MotoGP Austin : Quand le Bibendum ne se laisse plus marcher sur les pieds…

par | 12 octobre 2021

Chez Michelin, on connaît la musique : Quand quelque chose ne va pas, ce sont bien souvent les pneus que les pilotes accusent en premier ! À Clermont-Ferrand, on a l’habitude de ces plaintes répétitives dont certains s’étaient même faits une spécialité, à l’image d’Andrea Dovizioso chez Ducati.

Mais cette partie de « je t’aime, moi non plus » tend peu à peu à disparaître, principalement grâce aux données de plus en plus nombreuses qui permettent aujourd’hui de savoir ce que font exactement les pilotes sur leur moto.

Nous n’en sommes pas encore au stade de la F1, où le box peut indiquer en temps réel à son pilote qu’il passe seulement à 98 % dans tel ou tel virage, mais on peut au moins répondre directement ou indirectement à une plainte, en fournissant quelques données.

Ce fut le cas à Austin où, sans que cela soit nominatif, Jack Miller et Michelin se sont livrés à une petite partie de ping-pong…

Vendredi soir, comme c’est généralement le cas depuis cette année, Michelin a diffusé aux journalistes ses notes techniques plutôt complètes :

« Une première journée positive à Austin. Mouillé le matin avec une température de piste de 26 puisse sec l’après-midi° avec une température de piste beaucoup plus haute de 43°.
La piste a été resurfacée au T1, T10, T12 et dans le secteur 4, et les niveaux d’adhérence ne sont pas homogènes.
Pneus pluie :
L’avant tendre a tendance à bouger un peu mais l’adhérence et le feedback sont bons. Le médium offrait plus de stabilité, mais toujours avec un bon grip.
L’arrière tendre était bon en termes de chauffe et de grip, mais avait alors tendance à surchauffer et à glisser quand la piste séchait. Le médium fonctionnait mieux en fin de séance quand la piste commençait à sécher. Tous les pneus avaient une bonne apparence après avoir été utilisés.

Pneus slicks :
L’avant tendre avait un bon grip initial mais commençait à apparaître trop tendre après quelques tours. Néanmoins, il était bien pour le Time Attack.
L’avant médium a été essayé mais nous avons besoin de plus de tours avec cette option pour confirmer sa convenance pour la course.
L’avant dur a très bien fonctionné, avec une bonne mise en température est un bon retour global. Il offre de plus un très bon soutien.
L’arrière tendre à un bon potentiel, en particulier pour le Time Attack. Le médium présente une bonne constance et une bonne mise en température mais le niveau global de grip est inférieur au tendre.
Avec les conditions et les températures de piste d’aujourd’hui, l’arrière dur apparaît trop dur et procure en conséquence moins d’adhérence. »

On rappellera que la piste était mouillée le matin à Austin, sèche l’après-midi, très bosselée et présentant des niveaux d’adhérence très hétérogènes. Les pilotes avaient donc un gros travail à faire pour commencer à déterminer leur choix de pneus pour une course dont ils ne connaissaient pas alors les conditions. Chez Michelin, on observait cela attentivement, tout en leur procurant évidemment les informations les plus précises possibles. Jusque-là, tout allait bien, d’autant que les pilotes étaient bien plus occupés à se plaindre des bosses que des pneus…

Mais la relative tranquillité du Bibendum face à l’inconnue d’Austin allait être mise à l’épreuve le samedi, où après avoir été le plus rapide en FP3 et FP4, Jack Miller ne pouvait faire mieux que 10e lors de la qualification, à presque une seconde de son coéquipier, et bien loin de son chrono de la FP3.

Très déçu, l’Australien insinuait à demi-mots que son pneu arrière tendre n’était pas à la hauteur de ce qu’il aurait dû être : « J’avais un pneu dur en FP4 et j’ai fait trois dixièmes au tour de mieux de ce que j’ai pu faire en qualification. J’ai pu faire un 2’02.9 en FP3. Je ne sais pas. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, je peux vous le dire. J’ai attaqué fort et ça n’a pas marché, et avec le premier pneu ça n’a pas bien marché. C’était le mieux que je pouvais faire. C’est quelque chose qui s’est produit plusieurs fois auparavant et honnêtement j’en ai marre. Passons à autre chose et voyons ce qui se passera dimanche. J’ai fait de mon mieux, je suis resté calme, j’ai essayé de faire mon travail, j’ai travaillé pour la course : Tout ce qui est sous mon contrôle, j’essaie de le faire du mieux que je peux. »

L’attaque a eu beau être non nominative, Michelin a répondu de la même manière dans ces notes techniques du samedi soir…

« Sec le matin avec une température de piste de 34°, montant jusqu’à 40° l’après-midi.

Les pilotes étaient largement concentrés sur les bosses aujourd’hui, et un peu moins sur le ressenti des pneus. Cela a engendré différents commentaires qui variaient d’une moto à l’autre et d’un pilote à l’autre.

Ce que tenons pour certain est que l’avant dur est la meilleure solution pour la course, car il offre une bonne adhérence et un bon soutien au freinage. L’avant médium n’a pas été beaucoup essayé jusqu’à présent.

Concernant l’arrière, toutes les gommes sont encore possibles pour la course. Le tendre a montré un très bon potentiel, en particulier par sa mise en température et sur son côté gauche. Le médium procure une bonne adhérence mais engendre une meilleure stabilité, alors que le dur peut aussi être un bon choix à cause de ses performances en termes de stabilité et de constance.

Il y a eu une plainte après la Q2, mais selon les données immédiatement disponibles, nous notons qu’il y a eu un tour de sortie 20 secondes plus lent que la normale lors du deuxième run, donc tout manque de performance perçu lors de l’unique tour d’attaque du chrono pourrait être attribué à la baisse de température et de pression du pneu qui en résulte (ce que nous devons confirmer plus tard après une analyse détaillée des données).
De plus, le plus grand facteur du chrono apparaît être une baisse de 8/10 de seconde dans le secteur 2. Le run 1 a été similaire au premier run de Pecco en termes de chronos. »

Nous n’allons pousser plus loin l’analyse (oui, le tour de sortie a été lent mais pour Takaaki Nakagami et Jorge Martin également, ce qui ne les a pas empêché de réaliser leur meilleur tour ensuite) et encore moins nous instaurer juge entre les deux parties, mais une chose semble claire : Dorénavant, Michelin répondra point par point aux accusations explicites ou implicites des pilotes !

A bon entendeur…

 

 

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