Après être arrivé en Grand Prix à la fin du siècle dernier en représentant Benetton avec la Honda 250 officielle de Tohru Ukawa (quatrième en 1998 derrière Capirossi, Rossi et Harada sur Aprilia), le Piémontais Livio Suppo est ensuite venu chez Ducati en Superbike. Puis il est parvenu en MotoGP avec Casey Stoner, qu’il emmena avec lui chez Honda en 2011, quand l’Australien remporta son deuxième titre mondial en MotoGP.

Livio a ensuite quitté le monde des GP en 2017, voyageant désormais beaucoup moins et passant plus de temps avec sa famille, tout en conservant des contacts avec l’univers de la course au plus haut niveau.

Votre carrière de manager en MotoGP peut être divisée en deux parties : l’une chez Ducati et l’autre chez Honda. Vous avez travaillé avec deux pilotes capables de marquer leurs époques respectives, Casey Stoner et Marc Márquez

« Deux des plus grands talents de ces dernières années. De manière caractéristique, je dirais qu’ils sont diamétralement opposés. Marc est très extraverti, Casey est enclin à être plus fermé, il a vécu plus de choses difficiles. Marc arrive à vivre la vie, et pas seulement le sport, avec une incroyable positivité, et je pense que c’est sa principale force » a expliqué Suppo à Serena Zunino de Motosprint.

Avez-vous un souvenir particulier des deux ? Commençons par Stoner. 

« Avec Casey, je me souviens de la soirée du Motegi 2007, où il a obtenu son titre de Champion du Monde. Nous en étions au dîner et il a dégusté un verre de vin rouge, son seul verre d’alcool de la journée. »

« Il m’a dit qu’il se rendait compte qu’il avait gagné le Championnat du Monde et qu’il allait gagner beaucoup d’argent aussi. C’était un garçon de 21 ans à l’époque, et au lieu de faire la fête comme un fou toute la nuit, il est resté très calme.  »

Et Márquez ?

« Je me souviens que Marc m’a dit que lorsque nous avons signé le premier contrat en 2011, je lui ai dit que j’appréciais sa gentillesse et sa spontanéité, mais qu’il changerait probablement avec le temps, l’argent et le succès. »

« Quand j’ai quitté la MotoGP, lui qui avait déjà remporté quatre titres en cinq ans, n’avait pas du tout changé. Il est appréciable qu’un pilote qui devient riche et célèbre en quelques années garde les pieds sur terre comme ça. »

Imaginons qu’ils s’affrontent, qui remporterait le titre ?

« Je pense que Marc aurait un avantage, précisément en raison de sa capacité à surmonter les moments difficiles avec positivité. Si Casey avait vécu les difficultés d’une manière moins pénible, il aurait gagné davantage. »

« Si en 2008 à Laguna Seca (où il a chuté en duel avec Rossi, NDLR) il était resté calme, sans vouloir montrer qu’il était très rapide, il aurait pu remporter le titre. »

« Au niveau du talent, il aurait été formidable de les voir ensemble, et si Casey n’avait pas pris sa retraite à la fin de 2012, ils auraient couru ensemble sur Honda. »

Que pensez-vous qu’il manque à Ducati aujourd’hui pour gagner ?

« La même chose qui manque à Yamaha et Suzuki… Au cours des trois dernières années, Andrea Dovizioso a terminé deuxième, devant tout le monde. Le problème, c’est que pendant ces années avec Marc, on ne peut pas gagner. »

« Lorsqu’un pilote possède ce petit quelque chose de plus que tous les autres, il fait seul sa course à lui. Et si l’on regarde les résultats de l’autre Honda, la différence que Márquez réussit à faire est encore plus évidente. »

Photos © Ducati



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