Lors des interviews exclusives que Hervé Poncharal nous accorde à chaque Grand Prix, le factuel se teinte souvent d’émotion, au gré des résultats. 

Et des émotions, ses deux pilotes lui en procurent toujours, journées après journées, parfois radieuses, parfois plus sombres. Malgré son expérience, Hervé Poncharal vit toujours la course avec la plus grande des passions, et c’est toujours un grand plaisir quand il nous en éclaire quelques facettes, comme c’est encore le cas aujourd’hui…
Merci à lui !


Hervé Poncharal : « évidemment, quand vous partez avec seulement la moitié de vos troupes sur la grille MotoGP, le bilan ne peut pas être excellent. Nous avons été choqués par l’image de la chute de Jonas quand elle est apparue sur nos écrans, quelques secondes après le début du warm up. On n’a vraiment pas compris et on sait tout de suite imaginé qu’il y avait eu un problème technique, car ce n’était pas normal, tout de suite après la sortie des box. Je ne vais pas faire de commentaire particulier parce que, pour le moment, nous n’avons aucune confirmation de quoi que ce soit. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a eu une réunion où j’ai mis la pression, bien aidé par Yamaha, pour comprendre. Il ne s’agit pas d’accuser qui que ce soit mais de comprendre, car il n’y a rien de tel que de ne pas comprendre. Même si cela reste à confirmer, comme en Autriche, il n’y a pas a priori de problème particulier de pièces défectueuses. Tout a été contrôlé, recontrôlé, archi contrôlé, sur place, avec ce que l’on pouvait faire, avec le technicien de Brembo, l’équipe et Yamaha. Tout est reparti chez Brembo. Yamaha, et je les en remercie, insiste fort fort pour que l’on ait une explication ou en tout cas un commentaire à Misano. Mais ce n’est pas sûr que l’on en ait une, car à partir du moment où il n’y a pas eu d’erreur humaine, et il n’y en a eu ni en Autriche ni en Angleterre, que le système a été monté correctement, purgé, etc., cela peut prendre du temps. Le système de freinage est assez compliqué à gérer, il faut bien faire attention et il y a tout un tas de paramètres à prendre en compte pour que le pilote ne se fasse pas piéger. Je ne vais pas me lancer dans une quelconque supposition, donc on attend.
Quand cela est arrivé, j’ai vite su que Jonas n’avait rien, même si ensuite, par précaution, ils ont préféré qu’il se repose et l’ont déclaré non apte à rouler… »

Oui, nous avons vu qu’il y avait une petite polémique à ce sujet entre le Docteur du MotoGP qui le trouvait apte, et le médecin du circuit qui était d’avis contraire…

« Oui, au départ, j’étais un peu énervé à ce sujet, mais après, le dimanche soir, j’ai revu Jonas et, un peu moulu, il m’a dit « Ah, au début je voulais absolument rouler, mais ce n’est pas très grave ». Honnêtement, cela m’a évidemment pourri la journée. C’est clair que cela m’a fortement choqué et fortement contrarié. On ne peut même pas dire que cela fasse partie de course. Évidemment, le plus important est que Jonas n’ait rien et qu’il soit en pleine forme. Je l’ai eu tout à l’heure et il a repris l’entraînement pour repartir du bon pied en Italie. »

Venons-en à Johann…

« Écoutez, Johann nous a fait un week-end fort, positif et constructif. Il était un peu déçu après la qualif car il pensait qu’il aurait pu faire la deuxième ligne, mais il a été gêné par Pedrosa à la fin de son tour rapide. Cela arrive, même si cela reste toujours un peu énervant. Malgré cela, obtenir la troisième ligne était correct. Ce qui est quand même assez intéressant à signaler, concernant ce Grand Prix de Grande-Bretagne, c’est que le choix des pneus, qui d’habitude est crucial pour le résultat, n’a pas eu une grande influence. Les Yamaha Factory avaient fait des essais à Misano et étaient très focalisées là-dessus. Tout le monde est parti avec un pneu dur excepté Vinales qui avait mis un soft à l’arrière, et Redding en médium, et en fin de compte, tout fonctionnait pareil. On a vu que Vinales, en fin de course, n’était pas du tout handicapé et est venu mourir dans les échappements de Dovi. Donc on peut dire qu’à Silverstone, que tu ais un soft, un médium ou un dur, ça marchait pareil. Johann a préféré jouer la sécurité et il a été très content du choix de pneus qu’il avait fait. Il l’avait testé au warm up, et en fin de course il a dit que c’était vraiment le bon choix pour lui car le pneu est resté constant. La course, vous l’avez vue : il est parti un peu moins bien que d’habitude, il a été coincé derrière Pol sur un circuit tellement rapide que ce n’est pas facile de doubler, surtout en début de course avec un réservoir plein et des pneus neufs. Donc il a un peu subi Pol pendant quatre ou cinq tours. Quand il en est sorti, il est remonté sur Dani et il l’a passé. Et à ce moment-là, il roulait plutôt plus vite que les leaders. On s’est alors dit qu’il allait peut-être pouvoir revenir, mais ensuite tout s’est stabilisé au niveau des chronos. Quand il a doublé Lorenzo, cela a été comme un « Wake Up call », ça a réveillé Lorenzo qui était dans son rythme. Cela a certainement un peu piqué son orgueil et il s’est mis à rouler très très fort. Johann est resté bien collé à lui, mais sur les trois derniers tours, il a vu que c’était difficile et risqué, et de manière très intelligente, il a un peu levé le pied. Malgré cela, Johann finit à 7 secondes du vainqueur, donc a encore été très compétitif. Je suis sûr qu’avec un bon départ, on restait dans le groupe de tête. Et d’ailleurs, je pense que si Lorenzo s’était réveillé un peu plus tôt, il aurait également pu figurer dans le groupe des quatre, et cela aurait fait une course aussi disputée qu’en Moto3.

Globalement, c’est bien, on fait encore premier Rookie, on est en tête du classement Rookie mais aussi Team indépendant. Johann était très content car il a encore appris beaucoup de choses, y compris parce que c’est un circuit dur, qu’il faisait chaud et qu’il arrive physiquement de moins en moins fatigué. Je me souviens qu’au Texas, il était exténué quand il est arrivé. Là, course après course, on voit qu’il se fatigue moins non seulement parce qu’il gère mieux, il est moins crispé et il comprend mieux comment modifier son pilotage en fonction des phases de course, mais aussi parce qu’il bosse énormément sur son physique. C’était donc encore une fois un bon week-end, malgré le gros bémol concernant Jonas. C’est dommage parce que je pense qu’il pouvait faire une belle course et en tout cas, à mon avis, il aurait été avec Pedro si jamais cela s’était passé normalement. »

Concernant Jonas, et en rapport avec l’interview de Christophe Bourguignon sur le coût des chutes que nous avons rediffusée, qu’avez-vous pu récupérer sur la moto ?

« Le moteur. »

C’est tout ?

« Oui. Là, la moto est montée en l’air et a frappé à une vitesse incroyable. Tout a été détruit : cadre, bras oscillant, Tés de fourche, les roues étaient cassées en deux, la carrosserie on n’en parle pas, etc. A part le moteur et peut-être quelques petites pièces, il n’y avait pas grand-chose à récupérer. C’était un énorme impact. »

Un moteur ne casse jamais, dans une chute ?

« Si la moto reste à fond, il peut casser. Après, il peut y avoir des fixations du carter sur le cadre qui peuvent casser, cela est déjà arrivé au niveau du carter moteur. Mais normalement, non, ça ne casse pas. »

Après une chute comme ça, vous démontez immédiatement la moto ?

« Oui. Dès qu’elle nous a été restituée, nous l’avons démontée et nous en avons reconstruit une qui était prête pour le départ, au cas où Jonas l’aurait prise. On a suffisamment de pièces pour cela et ce n’est pas si long que ça. »

Une chute comme cela vous coûte évidemment cher…

« Oui. C’est à la charge du team. »

Finalement, vous n’avez pas retenu les ailerons ?

« On est arrivé et on a vu que Yamaha roulait avec des vieux carénages. Cela nous a un peu surpris. Puis on a vu que les Ducati avaient tout enlevé, à part Lorenzo. Idem chez Suzuki. Nous, notre plan était de partir avec la moto telle qu’on la connaissait pour éventuellement faire des comparaisons avec les nouveaux flancs. Johann a préféré se concentrer sur le matériel habituel et, malgré tout, on a voulu avoir une petite info sur les nouveaux flancs. On a donc fait rouler quelques tours Jonas le vendredi durant la FP2, mais franchement, il était malade ce jour là et il n’était pas en mesure de rouler suffisamment vite pour pouvoir donner un commentaire précis. On ne peut donc rien dire. Je pense qu’à Misano, tout le monde roulera avec et ce sera beaucoup plus intéressant. »