L’actualité du MotoGP étant au ralenti ce weekend, les plaintes de certains pilotes imputant leur manque de résultats à leurs pneumatiques à Silverstone nous ont incité à nous poser la question suivante : « et s’il y avait autre chose ? ». Fruit d’une simple curiosité de passionné, cet article n’a aucune prétention, et surtout pas celle de trouver une réponse ou un enseignement pérenne. Simplement, nous avons pris le temps de revenir en arrière pour voir ce qui s’est vraiment passé durant le week-end en Grande-Bretagne…

Le résultat, on le connaît, avec la victoire de Fabio Quartararo devant Álex Rins et Aleix Espargaró, mais aussi les plaintes de Francesco Bagnaia concernant son pneu avant et Valentino Rossi concernant son arrière médium, cette dernière enveloppe ayant été utilisée par tous les pilotes cités ici.

 

Oliveira

 

Valentino Rossi : « Après 5-6 tours le pneu arrière s’est incroyablement dégradé du côté droit et je n’avais plus d’adhérence. C’était comme si le pneu avait brûlé et qu’ensuite la gomme avait perdu beaucoup de performance. J’ai commencé à perdre 1, 2, 3 secondes par tour, et j’ai essayé d’arriver à la fin mais j’étais très très lent. »

 

Les courbes illustrent parfaitement cette dégradation… à partir de 13 tours.

 

Les courbes montrent aussi l’accélération de Fabio Quartararo dès qu’il s’est retrouvé seul en tête, à partir du 5e tour, jusqu’à atteindre le meilleur tour en course en 2’00.098 au sixième tour.

Mais ce qu’elles n’illustrent évidemment pas, c’est la façon dont les pilotes ont travaillé durant tout le weekend, au fil des cinq séances permettant d’œuvrer pour la course, et nous n’incluons pas là dedans les qualifications.

Pour cela, nous nous sommes penchés dans les feuilles d’analyse disponibles sur le site officiel MotoGP.com et avons dressé le tableau suivant. Il y figure pour chaque pilote concerné chaque pneu arrière utilisé pour chacun de ses runs, avec l’indication des tours précédemment effectués dessus puis effectués dessus, et, dans les deux dernières colonnes, le nombre total de tours effectué avec la qualité de gomme choisie pour la course, puis le plus grand nombre de tours effectué avec un seul pneu pour pouvoir juger de sa résistance et de la vitesse de sa dégradation. Les roues indiquent les qualités de pneu qui ne seront pas utilisées en course (dure ou Soft)

 

 

Ce sont ces deux dernières colonnes qui sont les plus intéressants car, à défaut d’explications complètes, elles montrent néanmoins les faits irréfutables résumés ci-dessous.

Avec respectivement 22 et 21 tours, Fabio Quartararo et Aleix Espargaró sont les seuls qui ont testé un pneu arrière médium sur au moins la durée totale de la course (20 tours).
Francesco Bagnaia s’en est approché avec 18 tours mais, on ne sait pas pourquoi, a effectué tout son warm up en pneu tendre.
À l’inverse, Álex Rins a effectué la FP4 en pneu dur, ce qui fait qu’il n’a finalement essayé le pneu arrière médium que durant 14 tours.
Valentino Rossi, lui, a hésité entre le médium et le dur, essayant ce dernier 12 tours en FP2 puis à nouveau 6 tours en FP4 : Autant de tours en moins avec le médium qu’il utilisera finalement pour la course.
On peut aussi dire que Fabio Quartararo a eu de la chance dans son malheur : sa spectaculaire chute en FP2 avec le pneu dur lui a tout de suite fait comprendre qu’il n’allait pas s’en servir en course. Autant de temps supplémentaire passé sur le médium qui allait s’avérer bénéfique…

On retrouve globalement cette même hiérarchie avec le nombre de tours effectués par chaque pilote sur plusieurs pneus médium : Cette fois, Aleix Espargaró détient la palme avec 58 tours, le pilote espagnol n’ayant jamais perdu de temps à essayer le pneu dur. Suivent Fabio Quartararo avec 56 tours, Francesco Bagnaia avec 54 tours, Álex Rins avec 41 tours et Valentino Rossi avec seulement 38 tours.

 

 

14 tours ou 22 tours : Quelle différence ?

Au final, en prenant les deux extrêmes, Álex Rins a testé le pneu arrière médium sur 14 tours, Fabio Quartararo sur 22. On pourrait penser que cela ne fait pas grande différence, la course en comportant 20. Mais on n’est pas dans un monde où ” si ça tient 14, ça va bien en tenir 20… “.
D’abord, tous ces nombres doivent en quelque sorte être revus à la baisse car ils incluent les tours de sortie et de rentrée, effectués sur un rythme plus lent que celui de la course. Les pneus y sont moins sollicités, et donc se dégradent moins.

En effectuant 56 tours sur des pneus médium et en en testant un sur 22 tours (en FP4 + warm up), Fabio Quartararo a non seulement pu régler sa machine en conséquence mais a pris le départ en connaissant pertinemment le potentiel de son pneumatique.

À l’extrême inverse, Álex Rins a pris le départ avec un pneu arrière dont il connaissait pas réellement la dégradation après une dizaine de tours. Dans ce sens, on peut penser que le pilote Suzuki a bénéficié d’une certaine chance

Entre les deux, ce n’est visiblement pas le cas pour Valentino Rossi, mais d’un autre côté le multiple champion italien n’avait pas non plus mis toutes les chances de son côté en hésitant entre le dur et le médium…

À part saluer les décisions judicieuses d’Aleix Espargaró, nous n’irons pas plus loin dans cette étude (qu’il faudrait refaire avec les pneus avant pour être complète) qui montre quand même que, oui les caractéristiques de la moto sont importantes, oui le talent du pilote l’est également, non la chance n’est jamais à négliger en course, mais le travail effectué et les décisions prises lors des essais sont également une pièce potentiellement très importante du puzzle qui se conclut le dimanche vers 14h45…

A cet égard, Fabio Quartararo et Aleix Espargaró ont clairement joué en maître à Silverstone, mais il est bien sûr plus facile pour certains de ne pas voir cela et de crier à un complot ” Michelin pro Quartararo “…

 

 




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