Que se passe-t-il dans la tête d’un champion comme Marc Marquez pendant un week-end de Grand Prix ? La réponse est sans doute plus extrême que ce que beaucoup imaginent. Pour le pilote Ducati Lenovo, le MotoGP n’est pas seulement un métier ou une passion : c’est une immersion totale qui efface presque tout le reste de son existence pendant quatre jours.
Dans un entretien accordé à la chaîne YouTube Soy Blak, le nonuple champion du monde s’est livré avec une rare sincérité sur sa préparation mentale, les séquelles laissées par ses blessures et sa façon presque obsessionnelle de vivre la compétition.
Marc Marquez ne s’en cache pas : lorsqu’un Grand Prix commence, son cerveau se met littéralement en mode MotoGP. « Ma compagne le sait parfaitement, tout comme ma famille : le week-end, tout ce qu’ils me disent du jeudi au dimanche, sans rapport avec la moto, je ne m’en souviens pas. Même ce qu’ils me disent le lundi, après le Grand Prix, je ne m’en souviens pas non plus. »
Une déclaration qui illustre parfaitement ce qui distingue les plus grands champions. Le MotoGP ne représente pas seulement quelques heures passées sur une moto. C’est un état mental permanent qui monopolise toute leur capacité de concentration. Cette capacité à se couper du reste du monde explique peut-être pourquoi Marquez demeure, après plus de quinze ans au plus haut niveau, l’un des pilotes les plus redoutables du plateau.
Cette immersion totale a cependant un prix. Le sommeil devient souvent un luxe lors des week-ends de course. « L’adrénaline que l’on ressent après un sprint ou une course fait qu’on ne dort pas beaucoup. »

Marc Marquez : Une épaule qui lui rappelle chaque jour son passé
Une fois de retour dans sa chambre d’hôtel, le cerveau du pilote espagnol continue de tourner à plein régime. Les pneus, les réglages de la moto, les dépassements ou encore les trajectoires occupent toujours ses pensées pendant plusieurs heures. La course ne s’arrête finalement jamais vraiment au drapeau à damier.
Même s’il a retrouvé le sommet du MotoGP, les blessures qui ont failli mettre un terme à sa carrière continuent de l’accompagner au quotidien. « On vit avec cette gêne. Évidemment, dormir sur le côté droit est interdit ; je dois dormir sur le gauche à cause de mon épaule. »
Marc Marquez explique même que lorsqu’il se retourne inconsciemment durant son sommeil, la douleur est suffisamment importante pour le réveiller immédiatement.
Une réalité qui rappelle que le pilote que nous voyons aujourd’hui dominer certains week-ends de Grand Prix n’est plus tout à fait celui qui remportait ses titres mondiaux avant 2020. Son corps lui rappelle quotidiennement le prix payé pour poursuivre sa carrière.
Comme tous les pilotes du plateau, Marquez prépare déjà la révolution technique qui attend le MotoGP en 2027 avec l’arrivée des moteurs de 850 cc et des pneus Pirelli. L’Espagnol estime cependant que les spectateurs ne percevront pratiquement pas la baisse des performances. « Elles sont plus lentes, mais je ne pense pas que le public dans les tribunes s’en aperçoive. »
Son principal regret concerne plutôt l’aérodynamique. « J’aurais souhaité qu’ils en réduisent beaucoup plus. » Une déclaration qui confirme ce que de nombreux pilotes réclament depuis plusieurs saisons : des motos moins dépendantes de leur appui aérodynamique afin de favoriser les dépassements et des courses plus spectaculaires.
Interrogé sur ses départs souvent exceptionnels et sa capacité à prendre les bonnes décisions dans les premiers virages, Marc Marquez révèle que son plus grand talent repose sur son instinct. « C’est l’instinct, et c’est ce que je fais de mieux : suivre mon instinct et improviser. »
Une qualité que l’on retrouve chez tous les plus grands champions. Si les simulations et les stratégies occupent une place grandissante dans le sport moderne, Marc Marquez continue de faire confiance à ce qui l’a toujours rendu unique : sa capacité à prendre la bonne décision en une fraction de seconde.
Contrairement à de nombreux athlètes de haut niveau, Marc Marquez n’a jamais travaillé avec un psychologue du sport. Son équilibre mental repose avant tout sur son entourage. « Mon plus grand soutien psychologique, c’est mon entourage proche. »
L’une des règles qu’il s’impose également est de se couper totalement des réseaux sociaux durant les week-ends de Grand Prix afin d’éviter toute distraction inutile. Une méthode simple mais particulièrement efficace à l’heure où l’exposition médiatique des sportifs n’a jamais été aussi importante.
Enfin, Marquez a livré un conseil particulièrement intéressant à destination des sportifs traversant une longue convalescence. Lui qui a vécu plusieurs opérations et des mois de rééducation sait mieux que quiconque combien le temps peut devenir un allié. « Le corps est sage ; il se souvient, mais il oublie aussi. » Avant d’ajouter cette phrase qui résume sans doute toute sa carrière depuis 2020 : « Le corps oublie le mauvais et se souvient du bon. »
Une philosophie qui explique probablement pourquoi Marc Marquez continue, malgré les cicatrices physiques et mentales laissées par ses blessures, à se battre pour écrire de nouvelles pages de sa légende.










