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Jules a fait tout ce qu’il a pu à Losail pour s’emparer du titre mondial, mais deux malencontreuses chutes l’ont contraint à l’abandon, face à Sandro Cortese et Lucas Mahias. Comment Cluzel a-t-il vécu ce week-end qatari, et tout d’abord quel est son état de santé ?

« J’avais vraiment envie de ce titre dans ma vie de pilote, c’était quelque chose dont je rêvais. J’ai eu la chance de vivre cette dernière course avec un challenge aussi important.

« Ça n’a pas été simple, mais je voulais essayer d’être le plus relax possible, de prendre du plaisir. Après deux victoires consécutives, je voulais continuer sur cette lancée.

« Les essais ont été super importants. Il fallait vraiment que j’essaie de bien préparer mon week-end de course pour aller chercher la victoire. »

As-tu été surpris que Lucas Mahias ait récupéré le jeudi, jour des premiers essais à Doha, sa victoire de Portimao, et que tu ne te retrouvais plus alors qu’à 5 points de Cortese ? Ça changeait quoi pour toi ?

« Ça a été un point de repris par rapport aux 6 suivant Portimao, donc ça a été simplement un petit cadeau. Les raisons pour lesquelles ils lui ont redonné ces 25 points ne me regardent pas et je ne me suis pas concentré là-dessus. »

La première journée d’essais n’a pas été extraordinaire avec 0.7 de retard sur Mahias et Cortese. Ensuite, tu te qualifiais à 0.5 de Mahias et 0.4 de Cortese. Ça t’inquiétait ?

« Un peu, oui. Cette dernière course a été bizarre. Au niveau des essais et des qualifications, ça a été le même refrain toute l’année : on n’a pas compris pourquoi en qualification on n’était jamais vraiment performants, pourquoi les autres étaient performants sur un tour. Mais à chaque fois j’étais devant en course, et c’était le plus important. »

Vidéo : Bagarre en début de course

Tu as pris tout de suite la tête de la course. Quelle était ta stratégie ?

« Tout simplement de faire ma course, de ne rien lâcher, et de bien partir. Je savais que par rapport aux essais j’étais le moins performant des trois. Mais finalement c’est moi qui étais en tête. »

Vidéo : Jules prend le commandement

« Donc ça a été une bonne course, mais malheureusement je manquais un peu de moteur dans le bout droit. Je ne pouvais pas m’échapper. Cortese était plus facile que moi, il arrivait à me bloquer, ce qui était un peu sa course.

« Donc je suis tombé sur une situation de course que l’on avait quand même envisagé, et Sandro a bien joué. Sandro m’a bien bloqué, m’a contraint à élargir et à laisser passer Lucas devant. Je pense que c’était dans tous les cas son objectif.

« Lucas est passé, Sandro a freiné dans le virage suivant où je n’ai pas pu passer. J’ai été à l’extérieur, j’ai essayé comme je le pouvais, mais ce n’était pas possible et là on a perdu deux secondes au tour lors des deux derniers tours.

« Donc Lucas est parti, et une fois qu’il était bien sûr qu’il était devant, Sandro était plus ou moins tranquille. Malheureusement, j’ai été pris au piège. »

Vidéo : Mahias devant Jules et Cortese

Etais-tu obligé de forcer pour compenser une moto inférieure ?

« J’étais complètement à la limite. Je ne dis pas que j’avais une moto inférieure car j’ai quand même eu une super machine pendant toute la saison. Pour la dernière course, les teams de Sandro et de Lucas ont certainement progressé. C’était compliqué pour moi, mais c’était faisable. Sans ses dépassements avec arrêt dans le virage pour laisser partir l’autre devant, s’il y avait eu une bagarre à trois, ça aurait peut-être pu être différent. Mais là je ne pouvais pas jouer, ce n’était pas pour moi. Il aurait fallu que j’aie un rythme plus rapide pour pouvoir partir. »

Tu as chuté deux fois dans le dernier tour dans les virages 7 et 15. Tu étais transporté au centre médical où étaient diagnostiquées des fractures de la malléole gauche, du 5e métatarse et une petite fracture non déplacée de la cotyle gauche. Comment te sens-tu aujourd’hui ?

« Il me faut du repos. Mon principal souci actuel est la cotyle qui est l’os dans lequel s’insère le col du fémur. C’est une articulation de la hanche. »

Vidéo : La chute de Jules

Maintenant que la saison est terminée, quel souvenir penses-tu que dans dix ou vingt ans tu garderas de cette année 2018 par rapport à l’ensemble de ta carrière ?

« C’est assez simple : le souvenir que je garde reste positif. J’ai été fort cette année. Ça a été une saison de dingue. Je ne veux pas entrer dans le détail – peut-être un autre jour, mais pas aujourd’hui – mais mentalement ça a été compliqué. Je suis super fier de la manière dont j’ai quand même réussi à gérer ces courses.

« On est super mal partis. Je n’ai pas fait une seule séance d’essai privée de toute la saison. Et malgré ça on a pu quand même aller jusqu’à la dernière course pour jouer le titre. Je suis tombé sur Sandro Cortese et sur son équipe Kallio Racing qui n’ont pas fait un seul résultat blanc. Nous on en a eus quasi quatre. Et cinq victoires quand même c’était beau.

« Pour la dernière course, ce que je ne voulais surtout pas, c’était regretter. Je ne voulais pas partir du Qatar en me disant « mais pourquoi n’as-tu pas fait ça, pourquoi n’as-tu pas fait ci, pourquoi as-tu pris cette décision, pourquoi ? » Je n’avais pas le choix : il fallait que j’aille dans le dernier tour le tamponner pour essayer de lui faire perdre des places, de le faire partir à la faute. J’ai tout tenté dans le virage où je suis tombé. Finalement ça n’est pas passé.

« Ensuite je repars et fais une deuxième chute parce qu’il n’y avait plus de freins, mais une rivière dans l’avant-dernier virage. J’ai tout fait pour sauver deux points pour finir deuxième du Championnat. Sauf que malheureusement c’était le dernier tour et je ne savais pas que j’étais dixième. Et j’avais le temps ! (rire). Je n’étais pas pressé, je pouvais prendre mon temps, surtout que je n’avais plus de freins.

« Donc il est dommage que ces situations malheureuses se soient enchaînées les unes après les autres, mais je n’ai aucun regret. »

Photos et vidéos : Pirelli, NRT, worldsbk.com / Dorna

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