Pedro Acosta est à deux Grands Prix de faire la différence dès sa première saison de Moto3. A 17 ans, il peut mathématiquement, dès Misano 2, devenir, à 17 ans, un Champion du Monde. Beaucoup, à cet âge-là et au vu de l’enjeu, seraient nerveux et auraient besoin d’un soutien dans un environnement protégé. Mais Pedro Acosta ne semble fait de ce bois-là. Dans un récent entretien, il se montre même assez réaliste sur le milieu qu’il fréquente avec des idées bien arrêtées qui promettent pour la suite…

Pedro Acosta a connu récemment des performances en deçà de ses attentes. Malgré une 11e place à Silverstone, une chute à Aragón et une septième position à Misano, le leader au Championnat du Monde et pilote Red Bull KTM Ajo conserve cependant une avance confortable. En effet, son principal rival jusqu’à présent, Sergio García peine à saisir les opportunités ainsi offertes. De fait, ce sont 42 longueurs qui séparent les deux hommes à la veille de ce Grand Prix Red Bull des Amériques de ce week-end, avec un nouveau challenger dans le paysage, vainqueur de sa quatrième course à Misano 1, Dennis Foggia.

Pedro Acosta aurait-il finalement la pression, ce qui serait après tout normal au vu de son expérience de rookie et de son jeune âge, qui le mettrait comme le Champion du Monde le plus précoce de l’histoire contemporaine des Grands Prix ? Celui qui est déjà assuré d’un avenir en Moto2 en 2022 rassure : « je n’ai eu aucune pression pendant toute l’année et les choses se sont bien passées. Alors laissons la vie faire ce qu’elle veut. Si je gagne à Misano 2, c’est bien. Si je gagne en Amérique, tant mieux. Portimao, Valence… Peu importe. L’objectif final est d’être champion du monde, quel que soit le moment. Et nous verrons ».

Un ton à la fois ferme et détaché qui en dit long sur le personnage qui s’est un peu plus dévoilé dans un entretien sans concession au média ElConfidencial. Au cours de cette interview, on découvre surtout un Pedro Acosta réaliste sur le monde qu’il fréquente et sans illusion sur ce dernier. Une froide maturité à mettre à son crédit : « la vérité, c’est que les gens que j’aime bien sont très peu nombreux » dit-il et il enfonce même le clou : « je ne fais pas non plus attention aux gens. Il y a très peu de personnes que j’apprécie ».

Voilà qui n’est pas du genre à bâtir une grande popularité. Mais Pedro Acosta assume cet isolement jusqu’à déserter les réseaux sociaux et s’étonner d’avoir un fan club : « nous devons vivre dans le monde. C’est finalement un spectacle, un cirque, et les pilotes en sont les clowns. Les choses vous arrivent d’un côté, de l’autre. …. Mais bon, j’aime entendre ce que les gens disent de moi. Surtout les détracteurs. J’ai l’impression d’avoir mon propre fan club, qui regarde ce que je fais 24 heures sur 24. Je les écoute simplement. Tout le monde peut toujours vous dire du bien, mais avoir un fan-club pour soi à regarder tout le temps ce que vous faites et ce que vous dites, c’est incroyable ».

Pedro Acosta Marc Marquez

Pedro Acosta : “la partie importante, ou ce que vous vendez, est ce que le spectateur voit, pas la compétition réelle”

Et le sentiment d’indépendance de Pedro Acosta va même plus loin… « La vérité est que je ne crois pas aux psychologues. Je pense qu’il n’est pas nécessaire qu’une personne vous dise ‘n’écoutez pas ceci, n’écoutez pas cela’, je pense que nous sommes en Championnat du Monde, et que nous devons donc savoir ce qui est meilleur ou pire pour nous-mêmes ».

L’Espagnol a aussi après à relativiser bien avant ses 17 ans, lorsqu’il était sans perspectives et sans ressources : « il y a un an, je me retrouvais sans équipe et je me suis retrouvé à la maison… Les choses changent vite, non ? Peut-être que je serais allé en Superbike, mais je n’aurais certainement pas arrêté de courir à moto parce que c’est la seule chose que je voulais faire ».

Il termine en mentionnant ce qu’il n’aime pas dans ce Moto3 actuel : « ce que j’aime le moins, c’est l’absurdité de chercher une roue tout le temps, d’être coincé au milieu de la piste… Même s’il est vrai que tout le monde le fait. Je suis un peu fatigué de la façon dont les gens vont vite. Presque tout le monde a maintenant la stratégie du “Je ne fais rien, je ne fais rien, je ne fais rien”, et à la dernière minute, je poursuis quelqu’un ou je fais tomber quelqu’un et je gagne le tour. Avec ça, le niveau du championnat ne se voit pas. Et finalement on passe plus de temps debout dans le box qu’à piloter la moto… »

Puis Pedro Acosta ajoute cet argument qui pèse lourd dans une conjoncture qui regrette le décès de trois jeunes pilotes à ce stade de la saison, deux en Moto3 et un en Supersport300… « Je regarde un programme Moto3 avec un groupe de 18 personnes et c’est un ‘show’, et nous sommes les clowns du ‘show’, alors… peut-être que c’est mieux pour le spectateur, mais pas pour la compétition. La partie importante, ou ce que vous vendez, est ce que le spectateur voit, pas la compétition réelle, comme en Formule 1, où vous ne voyez personne attendre ». A 17 ans, Acosta pose le débat.

Pedro Acosta KTM




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