Alors que le MotoGP s’apprête à entrer dans une nouvelle ère technique en 2027 avec les moteurs de 850 cc, les pneus Pirelli et plusieurs nouveaux circuits, une autre question anime les coulisses du championnat : celle de son expansion. Après le départ de Suzuki fin 2022, la catégorie reine ne compte plus que cinq constructeurs, et beaucoup s’attendaient à voir Dorna accélérer la recherche d’un sixième acteur afin de retrouver une grille parfaitement équilibrée. Pourtant, Carlos Ezpeleta, directeur sportif du MotoGP, assure que ce n’est pas la priorité.
Cette position peut sembler surprenante au moment même où plusieurs signaux convergent vers une montée en puissance de la Chine dans le sport motocycliste mondial. Entre les ambitions affichées de CFMOTO, les investissements massifs des industriels chinois et les discussions autour du retour d’un Grand Prix en Chine, le paysage est pourtant en pleine évolution.
Interrogé sur l’avenir du championnat, Carlos Ezpeleta a d’abord tenu à défendre la configuration actuelle du plateau. « Nous aimons le nombre de 22 motos et nous ne sommes pas convaincus qu’avoir davantage de motos sur la grille apporterait réellement quelque chose. »
Pour Dorna, la priorité est désormais de préserver la valeur sportive et économique des équipes existantes. Depuis le retrait de Suzuki, le MotoGP fonctionne avec cinq constructeurs, quatre équipes satellites directement soutenues par les usines et deux structures supplémentaires confiées à Ducati. Cet équilibre est aujourd’hui considéré comme satisfaisant.
Sur crash.net, Ezpeleta n’exclut toutefois pas l’arrivée d’un nouveau constructeur. « Bien sûr, les nouveaux constructeurs sont toujours les bienvenus, mais il existe un véritable processus pour entrer en MotoGP, et atteindre ce niveau est extrêmement difficile. »

Carlos Ezpeleta : « D’autres marchés nous intéressent, mais il ne faut pas être trop ambitieux »
Cette prudence intervient dans un contexte où, depuis plusieurs semaines, la Chine multiplie les initiatives qui la rapprochent progressivement des Grands Prix. CFMOTO a officiellement confirmé que le MotoGP constituait son objectif stratégique à long terme. Le constructeur chinois est désormais engagé en Moto3 et en Moto2, détient une participation majoritaire dans Kalex et poursuit un vaste programme d’investissements dans la compétition.
Parallèlement, la FIM a récemment inspecté le circuit de Ningbo en vue d’un possible retour du Championnat du monde Superbike en Chine, tandis que plusieurs discussions sont en cours autour d’un futur Grand Prix chinois.
Autrement dit, si le MotoGP ne cherche pas activement un sixième constructeur, il évolue dans un environnement où un candidat crédible pourrait émerger naturellement dans les prochaines années.
Sur le plan sportif, la saison 2027 apportera en revanche plusieurs nouveautés déjà actées. Le championnat retrouvera Buenos Aires, sur l’Autódromo Oscar y Juan Gálvez, absent du calendrier depuis 1999, tandis qu’Adélaïde remplacera Phillip Island pour accueillir le Grand Prix d’Australie. La saison débutera en Thaïlande du 5 au 7 mars, marquant officiellement l’entrée dans la nouvelle réglementation.
Carlos Ezpeleta précise néanmoins que cette ouverture restera mesurée. « Deux nouveaux circuits sont déjà confirmés et le calendrier est quasiment finalisé. D’autres marchés nous intéressent, mais il ne faut pas être trop ambitieux. Organiser un nouvel événement est quatre ou cinq fois plus complexe qu’un rendez-vous existant. »
Les déclarations de Carlos Ezpeleta ne traduisent pas un manque d’intérêt pour de nouveaux constructeurs, mais une volonté de privilégier une croissance maîtrisée. Dorna semble avoir tiré les leçons des dernières années : avant d’augmenter la taille de la grille, il faut garantir la solidité économique des équipes existantes et s’assurer que tout nouvel entrant possède les moyens techniques et financiers de s’inscrire durablement en MotoGP.
Dans cette perspective, la Chine apparaît comme le dossier le plus intéressant à suivre. Les investissements de CFMOTO, son implication croissante dans les catégories de promotion, l’intérêt renouvelé pour l’organisation d’un Grand Prix et même les démarches entreprises autour du circuit de Ningbo en WorldSBK montrent qu’une stratégie cohérente est en train de se mettre en place. Aucun de ces éléments ne garantit une arrivée prochaine d’un constructeur chinois en MotoGP, mais leur accumulation dessine une tendance claire.
En réalité, le MotoGP ne ferme aucune porte. Il semble simplement attendre que le moment soit le bon. Si CFMOTO poursuit son développement au rythme actuel, la question ne sera peut-être plus de savoir si un constructeur chinois rejoindra la catégorie reine, mais quand il sera prêt à le faire.










