Ce n’est pas un des techniciens les plus connus du monde des Grands Prix, en raison de sa discrétion, et pourtant Alberto Giribuola est l’un des plus efficaces, avec notamment les trois places de vice-Champion du Monde consécutives en MotoGP d’Andrea Dovizioso, obtenues lors des trois dernières saisons derrière Marc Márquez.

Avec les mécaniciens de leur équipe, ils ont remporté 12 Grands Prix entre 2017 et 2019. C’est un bien beau périple, qui a commencé il y a une douzaine d’années pour Giribuola.

« C’est un long voyage qui a commencé il y a 12 ans en Championnat du Monde en tant qu’ingénieur en électronique et j’ai travaillé pendant trois ans chez Ducati Pramac » a expliqué le “capo tecnico” (chef mécano) de Dovi à Alessio Brunori et Federica Bizzi de Motorionline, dans la vidéo visible ci-dessous.

« Après cela, je suis allé en Superbike en 2012 où j’étais chef d’équipe de Jakub Smrz. Tout s’est bien passé et à la fin de 2012, on m’a demandé de revenir au MotoGP avec Andrea Dovizioso dans un rôle d’analyste des données et de soutien au chef d’équipe. »

« J’ai appris à connaître Andrea les deux premières années d’une manière différente, mais nous avons établi une relation de confiance. Puis en 2015, avec l’arrivée de Gigi Dall’Igna, j’ai été “détourné” vers Pramac où j’ai joué un rôle différent, coordinateur de l’équipe pour Ducati, pour contrôler les motos du Team. »

«  J’ai beaucoup appris et fin 2015, Andrea m’a proposé de devenir son chef d’équipe, c’était un défi qu’il voulait et je l’ai relevé et à partir de 2016 nous avons travaillé ensemble. Nous avons obtenu de bons résultats, c’était et c’est une bonne combinaison. »

« Mes moments de repos sont très peu nombreux, car nous travaillons jusqu’à 10 heures, 10h30 du soir. Andrea et moi sommes très semblables, peut-être qu’au dîner nous parlons de sujets en dehors du travail. Notre âge est très similaire, nous avons donc des sujets en commun, même en dehors de la piste. Il y a toute une sphère d’amitié derrière notre relation.

« Bien sûr, par rapport aux autres équipes, nous sommes tous là pour faire notre travail et pour essayer de gagner, mais il n’y a jamais ce sentiment d’être rivaux car nous nous estimons tous, nous suivons tous notre passion. Il est parfois étrange de voir des gens sans les vêtements de l’équipe, souvent à l’aéroport. Le paddock est un environnement agréable, j’ai trouvé une situation très professionnelle. »

« Mon surnom “Pyjama” (Pigiamino) est né la première année où j’ai travaillé dans le paddock en 2009 et un des mécaniciens de Stoner, me voyant très jeune, a dit aux autres “ce soir, nous allons vous mettre en pyjama et vous coucher tôt”. De là, tout le monde a ri et c’est devenu mon surnom. Même Andrea m’appelle “pigia”, pour lui je ne suis pas Alberto. »

« L’une des caractéristiques de notre moto est qu’elle est très performante au freinage et en moteur, et également la partie-cycle en phase d’accélération. Ce que nous payons un peu par rapport à nos concurrents, c’est le “centre du virage”, où à la même vitesse, la moto a tendance à élargir un peu, c’est pourquoi nous disons qu’elle ne tourne pas. Nous avons quand même progressé, mais nous avons aussi travaillé sur des points qui étaient déjà forts. En rassemblant tout cela, nous avons pu obtenir de bons résultats et au cours des trois dernières années, cela nous a permis de jouer le championnat en 2017 jusqu’à la dernière course. Cela donne une idée du travail effectué par les ingénieurs. C’est vrai que ce sous-virage est notre caractéristique, mais nous travaillons pour y remédier. »

« Comme je l’ai déjà dit, entre teams nous nous estimons les uns les autres parce que nous sommes tous là pour faire la même chose. En 2017, nous avons eu un combat loyal avec Márquez. Parfois, lorsque nous sommes sur la route, nous rencontrons Santi, son chef d’équipe, nous nous arrêtons alors pour prendre une bière et discuter. Nous parlons de détails et de tactiques, nous nous étudions les uns les autres et s’ils font mieux, nous copions, comme ils le font avec nous. Fin 2017, lorsque Marc (Márquez) est devenu Champion du Monde, mon équipe et moi avons eu envie de les féliciter, c’était naturel, spontané, car nous sommes des gens normaux qui partageons la même passion. »

« Andrea est un ami, c’est une personne avec laquelle je travaille bien et j’aimerais donc continuer à travailler avec lui. Je vais envisager toutes les options, de rester chez Ducati avec ou sans Andrea ou de le suivre ailleurs. J’aimerais continuer à travailler avec lui parce que lorsqu’un chef d’équipe a une relation de ce type avec un pilote, il est sûr d’en tirer le meilleur parti. Il n’est pas évident que nous puissions recréer la même alchimie avec d’autres, donc je ne voudrais pas perdre Andrea et j’espère qu’il ne voudra pas me perdre non plus. »

Photos © Ducati



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