pub

Fabio Quartararo

Le silence du pilote, c’est sacré en MotoGP. Pendant des décennies, les champions ont évolué seuls face à leur machine, sans injonction de leur stand. Mais l’ère de la radio arrive à grand pas. Testée à Jerez, la dernière version du système de communication a convaincu Fabio Quartararo sur le principe. Sur le son, en revanche, le Français est moins enthousiaste. « Il reste encore beaucoup de travail », prévient-il. La Formule 1 n’est pas pour demain.

Le MotoGP vit une petite révolution silencieuse. Lundi à Jerez, lors des essais post-Grand Prix, plusieurs pilotes ont testé la dernière version du système radio intégré au casque. Objectif premier : permettre à la direction de course d’alerter les pilotes en temps réel (drapeaux jaunes, plaques de pluie, débris, etc.). Objectif second, plus controversé : à terme, autoriser les conversations entre le pilote et son équipe, comme en F1.

Fabio Quartararo, qui a participé aux tests, a livré un verdict en deux temps. Le premier constat du Français sur crash.net est clairement positif. La technologie progresse. « Honnêtement, ils ont fait un grand pas en avant », a déclaré le pilote Yamaha.

Un progrès significatif par rapport aux versions précédentes, jugées peu concluantes. L’an dernier, Johann Zarco avait vivement critiqué l’ancien système à conduction osseuse, qui transmettait le son par vibrations contre le crâne.

« Ce n’est pas agréable d’avoir cette radio, le système n’est pas bon. Le meilleur système serait celui de la Formule 1 » , avait taclé le Français.

Cette fois, Quartararo confirme que la nouvelle version est « à l’intérieur » de l’oreille. Une approche plus conventionnelle, qui semble mieux fonctionner.

Fabio Quartararo

Fabio Quartararo : « J’entends, mais pas très bien », le son reste un problème

Mais le Diable se cache dans les détails. Et le détail, c’est la qualité audio. « Il reste encore beaucoup de travail pour entendre vraiment clairement. Parce que j’entends, mais pas très bien. »

Un aveu qui refroidit les ardeurs. À 300 km/h, avec le bruit du moteur, des virages, du vent, il faut une clarté absolue. Sinon, le message de sécurité devient une source de distraction dangereuse.

Quartararo, pragmatique, ne ferme pas la porte pour autant. « Je pense que c’est positif et je pense que je vais réessayer lors des essais de Barcelone le mois prochain. »

Carlos Ezpeleta, directeur sportif de MotoGP SEG, a détaillé le principe. L’idée n’est pas d’embêter les pilotes en permanence, mais de les alerter uniquement lorsque c’est nécessaire.

« L’idée est que le système soit géolocalisé par GPS, de sorte que si vous approchez d’une zone avec un drapeau jaune, de la pluie ou une surface glissante, vous avertissiez les pilotes sur la ligne droite menant à ce secteur. »

Un message automatique, ciblé, non intrusif. La sécurité avant tout. Un système GPS plus sophistiqué est prévu pour 2027. La radio pourrait donc entrer en vigueur progressive.

L’objectif à long terme, plus controversé, est d’autoriser les échanges entre le pilote et son équipe. Aide au réglage, stratégie en temps réel, débriefings pendant la course… tout ce que la F1 pratique depuis des années.

Ezpeleta l’admet sans détour : « Plus tard, si les équipes sont d’accord et une fois qu’elles seront plus à l’aise avec le système, une communication bidirectionnelle entre les pilotes et la direction de course ou entre les équipes et les pilotes est quelque chose qui se produira probablement. »

Une perspective qui fait frémir les puristes. Le MotoGP a toujours été la dernière citadelle du pilotage solitaire. L’homme seul face à sa machine, sans assistance extérieure. Introduire la radio, c’est risquer de dénaturer l’essence même de la discipline. Mais les temps changent. La sécurité et le spectacle sont devenus des priorités.

La radio MotoGP progresse. Quartararo le reconnaît volontiers. Mais le chemin est encore long avant d’atteindre la clarté d’une F1. D’ici là, les puristes peuvent souffler : le silence des pilotes a encore de beaux jours devant eux. Reste à savoir si ce fameux « grand pas en avant » deviendra un jour un bond décisif. Réponse dans les prochains essais, à Barcelone.

Fabio Quartararo

Tous les articles sur les Pilotes : Fabio Quartararo

Tous les articles sur les Teams : Monster Energy Yamaha MotoGP