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Gigi Dall'Igna

À première vue, Ducati a toutes les raisons de savourer son retour au premier plan. Deux victoires consécutives de Marc Marquez, un Pecco Bagnaia de nouveau capable de gagner en Sprint et d’enchaîner les podiums, une Desmosedici redevenue la référence sur des circuits aussi différents que Balaton Park et Brno : le constructeur italien traverse probablement sa meilleure période depuis le début de la saison. Et pourtant, en écoutant attentivement Gigi Dall’Igna à Brno, on découvre un discours étonnamment prudent, presque méfiant vis-à-vis de l’euphorie ambiante.

Le directeur général de Ducati Corse ne nie évidemment pas l’excellente dynamique actuelle. Il constate simplement que beaucoup s’empressent déjà de présenter la remontée de Marc Marquez comme une conséquence directe des difficultés rencontrées par Aprilia.

Une lecture qu’il refuse. « Sans aucun doute, Aprilia a eu beaucoup de malchance lors de ces deux dernières courses. »

La phrase évite toute forme de triomphalisme. Là où certains pourraient être tentés de réduire l’écart au championnat à la suspension de Marco Bezzecchi ou à la pénalité infligée à Jorge Martin, Dall’Igna rappelle une réalité plus nuancée : Aprilia reste un adversaire extrêmement solide et ses difficultés récentes ne doivent pas masquer le niveau affiché depuis le début de saison.

Mais dans le même temps, le patron de Ducati refuse tout autant que l’on minimise le travail accompli à Borgo Panigale. « Je pense que nous avons fait notre part, dans le sens où la moto fonctionne bien sur de nombreux circuits. Et nos pilotes aussi, car il y en a beaucoup qui roulent devant, pas seulement Marc. »

Pour Dall’Igna, la différence fondamentale entre Ducati et ses rivaux réside dans la profondeur de son dispositif. Marc Marquez gagne. Pecco Bagnaia gagne également. Fabio Di Giannantonio reste régulièrement aux avant-postes. Autrement dit, les résultats ne reposent pas sur un seul homme ni sur un concours de circonstances favorable. Ils reposent sur un ensemble technique et sportif capable d’être performant chaque week-end.

Le dirigeant italien insiste d’ailleurs sur ce point. « Pecco a également gagné le sprint samedi et a quatre podiums consécutifs. Nous nous battons pour les positions qui comptent, et en ce moment, c’est la chose la plus importante pour nous. »

À Brno comme à Balaton Park, le constructeur italien a montré qu’il possédait plusieurs cartes dans son jeu. Et dans un championnat aussi long, cette diversité constitue souvent une arme décisive.

Gigi Dall’Igna : « Pour moi, Pecco a aussi la possibilité de gagner »

Cependant, le passage le plus intéressant de son intervention concerne sans doute sa réflexion sur la notion de chance. Alors que beaucoup expliquent la spectaculaire remontée de Marquez par l’enchaînement de malheurs qui frappe Aprilia, Dall’Igna adopte une vision beaucoup plus globale.

« J’ai toujours pensé que la malchance, à la fin de l’année, s’équilibre plus ou moins. Nous avons eu notre part de malchance dans la première partie de la saison, donc si un peu de bonne chance nous sourit maintenant, personne ne peut dire quoi que ce soit à ce sujet. »

Pour lui, un championnat du monde ne se résume jamais à quelques incidents isolés. Sur une saison entière, les blessures, les abandons, les problèmes techniques ou les erreurs humaines finissent généralement par se répartir entre les différents prétendants.

L’essentiel est donc moins de compter les coups du sort que de s’assurer que la moto et l’équipe soient prêtes lorsque les opportunités se présentent. Et c’est précisément ce qui semble aujourd’hui satisfaire le dirigeant italien. « Nous avons bien travaillé et ajusté certains détails de la moto que nous pensions ne pas fonctionner assez bien. »

Depuis plusieurs mois, Ducati répétait que certains aspects de la Desmosedici n’offraient pas le niveau de performance attendu. Les succès récents laissent penser que plusieurs réponses ont été trouvées.

Pour autant, Dall’Igna refuse catégoriquement de considérer le travail terminé. « Nous avons encore beaucoup de travail à faire avant d’atteindre la fin de la saison. » Cette prudence réapparaît lorsqu’il est interrogé sur le championnat.

Alors que Marquez n’est plus qu’à quarante points de Marco Bezzecchi et que l’élan semble désormais du côté de Ducati, beaucoup s’attendent à voir l’équipe concentrer toutes ses ressources sur l’Espagnol.

Gigi Dall’Igna balaie immédiatement cette idée. « Pour moi, Pecco a aussi la possibilité de gagner. »

Une phrase qui interpelle : à ses yeux, le championnat n’est pas devenu un duel Marquez-Aprilia. Bagnaia reste un acteur majeur de l’équation.

Et tant que les mathématiques le permettent, Ducati entend préserver ses deux cartes maîtresses. « L’important est d’avoir les deux pilotes dans les meilleures conditions possibles pour se battre lors des courses, avant tout. Nous penserons au Championnat du Monde plus tard — ce n’est pas le moment de faire les comptes encore. »

Finalement, ce qui ressort de l’ensemble de ses déclarations sur Sky Sport, c’est une impression de sérénité méthodique. Là où beaucoup voient un championnat bouleversé par les incidents d’Aprilia et par la remontée spectaculaire de Marquez, Gigi Dall’Igna continue de raisonner comme un ingénieur.

Il ne parle ni de revanche, ni de miracle, ni même de titre. Il parle de travail, de données, d’équilibre et de progression. Et c’est peut-être précisément ce qui rend Ducati aussi dangereux aujourd’hui. Parce qu’au moment où tout le paddock commence à regarder le classement, ceux qui dirigent la marque italienne semblent toujours regarder la moto.

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