Le MotoGP veut absolument courir au Qatar. Mais ses pilotes partagent-ils cette détermination ? Une révélation de Gavin Emmett, journaliste de TNT Sports, vient accentuer le malaise. Lors d’une réunion organisée vendredi soir à Sepang, seuls Marco Bezzecchi et Ai Ogura auraient exprimé leur satisfaction à l’idée de participer au Grand Prix de Losail. Deux pilotes sur Aprilia, face à un paddock largement inquiet.
Une réunion sans patrons ni officiels
Vendredi soir, les pilotes se sont retrouvés dans les bureaux de Yamaha, loin des responsables des équipes et du promoteur MotoGP Sports Entertainment Group. Une rencontre destinée à discuter librement du déplacement au Qatar, dans un contexte régional toujours instable.
Gavin Emmett en a révélé les coulisses pendant la retransmission des essais samedi. « Il y a eu une réunion hier soir sur le circuit entre les pilotes seuls. Pas de directeurs d’équipe, et pas de MotoGP Sports Entertainment Group. » Le journaliste précise que les échanges n’ont pas débouché sur une position unanime.
Mais une information retient particulièrement l’attention. « Seuls deux étaient contents d’y aller, et les deux sont des pilotes Aprilia : Marco Bezzecchi et Ai Ogura. » Une révélation spectaculaire, qui ne signifie toutefois pas que tous les autres pilotes ont décidé de boycotter l’épreuve.
Bezzecchi et Ogura : les deux exceptions Aprilia
Alors que la majorité du plateau exprimerait des réserves, les deux pilotes présentés comme favorables au déplacement appartiennent à la même famille technique. Marco Bezzecchi représente l’équipe officielle Aprilia. Ai Ogura défend les couleurs de TrackHouse, structure satellite du constructeur italien.
Faut-il y voir une position concertée ? Rien ne permet de l’affirmer. Aucune consigne du constructeur n’a été rapportée, et les deux pilotes n’ont pas confirmé publiquement cette présentation de leurs positions. Mais leur situation sportive ajoute une dimension intéressante.
Avec Jorge Martin blessé, Aprilia doit préserver ses chances au championnat. Bezzecchi reste notamment engagé dans la bataille pour les premières places. Pour autant, l’intérêt sportif ne saurait être assimilé à une acceptation personnelle des risques sécuritaires.
Des pilotes inquiets, mais pas nécessairement prêts au boycott du Qatar
Emmett apporte une nuance. « Je ne pense pas que quelqu’un ait dit : “Je ne veux vraiment pas y aller.” Mais c’était une conversation d’adultes. » Autrement dit, le malaise ne se traduit pas automatiquement par une volonté de confrontation. Les pilotes discutent, s’interrogent et cherchent à comprendre les garanties offertes.
Le problème est que ces discussions interviennent alors que les organisateurs semblent avoir définitivement arrêté leur décision. Selon Motorsport.com et Autosport, une absence injustifiée au Qatar pourrait entraîner des sanctions financières, voire une exclusion des Grands Prix du Portugal et de Valence.
Ces sanctions restent des possibilités rapportées, et non des décisions officiellement prononcées. Mais leur évocation suffit à modifier profondément le rapport de force.

Hodgson : « Un peu trop tard » pour discuter sur le Qatar ?
Ancien pilote et consultant de TNT Sports, Neil Hodgson s’interroge sur le calendrier de cette mobilisation. « Cela semble un peu trop tard pour avoir ces réunions. » Il rappelle que Carmelo Ezpeleta et les responsables du championnat travaillent depuis plusieurs semaines sur les dispositifs de sécurité.
Selon lui, les autorités qataries se seraient engagées à financer les mesures nécessaires en cas de difficultés. « Nous savons tous que la menace est significative, mais pour l’instant, c’est comme d’habitude. »
Cette formule résume le paradoxe de la situation. Le risque est reconnu, mais le programme reste inchangé.
Le MotoGP face à une question de confiance
La direction du championnat affirme disposer de garanties concernant l’évacuation, le rapatriement et les conséquences financières d’une éventuelle fermeture de l’espace aérien.
Mais la réunion de Sepang révèle une difficulté supplémentaire. Les dirigeants peuvent obtenir l’accord des équipes sans nécessairement convaincre les pilotes. Et si les informations d’Emmett se confirment, le décalage entre les deux camps serait considérable.
Alors, qu’est-ce qu’on retient ?
- Réunion : les pilotes ont discuté du Qatar sans leurs équipes ni les officiels.
- Révélation : selon Gavin Emmett, seuls Bezzecchi et Ogura se seraient montrés favorables au déplacement.
- Tension : les menaces de sanctions compliquent toute opposition collective.
Le MotoGP peut maintenir une course au calendrier et rappeler les obligations contractuelles. Mais il ne peut pas décréter la confiance. Et si seuls deux pilotes souhaitent réellement se rendre au Qatar, la question n’est plus seulement de savoir si le Grand Prix aura lieu : c’est de comprendre dans quel état d’esprit ses acteurs prendront le départ.





