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L’absence de Maverick Viñales au Mans ne laisse pas seulement un box vide chez Tech3 ; elle met en lumière une faille systémique du règlement MotoGP. En forçant les écuries à aligner une machine après deux forfaits, la FIM et la Dorna privilégient l’exposition des sponsors au détriment, parfois, de la cohérence sportive et de l’intégrité physique des pilotes. Voici pourquoi le retour de Jonas Folger, bien que romantique sur le papier, suscite de vives inquiétudes dans le paddock.

Maverick Viñales manquera le Grand Prix de France. Son épaule le lâche encore. Tech3, contrainte par le règlement MotoGP (deux Grands Prix d’affilée avec une seule moto en piste = obligation de trouver un remplaçant), a rappelé Jonas Folger. L’Allemand, 32 ans, n’a plus piloté de MotoGP depuis 2023. Il débarque au Mans sans préparation, sans rythme, sans connaissance des systèmes d’abaissement, de l’aéro moderne, ou des pneus Michelin 2026.

Le risque ? Un accident, comme celui de Takuya Tsuda chez Suzuki en 2022. La marque nippone avait offert une Wild-card à son pilote d’essai à Motegi, et le spectacle avait été affligeant. Avait-il été dangereux ? Oui. La FIM avait même dû modifier son règlement (passage de 107 % à 105 %). Alors pourquoi KTM prend-elle ce risque ? Pour plaire aux sponsors, pour remplir un quota, pour faire du chiffre. L’aspect sportif, lui, est oublié. Et la sécurité des pilotes, aussi.

Le MotoGP est un sport exigeant. Les pilotes qui y participent sont des athlètes de haut niveau, entraînés, préparés, au fait des dernières évolutions techniques. Monter une MotoGP, ce n’est pas comme enfourcher une moto de série. C’est un concentré de technologie, d’électronique, d’aérodynamique.

Jonas Folger

« Ce sera difficile, c’est certain » : Jonas Folger, victime ou acteur au Mans ?

Alors, quand un pilote comme Jonas Folger, 32 ans, sans contrat MotoGP depuis 2023, sans préparation, sans connaissance des nouveaux systèmes (holeshot device, aero updates, pneus Michelin 2026), débarque pour remplacer un blessé, on a le droit de s’inquiéter.

Pourquoi Tech3 fait-elle appel à Folger ? Parce que le règlement MotoGP l’exige. Après deux Grands Prix consécutifs avec une seule moto en piste (Viñales étant blessé), l’équipe doit aligner un second pilote. Même s’il n’est pas prêt. Même s’il n’a jamais roulé sur la dernière version de la KTM. Même s’il risque de se blesser, ou de blesser quelqu’un d’autre.

La règle a été pensée pour protéger les sponsors (qui paient pour voir leurs stickers sur deux motos) et pour maintenir un spectacle minimal (deux pilotes par équipe). Mais elle ignore complètement le volet sécurité.

En 2022, Suzuki a offert une Wild-card à Takuya Tsuda, son pilote d’essai, pour le Grand Prix du Japon. Tsuda, respecté dans son pays, n’avait plus piloté en MotoGP depuis des années. Il a débarqué à Motegi sans préparation, sans rythme.

Résultat : lent à chaque séance, dangereux dans les trajectoires (les pilotes devaient slalomer entre lui), et finalement victime d’un incendie sur sa moto en course. Un fiasco.

La direction de course a dû agir. Le délai de qualification, fixé à 107 % du temps de la pole (soit 1’45 »000 sur un tour en 1’40 »000), a été réduit à 105 % (1’45 »000 deviendrait 1’45 »100, un écart plus serré). Officiellement pour « améliorer la sécurité ». Officieusement, pour éviter qu’un pilote trop lent ne crée un accident.

Le problème, c’est que cette règle n’empêche pas un pilote lent de participer. Elle permet juste aux commissaires de l’exclure s’il est vraiment trop lent. Mais rien n’oblige l’équipe à ne pas l’aligner.

Jonas Folger, lui, n’est pas un débutant. Il a disputé 19 courses en MotoGP (dont un podium au Sachsenring en 2017). Il a remplacé Pol Espargaró en 2023. Il connaît le paddock, les équipes, les circuits.

Mais la MotoGP a évolué depuis 2023. Les systèmes d’abaissement, l’aérodynamique, les réglages de hauteur, les pneus, tout a changé. Sans préparation, sans essais privés, il sera en difficulté.

« Ce sera difficile, c’est certain », a-t-il lui-même admis.

Alors pourquoi KTM et Tech3 n’ont-elles pas choisi un autre pilote ? José Antonio Rueda, ou Colin Veijer, autre jeune talent, auraient pu être intéressants. Mais le règlement n’oblige pas à prendre un pilote compétitif. Il oblige juste à aligner une deuxième moto.

Alors, oui, Jonas Folger ne va peut-être pas se crasher. Il va peut-être rouler prudemment, rentrer dans les temps, et terminer la course. Mais à quoi bon ? Pour quelques miettes de sponsors ? Pour que KTM évite une amende ?

Le MotoGP devrait réfléchir à modifier sa règle. Les équipes devraient pouvoir engager un pilote d’essai compétent, formé pour l’occasion, ou bénéficier d’un joker pour ne pas avoir à aligner de second pilote si le niveau de sécurité n’est pas atteint. Attendre un nouvel accident pour réagir serait criminel.

Le retour de Jonas Folger en MotoGP est une bonne nouvelle pour lui. C’est une chance unique, sa dernière peut-être. Mais c’est aussi un risque énorme. Sans préparation, sans connaissance des nouvelles technologies, il risque de se mettre en danger, et de mettre en danger les autres.

Le règlement MotoGP, qui exige un remplaçant après deux absences, est inadapté. Il sacrifie la sécurité sur l’autel du spectacle et des sponsors. Espérons que le Mans ne tournera pas au drame. Le souvenir de Takuya Tsuda à Motegi devrait hanter les esprits. Et nous rappeler que la vitesse, sans préparation, c’est le chaos.

Jonas Folger au Mans, c’est l’histoire d’un règlement qui se mord la queue. Pour éviter de voir une moto au garage, on prend le risque d’avoir un pilote dangereux en piste. La règle des 105 % sera son seul juge de paix.

Jonas Folger

 

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