents à cause de la ligne droite. J’essaie donc de garder ce positivisme. Peut-être que ce que je pense est exagéré et que je verrai la réalité dimanche, mais il est nécessaire de regarder cet aspect. Dans le passé, Valentino l’a fait avec une moto lente. Et il y a également eu d’autres histoires dans d’autres catégories qui ont montré qu’il était possible de faire de belles choses, donc nous verrons demain comment nous débuterons. Mais moi, avant tout, j’ai peiné l’année dernière et je n’ai pas eu un bon feeling durant le week-end mais je contrôle maintenant mieux la moto. Je veux avant tout profiter davantage de ce week-end au Mugello, et si j’ai ce bon feeling pour profiter, je devrais être proche du podium ».

Comment se sont passés tes essais à Barcelone ?

« À Barcelone, on devait rouler mardi mais il a plu. Donc on a roulé mercredi et la piste était extra. C’est vrai qu’il n’y a plus de bosses et j’étais heureux de retrouver ces 2 derniers virages qui sont rapides. Pour moi, si tu conduis une moto, il faut avoir ces 2 virages pour terminer un tour de circuit. Parce que, à la fois c’est plus intense au niveau vitesse, mais tu peux reposer ton corps, et ça c’est bien pour la course. C’est pas gênant de garder le petit passage serré, celui de Formule 1 au virage 9 ou 10, ça dépend comment on compte mais au bout de la ligne droite de derrière. On a bien roulé, on a fait du bon travail. On a pu être rapide avec les 3 types de pneus qu’on avait, et également dirigé Michelin, en plus des commentaires des autres, pour peut-être avoir un choix plus sûr lors de la course. J’ai pris beaucoup de plaisir et pouvoir sortir, et vite remonter sur la moto après la déception du Mans, a beaucoup aidé. Déjà que j’étais bien lundi, j’étais encore mieux mercredi ».

Donc au Mans, l’année prochaine, ton approche mentale sera un peu différente et tu ne voudras pas gagner à tout prix ?

« Oui, exactement ! En général, j’ai une capacité à prendre du recul sur la situation mais là, au Mans, je ne l’ai pas fait. Pour l’an prochain, et pour les prochaines courses, donc qu’on est de plus en plus capables de jouer la gagne, on va sans doute commencer, un peu comme Márquez, à mieux gérer ».

On a vu au Mans que tu manquais un peu de puissance pour combler l’écart avec Lorenzo. Là, on sait que les Ducati sont très fortes ici. Est-ce que tu penses que c’est une difficulté que tu vas encore avoir ?

« Sans doute ! Sans doute ! Mais dans la configuration de la piste, il y a cette grande ligne droite où de toute façon la puissance parle, mais ensuite tout est un enchaînement. Comme je l’ai dit, du premier au 15e virage, où là, c’est peut-être plus difficile de faire cette différence sur l’accélération parce qu’il faut piloter la moto. Donc peut-être que le compromis « on perd et on rattrape », ce yo-yo peut se faire. Pas plus facilement, mais peut se faire, alors que là où j’ai eu du mal c’est parce qu’on avait en fait au moins 2 accélérations : celle avant la ligne droite des stands et celle après le garage vert. Donc pendant un tour, tu perds l’écart 2 fois. Là, à la limite, tu ne le perds qu’une fois beaucoup. Donc on va voir ».

Qu’attends-tu de ce week-end ?

« Vu les sensations qui n’étaient pas superbes l’an dernier, je veux déjà remédier à ça. Non, je comprends mieux la moto, je la contrôle mieux, et on la règle mieux avec l’équipe. Donc il faut vite retrouver ces bonnes sensations où j’arrive avant tout à avoir toute ma confiance sur le train avant et ensuite gérer le Grip arrière. Déjà, si j’atteins ce stade là, je serais déjà plus content que l’an dernier. Ce qui sera intéressant, mais cela je ne pourrai l’analyser qu’à la fin du week-end et dans le futur, c’est que j’arrivais d’une forte progression l’année dernière et j’ai commencé ici à avoir du mal. Là, finalement, on va très vite mais la désillusion est déjà venue au Mans. Donc on est plus du tout dans la même mentalité. On arrive presque plus humble au Mugello cette année que l’an dernier ».

Pourtant, c’est ici que tu as fait une belle performance pour la première fois, une 6e place en 125cc. C’est un tracé que tu as toujours aimé ?

« C’est un tracé que j’apprécie beaucoup. En 125, oui, j’ai eu de bonnes années en 2009 et 2011. Mais après, finalement, j’ai eu du mal en Moto2. Quand les motos étaient plus grosses, j’ai eu plus de mal sur ce circuit. J’ai pu gagner en 2016 en Moto2, et c’était fantastique, mais on va dire que je captais mieux sur circuit avec des petites cylindrées qu’avec de plus grosses cylindrées. Mais là, je n’ai maintenant plus d’à-priori quand je viens sur un circuit. J’essais vraiment d’arriver neutre, de donner le maximum, et grâce au feeling, aux repères et au travail, de faire du mieux possible ».

Le team Factory Yamaha est venu ici faire des essais il y a un peu plus de 2 semaines. En as-tu eu des retours et, sinon, penses-tu que ce sera un désavantage lors des premières séances ?

« Ils ont tout juste roulé un jour et, en plus, il y a eu de la pluie l’après-midi. C’était donc difficile de prendre un grand avantage dans des conditions comme ça. J’ai eu la même expérience à Jerez. Cela pourra concerner le premier run, les 5 ou 7 tours. Je doute que des gars se mettront beaucoup plus vite en action, parce que déjà tout est automatique. Pour moi, il faudra prendre les automatismes en 7 tours, et à partir de là, on bosse ».

La discussion avec Valentino Rossi, cela a été fortuit ou quelqu’un l’a cherchée ? Comment ça s’est passé ?

« C’est moi qui suis allé le voir pour avoir une discussion d’hommes, de pilotes, et laisser les médias monter en pression, mais nous on sait où en est. Tout simplement ».

Tous les articles sur les Pilotes : Johann Zarco

Tous les articles sur les Teams : Monster Yamaha Tech3