[Le casque et la plume] Aprilia la maudite

par | 10 janvier 2021

Avertissement :

Contrairement à l’immense majorité des articles de notre site, cette nouvelle rubrique ne reporte pas seulement des informations, elle laisse une certaine liberté, voire une liberté certaine, aux pensées de son auteur habitué du monde littéraire qui publiera sous le pseudo de Vernon Stoner.

Ici, on relate, bien sûr, mais on extrapole aussi, on suppute, on échafaude, bref, on discute et on échange !

Vous avez le droit de répondre en commentaire, de corriger, de clamer votre indignation, ou, au pire, si cela vous engendre vraiment des aigreurs d’estomac, de changer de rubrique…

Vous êtes toujours là ? Petits curieux, va… Allez, gaaazzzz !


Du minot qui fait ses débuts en C.E.V jusqu’au pilote Moto 2 qui joue le podium le dimanche, tout un chacun a le même but, le même rêve, accéder à la catégorie reine, le fameux MotoGP. Mais il existe un objectif encore bien supérieur à celui-ci, être titulaire dans un team factory.

Dès lors, on se demande comment une place chez Aprilia peut rester vacante et même pire, se voir rejetée autant par des jeunes ayant tout à prouver, que par des vétérans en fin de carrière n’ayant plus grand chose à perdre. Il est vrai qu’Aprilia était, à ce moment là, sous la houlette de Gresini Racing jusqu’en 2021 minimum et que son statut « usine » n’était pas totalement acquis, mais il est légitime de s’interroger sur le pourquoi de ces nombreux refus. De plus, au vu de ces éléments, écouter Massimo Rivola parler d’un team satellite en 2022 laisse songeur quand on sait que l’équipe championne du monde, Suzuki, est également sur le coup. Sans oublier la VR46 qui rôde dans les parages…

L’affaire Aprilia débute le 17 décembre 2019 au Grand Prix de Malaisie lorsque le pilote phare, Andrea Iannone, est suspendu par la FIM pour suspicion de dopage. Si ce genre d’imbroglio est monnaie courante dans d’autres sports, il est très rare dans la moto puisque le dernier a en avoir fait les frais est Anthony West en 2012. C’est un coup de tonnerre dans le paddock. L’écurie de Noale, déjà dans la tourmente en raison d’une absence de résultats qui perdure un peu trop, se retrouve dans une situation des plus délicates et doit parer au plus pressé. Le guidon est confié en urgence au pilote d’essai, Bradley Smith. L’Anglais a quitté le plateau en 2019 après deux saisons fades chez KTM avec une dix huitième place au général comme meilleur résultat, et il est évident qu’Aprilia n’espère pas des miracles. C’est une solution provisoire en attendant que l’Italien se sorte du pétrin. Hélas, le cauchemar se poursuit puisque le T.A.S traîne en longueur pour rendre son verdict, tandis que la nouvelle RS-GP, qui promettait monts et merveilles sur le papier, peine à convaincre. Aleix Espargaró termine 17e du championnat 2020 et Bradley Smith, qui n’a empoché qu’un seul point, est même convié à laisser sa place à Lorenzo Savadori, vice-champion d’Italie Superbike en 2020, pour les trois dernières manches. Entre-temps, le couperet s’est abattu sur Andrea Iannone. Le pilote Transalpin écope d’une suspension de quatre ans qui le pousse vers une retraite aussi anticipée que non désirée. L’heure est grave du côté de la Vénétie et il faut absolument trouver le remplaçant de choc qui pourra enfin mener la RS-GP 20 dans le top 10 de façon régulière. C’est là que les choses se compliquent…

Cal Crutchlow, qui s’est fait évincer de Honda LCR au profit du cadet des Márquez, se propose immédiatement. Il déclare que développer la RS-GP pourrait être très amusant et qu’il est prêt à s’engager à fond dans le projet. Aleix Espargaró vote pour également, mais le deal ne se fait pas. Aprilia lorgne vers un bien plus gros poisson. Et là est peut-être l’erreur…

Vice-champion lors des trois saisons précédentes, et seul à pouvoir régulièrement rivaliser avec le taulier de Cervera dont on attend le retour, Andrea Dovizioso est une aubaine qu’il ne faut pas laisser filer. Aleix Espargaró n’hésite pas à passer la pommade pour amadouer l’Italien en déclarant :« C’est pour moi le deuxième meilleur pilote au monde des cinq dernières années. Il serait plus que bienvenu chez Aprilia. ». Mais Dovi, avec beaucoup de tact, décline l’offre. Si poursuivre sa carrière en MotoGP est son objectif, il veut le faire dans des conditions lui permettant de jouer la gagne et, a priori, il ne considère pas que ce soit le cas avec Aprilia. Dur…

La firme Italienne se rabat (sans jeu de mot) sur la jeunesse et se met en quête de chair fraîche en la personne de Marco Bezzechi. Le protégé de la VR46 est prometteur et personne ne voit pourquoi il refuserait une telle proposition. Mais là encore, c’est la douche froide… Après hésitation, il affirme à demi-mot vouloir rester un an de plus en Moto 2 pour faire ses preuves et mériter son guidon en MotoGP. Info ou intox ? N’entendrait-il pas plutôt par là « mériter un bon guidon » ?… Si la VR46 et son projet en GP vous traverse l’esprit, vous n’êtes peut-être pas très loin de la véritable raison…

Qu’à cela ne tienne, il y a d’autres espoirs en Moto 2 ! A commencer par Joe Roberts qui est en pleine progression. Être le premier pilote Américain depuis le regretté Nicky Hayden a rejoindre la catégorie ultime devrait le combler. Et pourtant… Roberts botte en touche en affirmant que lui aussi veut remporter le Moto 2 avant de faire le grand saut. Il dira : « J’étais content de l’appel d’Aprilia. J’aime l’ambiance, ils ont tous l’air d’être amis. » Compliment quand on parle du gratin du sport moto ? Pas sûr..

Fabio Di Giannantonio est le troisième rookie sur la liste, mais lui aussi déclare désirer gagner en Moto 2 avant toute chose. Là où ça se corse, c’est lorsqu’il précise vouloir surtout rester dans le giron de Fausto. Le hic, c’est que Di Giannantonio est presque assuré de monter en MotoGP en 2022 avec… Gresini Racing. Y avait-il déjà du divorce dans l’air entre Aprilia et l’équipe de l’ancien double champion du monde 125 ? Il semble que oui puisque l’on sait depuis que Gresini a repris ses billes et convoite Suzuki ou Ducati

D’autres noms auraient pu être tirés du chapeau Moto 2. On pense à Marcel Schrötter, Tetsuta Nagashima, ou encore Héctor Garzó, mais, suite à cet énième refus, la direction de Noale décide de suspendre les prospections. Peut-être que le nombre déjà hallucinant de déconvenues a calmé leurs ardeurs car, si le ridicule ne tue pas, il ne contribue pas non plus à crédibiliser une entreprise qu’on imagine parfois à la limite de l’agonie.

Difficile de ne pas conclure que le projet RS-GP est peu séduisant. Les diverses déclarations d’Aleix Espargaró au cours de la saison ont-elles pu refroidir les velléités des uns et des autres ? Rappelons que l’Espagnol s’est emporté plusieurs fois avec des phrases cinglantes à l’encontre de son employeur comme « Pourquoi devrions-nous avoir besoin de plus de temps que nos concurrents ? », ou « Je suis très en colère de cette saison, vraiment très en colère, car on n’a jamais démontré que la moto était proche des premières », et de conclure « Je suis très déçu de cette année. » Le fait qu’Aprilia soit une nouvelle fois la marque qui a inscrit le moins de points au championnat constructeur n’arrange sans doute pas les choses. De là à penser que l’Espagnol pourrait s’en aller vers de plus verts pâturages si l’opportunité se présentait…

La conclusion de l’histoire est assez ahurissante puisque, malgré les efforts d’Aprilia, aucun pilote n’a été tenté de se lancer dans l’aventure RS-GP 20 et que le choix final se portera sur Bradley Smith ou Lorenzo Savadori. Tout ça pour ça…

Tous nos vœux de rétablissement à Fausto Gresini.

Vernon