Plus solide adversaire de Jonathan Rea cette saison, le pilote turc souhaite concentrer tous ses efforts dans la quête du titre, avant de penser éventuellement à un passage en MotoGP…

Il est l’homme fort du moment en Superbike : Toprak Razgatlioglu n’en finit plus d’impressionner dans le championnat des motos dérivées de la série, tenant la dragée haute au sextuple Champion du monde de la catégorie, Jonathan Rea. Les deux hommes sont repartis ex-aequo de la septième manche en Navarre, et promettent de se livrer encore de rudes batailles pour l’obtention du titre en fin de saison, alors que six manches restent encore à disputer.

Pourtant, Razgatlioglu a bien failli tout perdre à Assen fin juillet, lorsqu’il fut victime d’un accrochage fratricide avec Garrett Gerloff au départ de la Course 2, alors que dans le même temps Rea signait un triplé qui aurait pu le mettre définitivement à l’abri au classement général. Le pilote turc est d’ailleurs alors passé tout près de baisser les bras, relégué à plus d’une victoire du pilote Kawasaki, un écart normalement rédhibitoire face à un rival du calibre de Rea.

 

La lutte pour le titre, une situation inédite

Mais il a réussi à se relancer, en partie en faisant fi des enjeux au championnat et de cette situation nouvelle et déroutante qu’a pu constituer pour lui cette lutte pour le titre. « Cette saison je suis très surpris car c’est la première fois que je suis très proche de Johnny [Jonathan Rea] », déclare-t-il ainsi au micro du site officiel du Superbike. « J’étais un peu stressé, et après la manche d’Assen je me suis dit que le championnat était plié, mais j’ai tout de même réussi à revenir dans la course. Je ne considère pas le championnat, j’essaie simplement de gagner chaque course qui se présente. Avant je prêtais trop d’attention au championnat, et cela me rendait nerveux. »

Il faut dire que ce duel face à Rea renvoie presque à un complexe d’Œdipe pour Razgatlioglu, chaperonné lors de ses deux premières saisons complètes en Superbike, alors qu’il évoluait sur Kawasaki (pour le compte du Puccetti Racing), par celui qui deviendra par la suite son grand rival. « C’est spécial pour moi que de me battre contre lui car en 2017 et 2018 il m’a pour ainsi dire aidé sur toutes les courses. C’est quelqu’un que je respecte beaucoup », reconnaît-il ainsi.

 

Un pilotage spectaculaire comme marque de fabrique

Auteur de six victoires jusqu’ici cette saison, Razgatlioglu s’est taillé une réputation de pilote rugueux en piste. Ce qui n’a pas toujours été du goût de tout le monde, et notamment de Scott Redding lors de la dernière épreuve courue à Most il y a un peu plus de deux semaines.

Mais c’est que le pilote Yamaha, s’il jure désormais de prêter moins d’attention au championnat, avait bien conscience que l’occasion de refaire son retard sur Rea était trop belle sur cette course, alors que le Nord-Irlandais venait d’abandonner sur chute quelques instants plus tôt. « Lors de la dernière course à Most, quand j’ai vu que Johnny était parti à la faute, je me suis dit qu’il fallait que je sorte la grosse attaque pour aller chercher les 25 points de la victoire », explique-t-il. « Scott était très en colère après coup, mais je n’ai pas compris sa réaction dans le sens où c’était la course, et aucun de nous deux n’a chuté. »

 

 

S’il reconnaît ainsi volontiers être un pilote rude au combat, il estime aussi ne pas prendre de risques inconsidérés impliquant sa sécurité et celle des autres pilotes en piste. « Je suis certes un pilote agressif, mais je ne vais pas au contact avec les autres pilotes, et je n’ai pas d’accrochages avec eux. Je reconnais que je suis agressif en piste, mais certainement pas dangereux. »

A bien y regarder, on ne peut qu’admettre que Razgatlioglu a plutôt été à l’inverse victime de manœuvres scabreuses émanant d’autres pilotes cette saison, comme en témoigne encore une fois son accident avec Garrett Gerloff aux Pays-Bas fin juillet, et qui aurait pu sonner le glas de ses ambitions au championnat.

 

Un style de pilotage à part

Reste que Razgatlioglu est un pilote atypique et apprécié au sein du paddock ainsi qu’en dehors. Ce dernier est notamment connu pour son style de pilotage inimitable, fait pour l’essentiel de gros freinages qui lui permettent souvent de faire la différence face à ses concurrents lors de combats rapprochés, ainsi que lors des départs. « J’aime ce style de pilotage, le simple fait de réaliser de gros freinages », admet-il. « Je trouve que cela me permet de mieux stopper la moto et de bénéficier ensuite d’une meilleure accélération. Après, je sais aussi que cela rend très bien à la télévision… C’est mon style, je sais qu’il est un peu différent de celui des autres pilotes, mais j’ai toujours piloté comme cela et ça me va très bien. »

Présent sur le terrain lors du Grand Prix d’Autriche il y a une dizaine de jours, le Turc a longtemps été pressenti pour rejoindre les rangs de Yamaha en MotoGP dès l’an prochain, alors que la marque aux diapasons se voit contrainte cette saison de recourir aux services de nombreux pilotes pour pallier les absences d’un Franco Morbidelli blessé ou d’un Maverick Viñales mis à la porte.

 

Hors de question de se disperser

Mais dans les deux cas, Razgatlioglu a préféré ne pas courir deux lièvres à la fois et se concentrer sur le Superbike, laissant à d’autres, qui un ancien pilote de la catégorie reine (Cal Crutchlow), qui un autre pilote du championnat des motos dérivées de la série (Garrett Gerloff, encore lui), qui d’un engagé en Moto2 (Jake Dixon), le soin de jouer les remplaçants.

Car le numéro 54 ne veut pas mettre la charrue avant les bœufs : Une arrivée en MotoGP, si elle constitue bel et bien un objectif à terme, est conditionnée avant cela par l’obtention du titre en Superbike. « Une fois que je serai Champion du monde en Superbike, alors j’envisagerai une arrivée en MotoGP. J’espère pouvoir être Champion cette année, c’est mon rêve en tout cas avec Yamaha. »

Et pourquoi pas rejoindre ainsi tout de même la catégorie reine dès 2022 ?

 



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