La catégorie Moto2 a connu cette année un nouveau départ en intégrant le moteur 3 cylindres Triumph. Si KTM reconnaît avoir des difficultés à fournir une machine compétitive, l’Allemand Kalex continue à fournir la majorité du plateau avec une moto performante.

Plus étonnant, la petite structure Speed Up, qui n’aligne pourtant que 2 machines, a également su construire une Moto2 apte à se battre pour la victoire, comme elle l’avait déjà fait l’année dernière avec Fabio Quartararo ou précédemment avec Andrea Iannone.

Pour tenter d’élucider le mystère de cette Speed Up SF19T, nous avons interviewé Luca Boscoscuro, à la fois concepteur de la moto et team manager de l’équipe qui l’exploite.


Luca, depuis son apparition, tout le monde pense que la Speed Up possède des gènes d’Aprilia…

Luca Boscoscuro: « Vous savez, j’ai travaillé pour Aprilia ! ».

Et aujourd’hui, les résultats sont là ; C’est une bonne machine alors que vous avez seulement 2 motos et que Kalex en compte une vingtaine, et vous êtes devant parfois devant, comme eux.

« Peu importe le nombre de motos, vous avez besoin du pilote le plus rapide pour gagner (rires). Si vous n’avez pas le pilote, c’est impossible de gagner (rires) ».

Oui, mais pour les constructeurs, il est parfois préférable d’avoir plus de données…

« Oui bien sûr, mais tout dépend des données que vous obtenez des pilotes. J’ai des pilotes forts et c’est bien sûr bien mieux car ils donnent de très bonnes informations, car si les pilotes sont 2 secondes plus lents, vous n’avez pas besoin de leurs informations ».

Qui dessine cette moto, qui la construit et à quel endroit ?

« L’usine se trouve à Vicenza, dans le Veneto, où est née ma famille. Ma chance, c’est que j’ai travaillé pour Aprilia dans le passé. Tout d’abord chez Derbi, puis chez Aprilia. C’est pour cela qu’il est plus facile pour moi de construire cette moto qui est à 100 % une Speed Up ».

C’est vous qui dessinez la moto ?

« Oui ! A 100 % ».

Y compris le cadre et le bras oscillant en carbone ?

« Tout, à 100%. Le premier bras oscillant en carbone, je l’ai fait en 2011 et on a commencé à s’en servir durant la saison 2012. C’était un projet à 100 % Speed Up ».

Vous avez réussi à construire tout seul une Moto2 qui pouvait gagner. Avez-vous reçu une offre de KTM ?

« (Rires) non, je suis sûr que KTM va y arriver, car ils ont beaucoup de budget et il leur est possible de prendre chaque année les meilleurs pilotes pour y arriver. C’est un peu comme en Formule 1 où Red Bull gagnait ou était incroyablement rapide, même si c’est maintenant un peu plus difficile. Mais regardez Renault, Honda, Toyota ou BMW : Peu importe qui ils sont, l’important pour gagner sont les gens qui travaillent dans le projet ».

Vous travaillez également avec le célèbre Eros Braconi. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur lui ?

« C’est un chef-mécanicien très fort. Le groupe Speed Up est une équipe entière, et quand nous gagnons, ce n’est pas grâce à une seule personne : Tout le groupe travaille très bien. Eros et son fils travaillent avec moi depuis 2010 et ont une grande expérience dans cette catégorie, et toute l’équipe, peu à peu, étape après étape, a amélioré la moto pour parfois très bien performer, parfois un peu moins. Mais ce qui est sûr, c’est que la victoire revient au groupe, pas à une seule personne. À chaque fois, c’est le groupe ! Et pour gagner, il faut aussi le pilote. L’année dernière, ce que nous avons fait avec Quartararo, c’était le fruit d’un travail de groupe, mais pour moi, dans cette catégorie, le plus important de tous est le pilote. La moto vient après ! ».

Si la moto va bien, oui, mais si la moto est peu performante, c’est plus difficile, et en ce sens, faire une moto victorieuse avec seulement 2 machines est quelque chose de rare…

« Pour moi, ce n’est pas la quantité qui compte, mais la qualité. Il n’est pas important d’avoir 20 motos, il est important d’avoir les bonnes personnes qui travaillent sur la moto, et les bons pilotes. Parce qu’en ce moment, si je n’avais pas Fabio Di Giannantonio et Jorge Navarro, il serait impossible de rester en tête. C’est certain ! Pour moi, en Moto2, en premier compte le pilote, puis l’équipe, puis seulement la moto car concernant celle-ci, nous avons le même moteur pour tout le monde et les mêmes pneus pour tout le monde. Bien sûr, on peut toujours faire une grosse erreur sur le châssis mais je n’y crois pas car tous les constructeurs ici savent ce qu’ils font. C’est mon opinion et c’est pour ça que je ne veux pas mettre la Speed Up en avant. Vous voyez la même chose en MotoGP avec des podiums composés de Honda, Ducati, Suzuki et Yamaha, avec des motos qui sont complètement différentes. Pour moi, c’est pareil, d’abord le pilote, puis le team, puis la moto ».

Tout le paddock dit que c’est la Moto2 la mieux finie…

« C’est ma fille ! (Rires) ».

Il n’y a donc pas de secret sur votre moto ?

« (Rires) non ! Le secret, c’est que le pilote travaille très bien avec son équipe. Les motos comportent de très nombreux réglages, et elles fonctionnent bien quand les pilotes travaillent bien avec leur équipe. Basta ! ».

S’il n’y a pas de secret sur votre moto, peut-on la prendre en photo sous toutes les coutures ?

« Heuuuuu… Non, je ne préfère pas. Prenez-la seulement de face, s’il vous plaît ».



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