Le Grand Prix du Qatar peut être considéré comme un test de résistance passé dans la relation établie entre Johann Zarco et l’usine KTM. La fin d’un cycle, l’abandon de certaines illusions et la mise au rencart de fausses certitudes. Les deux parties en sont à présent convaincues : la moto ne peut pas être métamorphosée pour le pilote, mais le pilote et la moto doivent trouver un accord à partir duquel ils vont devoir construire leur histoire. Le patron sur la piste Pit Beirer raconte comment on en est arrivé là au soir d’une prestation à Losail tendue. Mais salvatrice.

KTM avait pourtant des motifs de satisfaction en quittant le tracé de Losail. Ces deux dernières années, la firme de Mattighofen n’avait jamais ramené de points de ce rendez-vous à Doha. Cette fois, elle repartait avec les points de la douzième place d’un Pol Espargaró à un peu plus de douze secondes du vainqueur. Et sa nouvelle recrue Johann Zarco en récolté un autre, celui de la quinzième position.

Mais personne n’avait le sourire chez KTM. Car on attendait mieux. Notamment d’un pilote : Johann Zarco. L’homme qui commande sur terrain les chemises oranges Pit Beirer annonce ainsi la couleur : « lorsque vous avez été en pole position au Qatar l’année précédente, comme Johann Zarco, jouer contre Oliveira n’est pas le niveau que vous souhaitez avoir ».

Une introduction qui nous fait entrer dans les coulisses du box KTM : « il est évident que Johann a des difficultés et que nous ne les avons pas résolues. Il n’est pas à l’aise avec la moto. Et lorsqu’un pilote n’est pas à l’aise avec sa moto à la veille d’un Grand Prix, alors on peut avoir les nerfs en pelote ».

Il rappelle : « à Sepang, lors du test, il a déclaré qu’il se sentait mieux avec le pneu avant. Il l’a dit à qui voulait l’entendre. Mais le fait est que le samedi, au Qatar, le ton était un peu plus dur. Ce n’est jamais agréable. Mais il n’existe pas de revirement en une demi-heure. La mauvaise direction a certainement été prise dans les réglages faits sur la moto de Johann. On savait après les qualifications du samedi que le vent ne tournerait pas dimanche en course. On s’était résigné à ne pas être en mesure de bien aborder ce début de saison. Mais je suis satisfait du fait qu’il soit resté en course et qu’il l’ait terminée. Maintenant on peut travailler et avancer ».

Cela étant dit, Pit Beirer ne jette pas la pierre à son équipe… « Il va falloir se mettre au boulot. Johann avait quelque chose en tête à Doha qui n’a pas marché. Il savait qu’il pouvait faire la pole position au Qatar avec son style de pilotage appliqué sur sa moto de l’an dernier. Il était obsédé par ça, il nous l’a lancé à la figure à chacun de nous. Il ne voulait pas s’adapter à la moto. Il voulait piloter comme il le faisait en 2018. Il voulait piloter la KTM comme ça ».

« Mais à un moment donné, il a dû changer et accepter que ce n’est jamais la même moto et que toutes les motos ont aussi des qualités qui leurs sont propres. Vous devez mettre en exergue ces autres qualités. Nous savons tous à présent que nous ne pouvons pas faire une autre Yamaha. Mais peut-être pouvons nous faire une KTM encore meilleure ».

Au micro de Speedweek, il termine sur le box de Zarco : « je n’ai rien à dire contre le chef mécanicien Marcus Eschenbacher. S’il y avait des reproches à faire, je commencerais par moi-même. C’est moi qui commande le tout. Et si je remettais en cause mon équipe dès le premier Grand Prix, je serais alors un bien mauvais patron. Nous sommes en pleine construction. Et nous allons bâtir. On va résoudre les problèmes et on aura du plaisir avec Zarco chez KTM ».

 

 


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