Moto GP
Publié le 20 juillet 2026 • 20:30 par Nicolas Pascual

Parlons MotoGP : Je suis inquiet pour Alex Marquez, voici pourquoi

Alex Marquez rejoindra KTM en 2027, mais tout n’a pas été dit à ce sujet. Ce transfert m’inquiète beaucoup, et voici pourquoi.

Alex Marquez

L’année prochaine, Alex Marquez rejoindra l’équipe d’usine KTM avec Fabio Di Giannantonio. La nouvelle date un peu, mais je n’en avais pas encore parlé dans cette rubrique. Et, honnêtement, je ne suis pas très enthousiaste à ce sujet.

 

Un pilote très fort… mais

 

je n’ai pas réellement de doutes quant au potentiel d’Alex Marquez. Ce type m’impressionne depuis qu’il est en Moto3, et je l’ai critiqué de 2022 à 2024, car, justement, j’en attendais beaucoup. En 2025, il a révélé son talent, et, enfin, a répondu à mes attentes peut-être injustement élevées, à vous de me le dire. En tout cas, sachez que j’ai beaucoup de respect pour ce pilote qui évolue de facto dans l’ombre de son frère, ce qui doit être bien plus pesant que ce que l’on imagine. C’est un homme capable de s’imposer, oui, comme beaucoup d’autres, mais aussi capable de se forger une dynamique très longue, d’être bon sur tout un exercice. Sa campagne 2025 était à peine croyable, et il a largement surclassé tous les autres pilotes Ducati, en plus d’être le seul qui pouvait parfois tutoyer son frangin Marc.

 

Alex Marquez
Cette référence à Gibernau 2003, je ne m’en remets pas. Photo : Michelin Motorsport

 

Bien sûr, il n’est pas parfait. Alex Marquez a quelques défauts qui le retiennent, d’après moi, de faire encore mieux. Le plus évident est sans aucun doute son manque de discernement au moment de doubler celui qui le devance, sauf quand il s’agit de Marc Marquez, pour qui il est beaucoup plus patient – factuellement. Le pilote Gresini est assurément l’un des plus durs sur l’homme, pour ne pas dire l’un des plus sales, sur chacune de ses attaques. Ça se vérifie malheureusement trop souvent, et ce n’est pas la grille qui me contredira. Je crois qu’à l’heure actuelle, je peux trouver des témoignages de tous les pilotes sans exception qui appuieront mes propos.

J’ai aussi quelques doutes sur son mental. Parfois, il donne l’impression de ne pas y croire, de s’avouer vaincu facilement. En 2025, alors qu’il était aussi solide que surprenant, il disait ne pas viser le titre dès le premier Grand Prix (!) Mais pourquoi affirmer ceci, quand il est possible de s’en sortir avec une décla’ beaucoup plus conventionnelle ? Comme s’il avait fermé cette porte au lieu d’y mettre le pied. Et puis, il l’a répété au fil de l’année, alors qu’il était bien placé, et même après avoir remporté ses deux premières victoires en catégorie reine. À Valence, sa moto arborait une livrée argentée pour célébrer… la deuxième place du championnat. Je crois que c’est la première fois que ça arrive, et ça en dit long. Un de mes collègues disait qu’il n’avait pas cette obsession maladive du titre, et je crois qu’il a raison.

Alex Marquez arrive chez KTM avec ces questionnements légitimes, mais, pour résumer, je ne suis pas inquiet de sa forme. S’il est à 100 % physiquement (car il s’est pas mal blessé ces dernières saisons), nul doute qu’il performera. Reste à savoir ce que vaudra la KTM 850cc… et mes doutes viennent de là.

 

Alex Marquez et surtout KTM, un mauvais pressentiment

 

En fin d’année, je vous ferai des articles sur ce que j’attends de chaque constructeur pour la prochaine ère à venir. Sachez qu’il est impossible de prévoir la future hiérarchie. Ne vous fiez à rien : même pas aux temps réalisés lors des essais officiels, car on ne sait pas ce que les motos embarquent comme essence, les pneus utilisés, les réglages, et tout simplement si les marques se donnent à fond ou cachent leur jeu. Mon avis est purement basé sur un pressentiment et la dynamique actuelle.

Pour la première fois aujourd’hui, il faut que je vous avoue quelque chose. J’ai l’impression que KTM va figurer en dernière position au classement constructeur 2027. Je ne peux pas l’expliquer de manière certaine, mais plusieurs éléments poussent ma réflexion en ce sens.

 

Alex Marquez
Alex Marquez, personnellement, ne fait pas un mauvais choix. KTM lui offre un poste de pilote d’usine sans doute très bien payé, ce n’est pas négligeable. Photo : Michelin Motorsport

 

Premièrement, KTM n’est déjà pas au top actuellement. Si l’on enlève Pedro Acosta de l’équation, les Autrichiens seraient au niveau des Japonais. D’ailleurs, même avec le crack espagnol, ils sont largement décrochés par Aprilia et Ducati, et pas si loin devant Honda. Au regard de l’histoire, la probabilité qu’un constructeur passe des positions les moins prestigieuses aux meilleures n’est pas nulle, mais, en règle générale, ceux qui gagnaient avant gagnent après. Vous pouvez étudier attentivement tous les changements de réglementation en Formule 1, par exemple, et constater que les surprises sont assez rares, même si elles existent marginalement. La hiérarchie du temps long n’est que rarement bousculée.

Deuxièmement, côté pilotes, Mattighofen s’affaiblit et ne se renforce pas. Pour 2027, on nous vend des machines sur lesquelles les pilotes pourront faire la différence, sur lesquelles ils auront un plus grand impact sur la performance. Le truc, c’est que ni Di Giannantonio ni Alex Marquez ne me paraissent aussi forts qu’Acosta. Pendant ce temps-là, Yamaha récupère Jorge Martin et Ai Ogura, tandis que Honda va aligner, a priori, un duo David Alonso/Fabio Quartararo. Comparé à Mir/Marini et à Quartararo/Rins, je crois que les deux autres équipes mentionnées se renforcent.

Troisièmement, et c’est le plus important : KTM ne m’inspire pas confiance depuis les problèmes financiers de la fin 2024. À l’époque, on avait bien cru que c’en était fini de la marque orange en MotoGP. Bon, ils sont restés, aussi grâce à l’investissement de Bajaj, mais arrivez-vous à imaginer certainement le futur de notre sport avec eux ? Personnellement, j’ai du mal, j’ai toujours l’impression que si une marque doit quitter le Continental Circus, ça sera KTM, avant les Japonais. Et ces ennuis ont directement affecté le département course ; Beirer disait que les pilotes avaient parfois besoin d’être rassurés, tandis qu’Acosta s’est beaucoup plaint, en 2025, de la stagnation de l’entreprise – ce qui précipite sans doute son départ. Là où il y a des pistes d’espoir et une vraie volonté d’avancer chez Yamaha et Honda (avec l’initiative du V4 pour les bleus et la nomination d’Albesiano chez Honda, par exemple), KTM régresse, en réalité, depuis 2023 et peut-être depuis 2020/2021, où ils étaient beaucoup plus proches de la tête.

Alex Marquez arrivera dans cet environnement, et c’est pour cette raison que je ne suis pas particulièrement optimiste à son égard. Mais après tout, je n’en sais rien, et autant, KTM va faire comme Brawn GP en 2009 et trouver la faille dans le règlement qui lui permettra de truster les quatre premières places à chaque sortie.

Pensez-vous que je me trompe quant au futur de KTM ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

L’affaire Vinales est quand même assez révélatrice d’un certain malaise chez KTM. Et puis, Tech3 est dirigée par Günther Steiner depuis peu. Ces petits signaux faibles m’inquiètent. Photo : Michelin Motorsport

 

Photo de couverture : Instagram Alex Marquez